Édition du 15 octobre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections 2018

Élections au Vénézuela

Victoire décisive - et bien méritée - pour le Parti Socialiste !

Au moyen de son compte Twitter, @chavezcandanga, le Président du Vénézuéla a félicité ses concitoyens après l’émission du premier bulletin du CNE (Conseil national électoral) : « Bien ! mes chers compatriotes, ce fut une grande journée et nous avons obtenu une victoire solide. Suffisante pour continuer à approfondir le socialisme bolivarien et démocratique » a-t-il écrit.

En effet, selon les informations parues sur le site de Telesur, la présidente du Conseil national électoral (CNE), Tibisay Lucena, a émis le premier bulletin de résultats à 2h05 heure locale, cette nuit. Les résultats à ce moment-là étaient de 95 sièges pour le PSUV (Parti socialiste uni du Vénézuéla) et 64 sièges pour la MUD (Table de l’unité démocratique, Mesa de la Unidad Democratica en espagnol). 10 sièges restaient incertains.

Depuis le quartier général de campagne du PSUV, le chef du « commandement national de campagne » du PSUV - ce qui serait pour nous l’organisateur en chef du parti - Aristóbulo Istúriz, s’adresse ainsi aux partisans : « Avec cette victoire contondante, nous vous lançons un appel à rester unis, à nous renforcer, parce qu’il s’agit d’une lutte à long terme, une bataille qui ne s’arrête pas, une force importante pour continuer la lutte pour la construction du socialisme » au Vénézuéla. Nous nous étions fixé un objectif des deux tiers du Parlement mais ce ne fut pas possible de le réaliser. En ce moment nous avons atteint 95 députés, alors que notre cible était de 110 députés [1]

cependant, ces résultats nous réaffirment en tant que principale force politique dans notre pays. » En pourcentage, cela représente un peu plus de 56% à date.
La présidente du CN, Mme Lucena, indique que ces élections ont connu une participation historique avec 66,45% des 17 575 975 électeurs se présentant aux urnes. La votation était répartie en 36 563 « tables électorales » réparties dans les 12 436 bureaux de scrutin.

Ingérence des États-Unis

Ayant en tête les élections qui viennent d’avoir lieu, l’administration Obama a décidé depuis longtemps déjà, qui si on pouvait faire tomber le gouvernement Chavez avant celles-ci, les alliés du Vénézuéla - la Bolivie, l’Équateur, le Nicaragua, le Paraguay and quelques états des Antilles laisseraient rapidement tomber l’ALBA (Alliance bolivarienne pour les Amériques) créée par Cuba et le Vénézuéla pour contrer les manigances financières et les ententes de libre-échange mises en place par l’Occident. L’ALBA, de par sa popularité, est en fait une des pires épines au pied des USA. C’est pourquoi, les planificateurs d’Obama se donnent tant de mal pour faire tomber le plus riche des pays du groupe, pays pétrolier de surcroît, ce qui leur permettrait aussi en finir avec Cuba. Voyons quelles sont leurs méthodes.

Méthode 1 : l’argent

Selon Eva Golinger, dans son article paru début septembre, un rapport demandé par la National Endowment for Democracy (NED) et publié en mai 2010 par la Fondation pour les relations internationales et le dialogue extérieur a révélé que cette année, les agences internationales ont investi entre 40 et 50 millions de dollars auprès des groupes d’opposition politique au Vénézuéla. Une grande partie des ces sommes a été canalisée vers la campagne de la MUD (Table de l’unité démocratique), coalition de candidats anti-chavistes, en vue des élections législatives de ce 26 septembre.

La majeure partie des fonds proviennent d’agences étatsuniennes, particulièrement de la USAID (Agence US pour le développement international), qui maintient depuis 2002 (année de la tentative de coup d’état contre Chavez) une présence au Vénézuéla dont l’objectif unique est de faciliter voire d’assurer la défaite du président Hugo Chavez. Au cours de ces huit dernières années, la USAID a financé des partis et des organisations politiques tout comme des médias de communication dans le but de les aider à s’unifier et à augmenter leurs effectifs. À l’argent s’ajoute aussi le conseil stratégique et autres ressources pour faciliter leurs activités politiques.

