Édition du 18 juin 2019

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Féminisme

Vasectomie à 18 ans : Denis Lévesque a lui aussi déchiré sa chemise

Suite à la publication d’un post de 10 mots de Gabrielle Bouchard sur une discussion à mener pour rendre la vasectomie obligatoire pour les hommes à 18 ans en réaction aux différentes attaques contre le droit à l’avortement ici et ailleurs, nous avons été invitées sur le plateau de Denis Lévesque.

Cette invitation devait nous permettre d’expliquer pourquoi “le monde déchirait sa chemise” à la suite de ce post, et quels enseignements nous pourrions collectivement en tirer. Sauf que Denis Lévesque a lui aussi déchiré sa chemise au cours de cette entrevue. Décryptage.

Point godwin et dissonance cognitive

Au bout de 1mn50s d’entrevue avec Gabrielle Bouchard, le ton est donné par l’animateur : “ça n’a pas de bon sens, ça tient pas debout. Y’a un côté nazi là-dedans”.

Si comparer un post de 10 mots ironisant sur l’idée d’avoir une discussion sur la vasectomie obligatoire à 18 ans est comparable avec les méthodes nazis ayant mené à l’extermination de six millions de juifs durant la seconde guerre mondiale, nous pensons qu’il y a un grave problème d’analyse. Nous pensons aussi qu’il y a un problème de définition sur ce qu’est “un génocide”.

Plus tard dans l’entrevue à 11mn45, Denis Lévesque reconnaît pourtant la définition d’un génocide comme étant “un peuple qui veut en exterminer un autre”. Il est d’autant plus intéressant que M. Lévesque est souhaité opposer cette définition en contestation de l’utilisation du terme “génocide” par la commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées. Cet échange est survenu au moment où la Présidente de la FFQ a voulu expliquer que les conversations qui nous rendent inconfortables sont nécessaires pour avancer collectivement sur des enjeux de société.

Si la comparaison entre le mode opératoire du régime hitlérien et notre post de 10 mots est très grave, elle dénote aussi une dissonance cognitive. Parler ironiquement de vasectomie obligatoire à 18 ans dans un post de 10 mots en réaction aux attaques sur le corps des femmes relèverait du nazisme, mais en revanche le traitement (réel) subi par les peuples autochtones par le gouvernement canadien ne relèverait pas du génocide.

Par cette comparaison, Denis Lévesque a aussi magistralement montré qu’effectivement remettre en question l’autonomie corporelles des femmes est un débat, tandis que remettre en question celle des hommes est une abomination. Nous sommes habituées à ce que le point godwin soit atteint rapidement lors de commentaires sur les réseaux sociaux mais venant d’un homme de télé, beaucoup moins.

Transphobie

Sur la transphobie, le schéma se répète. En environ 1mn, Denis Lévesque a réussi l’exploit de nier la réalité des commentaires transphobes de la part des commentateurs en réaction au post tout en expliquant ensuite que Gabrielle aurait dû s’attendre à des commentaires transphobes en choisissant de faire du militantisme en étant une femme trans. La séquence commence à 9mn40s : “de chez les commentateurs, y’a pas personne qui en a parlé” pour se terminer à 10mn47s : “faire du militantisme en étant trans, vous saviez que vous alliez vous faire critiquer”

Tout d’abord, le prémisse est faux. Prenons pour seul exemple l’intervention de Denise Bombardier sur Qub Radio ce mardi 10 juin. Cela est sans compter la multitude de commentaires transphobes publiés sur les réseaux sociaux.

Ensuite, il y a quelque chose de contradictoire à nier la transphobie dont serait la cible Gabrielle Bouchard pour ensuite expliquer qu’elle aurait dû s’y attendre en s’engageant en tant que militante. Ne parlant pas de la fin de la séquence où Denis Lévesque s’autofélicite d’avoir participé à rendre visible les personnes trans dans son émission au point où aujourd’hui “ils [les personnes trans] sont partout”

Mecsplications

Si le post a montré une chose, c’est la nécessité de continuer à avoir des conversations sur les enjeux féministes au Québec. Mais pas selon Denis Lévesque. Pour M. Lévesque, le Québec est déjà à l’avant garde du féminisme et les femmes n’auraient pas d’inquiétude à avoir concernant le droit au contrôle de leur propre corps. Dans un grand moment de mecsplication (lorsqu’un homme vous explique comment vous devez faire vos luttes), M. Lévesque a considéré que puisque un récent sondage a montré que 86% des québécois.e.s étaient pour l’avortement, les femmes n’auraient aucune raison de s’inquiéter des tentatives de contrôle sur leur corps, et ce au mépris des violences quotidiennes que les femmes subissent sur leur corps et au mépris de l’enquête sur la stérilisation forcée des femmes autochtones en 2017 au Canada.

Au vue des réactions, nous avons encore énormément de travail de pédagogie à faire sur le sexisme et ce qu’il implique en termes de rapport de force dans une société. Nous ne pouvons pas mettre sur le même plan d’égalité les menaces contre le corps des hommes et les menaces contre les corps des femmes. Les femmes, du fait du système patriarcal qui les placent de groupe social dominé par rapport aux hommes ont historiquement vécu des violences vis-à-vis de leurs corps et les vivent encore aujourd’hui.

Ce sont les femmes qui doivent subir quotidiennement des violences gynécologiques et obstétricales. Ce sont les femmes qui doivent vivre la gestion des grossesses non désirées avec le lot de violences que cela engendre lors des rendez-vous médicaux. Ce sont les femmes qui subissent quotidiennement des agressions sexuelles. Ce sont les femmes autochtones qui subissent encore aujourd’hui des stérilisations forcées.

Au vue de l’ampleur et de la violence des réactions suscitées par ce post, nous avons du mal à croire que le Québec peut se targuer d’être irréprochable sur le plan du sexisme, de la transphobie et du respect quant aux souffrances vécues par les communautés autochtones.

À l’inverse de cet entrevue, voici un article de fond publié par le quotidien La Presse, à la hauteur des enjeux soulevés par cette controverse :

http://bit.ly/2IGvKqn

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