Édition du 24 mars 2020

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Canada

(Extraits)

A la COP21, le baptême du feu de Justin Trudeau

26 novembre 2015 | tiré de mediapart.fr

L’élection du libéral Justin Trudeau au poste de premier ministre du Canada a mis fin à près d’une décennie de règne « obscurantiste » du parti conservateur. Une embardée à gauche chargée de promesses. Mais certaines ne seront pas faciles à tenir, surtout en matière d’environnement.

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Le Parti libéral n’a pas fermé la porte au projet Énergie Est de TransCanada

Le retrait du Canada du protocole de Kyoto en 2012, les attaques systématiques des conservateurs contre les institutions, les personnes et les lois qui protègent l’environnement conjugués à l’expansion de l’industrie des sables bitumineux en Alberta ont largement contribué à faire du Canada l’un des plus mauvais élèves de la planète en matière de lutte contre les changements climatiques. Le pays est aujourd’hui le neuvième plus gros émetteur mondial de GES (0,5 milliard de tonnes de CO2).

Après une décennie du « tout pétrole » et alors qu’il semble déterminé à supprimer graduellement les subventions accordées à la production de combustibles fossiles, Justin Trudeau ne pourra pas se contenter de rattraper le temps perdu car les pressions exercées par les compagnies pétrolières, leurs lobbyistes et les acteurs économiques du secteur ne vont pas cesser avec le départ des conservateurs. Les enjeux financiers sont bien trop considérables, tant pour les compagnies que pour l’économie canadienne.

Il a annoncé qu’il se rendrait à la COP21 sans objectifs précis de réduction de GES, mais en précisant qu’il emmenait dans sa valise les premiers ministres des provinces et territoires canadiens. Une étape importante, avant de définir un cadre d’action pour lutter contre les changements climatiques qui devra « tenir compte du coût économique et de l’impact catastrophique qu’aurait une augmentation de plus de deux degrés de la température moyenne du Globe, ainsi que de la nécessité d’une contribution du Canada aux efforts engagés pour éviter que cela ne se produise ».

Au dernier G7 de juin 2015, le Canada, encore dirigé par Stephen Harper, s’est engagé à participer à la « décarbonisation » de l’économie. Celle-ci passera par une réduction de 40 % à 70 % des émissions de GES en 2050 par rapport au niveau de 2010. Mais une telle réduction est-elle compatible avec les ambitions de l’industrie pétrolière ? Cette dernière entend toujours tirer profit des réserves canadiennes – estimées à 170 milliards de barils –, en doublant, voire en triplant la production de pétrole des sables bitumineux d’ici 2050. Un pétrole que l’industrie veut exporter en s’appuyant sur quatre grands projets d’oléoducs pourtant très contestés : Keystone XL, Énergie Est, Northern Gateway, 9B Enbridge.

Le Parti libéral a cependant rappelé pendant la campagne qu’il n’appartenait pas au gouvernement « de faire pencher la balance en faveur des promoteurs de tel ou tel projet ou de ses opposants. Les administrations publiques octroient des permis, mais seules les communautés détiennent le pouvoir de les approuver ». Annie Chaloux, professeure à l’École de politique appliquée de l’université de Sherbrooke, interrogée dans le quotidien Le Devoir, estime néanmoins que le nouveau premier ministre va devoir rapidement régler sa position « incohérente » sur les projets d’infrastructures de transport du pétrole. S’il est opposé au projet Northern Gateway, destiné à acheminer le pétrole albertain par l’ouest du Canada, il n’a pas fermé la porte au projet Énergie Est de TransCanada, qui doit permettre de transporter 1,1 million de barils par jour de l’Alberta vers le Nouveau-Brunswick, via le Québec. Quant au projet de pipeline Keystone XL, qui doit acheminer le pétrole albertain dans le golfe du Mexique, le président américain a annoncé début novembre que les États-Unis ne délivreraient pas de permis à la société TransCanada pour la construction de son oléoduc. Une décision qui a « déçu » Justin Trudeau.

De nombreux observateurs s’interrogent néanmoins sur la volonté autant que sur la capacité du nouveau premier ministre de réaliser la transition énergétique canadienne. Certains craignent qu’il ne soit, comme Harper avant lui, à la solde des lobbies du pétrole. À la veille de l’élection, les révélations concernant le coprésident de son comité de campagne nationale, Daniel Gagnier, un lobbyiste bien connu de la pétrolière TransCanada, sont venues raviver ces craintes.

Alors que d’une main il conseillait Justin Trudeau, de l’autre, Gagnier écrivait des courriels aux hauts responsables de TransCanada les invitant à maintenir la pression sur le futur gouvernement pour éviter tout retard dans le projet de pipeline Énergie Est. Le coprésident de Justin Trudeau rappelait par ailleurs aux dirigeants de la compagnie pétrolière que les règles d’évaluation des projets de transport pétrolier allaient probablement être révisées et qu’il était important de s’assurer que cette révision « n’entrave pas le calendrier » de mise en service du pipeline.

Sur le dossier du pétrole, il faudra à Justin Trudeau composer avec des pressions en provenance de l’intérieur – l’industrie pétrolière, les groupes environnementalistes – et de l’extérieur – les pays partenaires du Canada, les organisations internationales. Après le sans-faute des premières semaines, le premier ministre canadien va donc devoir démontrer qu’il est aussi habile négociateur que bon communiquant. C’est le début de l’acte 2. réfugiés. Et même si les attentats à Paris revendiqués par l’État islamique risquent de remettre en cause cette position.

Mais à la veille de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21), c’est sans doute sur le dossier environnemental que Justin Trudeau est le plus attendu par les partenaires du Canada. « Il faut que les gens comprennent que les années où notre pays était un acteur moins enthousiaste pour combattre les changements climatiques sont derrière nous », a-t-il déclaré au soir de sa victoire. Il était plus que temps, selon le Climate Action Network International (CAN-I), le Canada ayant « déjà accumulé un retard phénoménal dans la lutte contre le changement climatique ».

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