Il est à remarquer que la USAID n’a aucune entente ni aucune autorisation du gouvernement du Vénézuéla justifiant sa présence au pays et encore moins pour s’adonner à des activités politiques interventionnistes. L’organisme est quand même resté au pays toutes ces années, occupé à financer l’opposition, l’aidant dans la conception de leur campagne électorale, alimentant le conflit politique et violant les principes les plus élémentaires de la souveraineté et l’autodétermination de la nation. En 2003, entre la USAID et la OTI (l’Office pour les initiatives de transition), les USA finançaient 66 programmes, aujourd’hui (septembre 2010) ils en financent 623 au coût de plus de 20 millions de dollars.

Méthode 2 : le sabotage et la déstabilisation

Le samedi 3 juillet dernier, le ministre de l’Intérieur et de la Justice du Vénézuéla, Tarek El Aissami, annonce l’arrestation le 1er juillet, du terroriste salvadorien Francisco Chávez Abarca, sbire de Posada Carriles, lui-même agent de la CIA originaire de Cuba et faisant partie de la « mafia » américano-latine de Miami soutenue par nombre de Sénateurs et Représentants au Congrès étatsunien.

Chávez Abarca est celui-là même qui fut responsable à Cuba d’attentats contre des installations touristiques, dont l’hôtel où est mort le jeune montréalais d’origine italienne, Fabio Di Celmo. Chávez Abarca a lui-même reconnu devant la télévision vénézuélienne être arrivé au Vénézuéla sous un nom d’emprunt et avec un faux passeport. La vérification à l’aéroport l’a démasqué. Il faisait d’ailleurs l’objet d’une « alerte rouge » d’INTERPOL.
Interrogé par la police, il révèle qu’il est au pays à la demande de Posada Carriles, que les anti-chavistes ont contacté, et qu’il était venu les rencontrer pour fixer le prix de ses « travaux » : initier une série d’attentats, de manifestations et autres perturbations afin de déstabiliser les élections parlementaires de la nation, prévues pour le 26 septembre.

Le ministre, en conférence de presse, confirme ces affirmations : « la présence de Chávez Abarca a pour but d’initier une phase d’attentats afin de provoquer des événements violents en vue du prochain processus électoral du 26 septembre. » Le gouvernement dit alors rechercher qui sont ceux qui ont communiqué avec le terroriste, trois personnes dont deux Vénézuéliens (et le troisième ?), pour exécuter au pays de tels actes de violence à des fins de déstabilisation : « Il n’est pas venu ici de son propre chef. On l’a contacté et on lui a offert de l’argent. Il est venu négocier le prix des actes criminels qu’il allait exécuter » affirme le Ministre de l’Intérieur lors d’une entrevue à la télévision d’État, Venezolana de Televisión.
Néanmoins, il s’est produit des arrêts de fonctionnement de certains centres générateurs d’électricité au grand dam de la population. Suite à des indices et des dénonciations de sabotage à Caracas et dans le Anzoátegui, le gouvernement a pu confirmer qu’il s’agissait effectivement d’actes de sabotage. Depuis lors, « les hélicoptères des Forces armées nationales survolent les installations électriques pour empêcher ces sabotages et garantir le service à la population » affirme le ministre de la Défense, Carlos Mata.

Méthode 3 : la guerre économique et financière

« Obama autorise une guerre économique insidieuse contre le Vénézuéla » se lit l’entête d’un article écrit par Wayne Madsen dans le Online Journal en date du 21 janvier dernier. Les sources de l’auteur rapportent que celle-ci a comme objectif de déstabiliser le gouvernement du Président Hugo Chavez.
Le cadre de cette déstabilisation serait la dévaluation du Bolivar, monnaie nationale du Vénézuéla. Chavez avait dévalué de bolivar de 50% afin de réduire le coût des exportations de pétrole vénézuélien et ainsi augmenter les revenus du pays. Les analystes en investissement internationaux ont félicité le gouvernement pour cette décision et disaient que cette dévaluation était même dûe depuis un bon moment compte tenu de la chute mondiale du prix du pétrole.

