Édition du 10 décembre 2019

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Environnement

Virage à 180 degrés de l’industrie pétrolière qui dit OUI à une taxe sur le carbone

tiré de l’Aut’journal - 2015/11/10

Le refus du président Obama d’autoriser la construction de l’oléoduc Keystone XL, l’élection de gouvernements néo-démocrate en Alberta et libéral à Ottawa obligent les pétrolières à changer de stratégie.

Hal Kvisle, qui a été président de la pétrolière TransCanada de 2001 à 2010, résume leur position dans Globe and Mail (09/11/15).

« Je pense que l’industrie serait assez favorable à l’imposition d’une taxe sur le carbone parce que cela permettrait à tous et chacun dans la société de comprendre que nous avons tous un rôle à jouer sur cette question », a-t-il ajouté.

Toujours selon le Globe, la compagnie Suncor Energy s’est également prononcée pour une taxe sur le carbone qu’elle envisage comme « la façon la plus efficace pour obliger les dirigeants d’entreprises de faire en sorte que leurs décisions financières et d’opération soient liés à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) ».

C’est tout un revirement ! Car l’industrie pétrolière s’est toujours opposée à l’imposition d’une telle taxe. On se rappellera qu’elle avait mené campagne tambour battant contre Stéphane Dion qui en avait fait un élément majeur de son programme électoral lorsqu’il était chef du Parti libéral.

Businesse as usual

Cependant, ce spectaculaire changement d’approche ne signifie pas que l’industrie entend diminuer ses opérations dans l’extraction du pétrole des sables bitumineux ni assumer les frais environnementaux associés à cette exploitation.

Ben Van Beurden de la Royal Dutch Shell voit dans la taxe sur le carbone une façon de faire assumer par la collectivité les coûts de systèmes de capture et d’entreposage des émissions de GES dans le sol.

L’industrie pétrolière s’attend à ce qu’une taxe sur le carbone ait pour effet de réduire la consommation de pétrole des Canadiens. En frappant principalement les consommateurs, une telle taxe favorisera l’atteinte par le Canada de ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, tout en permettant la poursuite de l’exploitation des sables bitumineux.

En fait, la réduction de la consommation de pétrole au Canada qui résulterait de l’imposition d’une telle taxe n’affecterait que marginalement les revenus des pétrolières parce que l’essentiel de leur production est destiné à l’exportation.

Une taxe sur le carbone, accompagnée d’objectifs de réduction d’émission de GES, améliorera l’image du Canada sur la scène internationale. Avec un tel certificat de bonne conduite environnementale, les pétrolières espèrent pouvoir faire débloquer le dossier de la construction d’oléoducs, comme Énergie Est, dont elles ont impérativement besoin.

En résumé, avec la taxe carbone, les consommateurs paieront pour aider les pétrolières à réduire leurs émissions de GES et contribueront à améliorer le bilan énergétique du Canada, tout en assurant la poursuite de l’exploitation des sables bitumineux !

Qui parlait de pollueurs-payeurs ?

Si la taxe sur le carbone n’est pas la solution, que penser alors du marché du carbone, dont fait la promotion le premier ministre Couillard.

Le marché du carbone

Dans le Globe and Mail du 6 octobre, le chroniqueur Konrad Yakabuski affirme ironiquement que l’ambitieux objectif de réduction des GES de 37,5% pour 2030 du gouvernement Couillard ne peut être atteint que par la fermeture des alumineries et la mise hors service de millions de voitures. Une solution évidemment inapplicable.

Quelle est alors l’alternative ? Selon Yakabuski, elle réside dans l’achat de millions de dollars de droits d’émission de GES de la Californie ou, éventuellement, de l’Ontario.

Il se réfère à l’analyse du Conseil Patronal de l’Environnement du Québec (CPEQ) qui soutient que « le potentiel de réduction future des émissions de GES est à la fois minime et extrêmement onéreux, qu’il s’agisse des émissions de procédés ou de combustion, car les entreprises québécoises les ont déjà réduites considérablement (21%) pour atteindre la cible de 2020, tel que l’indique l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2012 et leur évolution depuis 1990 (Inventaire 2012) ».

Selon le CPEQ, « puisque les principales industries québécoises émettrices de GES sont assujetties au marché du carbone, leur seule alternative serait d’acheter des crédits carbone pour compenser leurs émissions de GES. Or, vu le trop petit nombre de protocoles de crédits compensatoires permettant de réaliser des projets de réduction de GES sur le territoire du Québec, les entreprises devront se procurer ces crédits carbone en Californie, seul autre participant au marché du carbone à l’heure actuelle. Une telle augmentation de la demande ferait non seulement augmenter le prix des crédits carbone de façon très importante, mais elle entraînerait un exode de capitaux vers la Californie de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars à chaque année ».

Pour atteindre l’objectif fixé pour 2030, les pollueurs devront acheter des crédits de polluer pour des émissions de 10 millions de tonnes annuellement. Le coût dépendra du prix du marché du carbone, mais le CPEQ en évalue le coût annuel à 425 millions $.

Les alumineries et les autres pollueurs accepteront-ils d’en défrayer le coût ? On peut en douter. Parions qu’elles se tourneront vers le gouvernement pour que celui-ci leur vienne en aide, en citant l’exemple de Bombardier !

On comprend pourquoi le gouvernement limite son offre aux employés du secteur public à un maigre 3% sur cinq ans, soit moins que l’augmentation de l’indice du coût de la vie, surtout si celui-ci est gonflé par une taxe sur le carbone et des subventions aux pollueurs.

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