Mais la CIA, les ONG qui y sont affiliés, dont plusieurs alignées avec la Open Society Institute de George Soros tout comme la NED ne voyaient pas la chose du même oeil : il fallait créer des remous au sein de la société soit disant pour contester la gestion de l’économie par le gouvernement d’Hugo Chavez. Certes, la dévaluation a entraîné l’augmentation du coût des produits importés tel les écrans d’ordinateur plats, les téléphones cellulaires, alcools et tabac, produits choyés par l’élite aisée. Les États-Unis n’ont pas perdu de temps pour émettre des histoires d’horreur décrivant les filées sans fin et les consommateurs se précipitant dans les centres d’achats pour devancer l’augmentation des prix, insistant sur l’augmentation énorme des prix, tout ceci dans l’espoir de créer un effet « boule de neige » auprès de la population principalement les anti-chavistes de la classe aisée.

Il faut noter que les prix de biens de consommation tels que la nourriture, les médicaments, les fournitures scolaires, l’équipement industriel n’ont pas été touchés par la dévaluation par le truchement d’un taux de change différent ainsi que le contrôle des prix. Cette dernière mesure a entraîné des difficultés avec certains commerçants, voire des chaînes commerciales étrangères. Le gouvernement a dû menacer de saisir ou de fermer les entreprises qui exploitaient exagérément les consommateurs en augmentant les prix de façon excessive. La première cible a été la chaîne française Exito. Il va sans dire que les Occidentaux ont crié au manque de « démocratie » et de « liberté ». On espérait ainsi créer un mouvement qui chasse Chavez du pouvoir, mais le peuple n’a pas suivi.

Méthode 4 : le harcèlement militaire

Suite à l’entente arrachée par les États-Unis au président colombien sortant Alvaro Uribe et signée le 30 octobre 2009 sans même avoir été entérinée par le Parlement de Colombie, les États-Unis ont établi sept nouvelles bases militaires au pays ce qui a provoqué une levée de boucliers collective de la part d’une majorité de pays d’Amérique latine. Un des objectifs déclarés des États-Unis est de pouvoir acquérir une « intelligence totale » en faveur du Commandement Sud.

À partir de ces bases, et celles de colonies européennes dans les Antilles, soit Aruba et Curaçao les avions militaires des USA survolent le territoire vénézuélien, voire même ses bases militaires près de la côte atlantique. Ces vols auraient pour but non seulement d’intimider le pays, mais lors d’incursions, les systèmes d’alerte, les radars et autres contrôles relatifs aux communications, aux services d’intelligence vénézuéliens entrent en fonction ce qui permet aux appareils étatsuniens de déchiffrer leurs signaux de sorte à pouvoir bloquer ceux-ci dans l’éventualité d’un soulèvement provoqué par les États-Unis.

De l’autre côté du pays, le gouvernement vassal colombien envoie ses paramilitaires en territoire vénézuélien d’une part, pour évaluer les défenses à la frontière, d’autre part pour intimider la population (deux miliciens vénézuéliens ont été tués dans l’État du Tachira), et aussi pour fournir illicitement en armes les anti-chavistes de cette partie séparatiste du pays, particulièrement le Tachira et le Zulia, riche zone pétrolière autour du lac Maracaïbo. Plusieurs caches d’armes ont d’ailleurs été saisies. Le Vénézuéla a non seulement arrêté plusieurs membres du DAS colombien (services d’intelligence) en territoire vénézuélien mais aussi « La Perle », soit Magaly Janeth Moreno Vega, leader des AUC (Autodéfenses unies de Colombie) directement liées au président Uribe et à certains membres de son
gouvernement dont l’ex-procureur général Luis Camilo Osorio Isaza, nommé par Uribe, ambassadeur auprès du Mexique.

Ce ne sont là que quelques uns des principaux événements qui se sont produits. Il faut ajouter à la pression psychologique exercée par la présence militaire étatsunienne en Colombie, celle de l’ouverture au Panama de deux bases navales états-uniennes, accommodant des dizaines de milliers de marines, ce à quoi les citoyens de ce pays s’objectent.

Autre source de pression, les récentes victoires « de la droite » : la déroute de Zelaya au Honduras, pays qui s’était joint à l’ALBA, la victoire du multimilliardaire Pinera au Chili, la victoire de Martinelli au Panama, ami, comme Michelletti du Honduras, de l’Italien Berlusconi !

C’est ici que les paroles de l’organisateur en chef du parti, Aristóbulo Istúriz, prennent tout leur sens « il s’agit d’une lutte à long terme, une bataille qui ne s’arrête pas »

Hasta la victoria siempre ! comme disait Che Guevara


[1POURQUOI LE CHIFFRE MAGIQUE DES 110 DÉPUTÉS AFIN D’OBTENIR LES DEUX TIERS DES SIÈGES ?

En consultant la Constitution du Vénézuéla (sur Wikipedia), il est à noter que sous la rubrique « Contrôle populaire des pouvoirs, à tout moment : référendums, y compris et notamment d’initiative populaire », l’article 73 exige les deux tiers du vote, soit 110 députés sur les 165 sièges.
Référendum législatif, d’initiative populaire ou institutionnelle
Article 73. Seront soumis à référendum les projets de loi en discussion à l’Assemblée Nationale, décidés par au moins les deux tiers des membres, si le référendum est adopté avec une participation de vingt cinq pour cent des électeurs et des électrices, inscrit(e)s sur le registre de l’état civil et électoral, le projet correspondant sera, érigé en loi.

Les traités, conventions ou accord internationaux qui pourront compromettre la souveraineté nationale ou transférer des compétences à des organes supranationaux, pourront être soumis à référendum sur initiative du Président ou de la Présidente de la République en Conseil des Ministres ; par le vote des deux tiers des membres de l’assemblée ; ou par quinze pour cent des électeurs ou électrices inscrit(e)s sur le registre d’état civil ou électoral.

Le second paragraphe est particulièrement intéressant, car il touche aux accords internationaux « qui pourront compromettre la souveraineté nationale ou transférer des compétences à des organes supranationaux ». Au cours des dernières années, et particulièrement l’an dernier, plusieurs rencontres internationales ont eu lieu. Celles-ci regroupaient soit les pays de l’ALBA, soit ceux du Groupe de Rio ou de l’UNASUR. Chacune de ces réunions visait le resserrement des liens entre les pays et la possibilité de coordonner certaines activités gouvernementales de sorte à unifier les efforts non seulement pour les rendre plus efficaces mais aussi pour avoir une voix plus forte sur la scène internationale. L’article 73 de la Constitution serait donc visé par tout effort en ce sens qui remettrait à l’UNASUR entre autres, une quelconque responsabilité présentement assumée par le pays telle que, par exemple, la défense, la monnaie...

On sait qu’au sein de l’ALBA on cherche à convertir le SUCRE en monnaie « sonnante », monnaie qui est utilisée actuellement entre les pays membres mais de façon virtuelle pour les grands échanges entre pays. On voudrait passer à l’étape de conversion pour usage courant de cette nouvelle monnaie.

Un autre projet qui est encore sous emballage mais qui est discrètement mentionné quelquefois. est la possible fusion de Cuba avec le Vénézuéla. Cette éventualité aussi exigerait l’approbation de l’Assemblée sous l’article 73.

Donc le chiffre magique des 110 députés aurait sa raison d’être bien au-delà de simplement mousser l’effort des troupes. Nous devrons donc attendre de futurs développements quant à la composition de l’Assemblée nationale, soit par le biais d’élections ou de modifications d’ici les prochaines élections, pour découvrir quels sont les véritables objectifs que vise le gouvernement d’Hugo Chavez qui touchent à cet article de la Constitution. Autre possibilité, certains membres de l’opposition, plus modérée, pourraient voter avec le gouvernement qui détient déjà 98 sièges (il reste encore 3 sièges en suspens quant au député élu) ce qui représente 60% de l’Assemblée nationale. Cette éventualité permettrait au gouvernement d’effectuer d’importants changements quant à la structure politique en Amérique latine et au rapport de forces avec le reste de l’Amérique.

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