Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Burkini

Amalgames ou raison garder – Arrêtés anti-burkini, de qui se moque-t-on ? Des femmes pardi !

Depuis début août, plusieurs maires de villes côtières ont décidé de publier des arrêtés “anti-burkini”, au nom “du respect de la laïcité”, au nom du “respect des droits des femmes”, mais aussi pour “apaiser les esprits”. Osez le féminisme ! constate que dans ces mesures, les femmes de confession musulmane sont les grandes perdantes, victimes d’actes d’humiliation, sur fond de racisme et de sexisme, depuis plusieurs jours sur les plages françaises.

Nous rappelons que l’association a depuis sa création une position très nette sur la question des religions et des droits des femmes. Les religions, toutes les religions, parce qu’elles ont été pensées, construites et dirigées par des hommes, sont le reflet du patriarcat. Les femmes y sont très souvent reléguées au second plan, considérées comme étant “impures”, et devant donc “payer” pour leur soi-disante “impureté”. C’est là qu’apparaissent des mesures visant à restaurer la “pudeur” des femmes, et le voile en est un des instruments. Nous ne pouvons pas passer sous silence le combat de ces femmes iraniennes, saoudiennes, et de bien d’autres pays, qui réclament simplement le droit de se balader les cheveux au vent, dans l’espace public. Nous ne pouvons pas passer sous silence le fait qu’en France, certaines femmes vivent une oppression religieuse, qui va à l’encontre de leurs libertés fondamentales.

Pour autant, nous condamnons ces arrêtés anti-burkini. Où sont les droits des femmes quand on fait justement d’une catégorie de femmes les responsables du “désordre public”, voire pour certains du terrorisme ? Quel est le lien entre une femme voilée à la plage et des meurtres de masse commis par des djihadistes ? Est-ce en combattant ces femmes qu’on combat l’intégrisme et l’obscurantisme ? Dans ce cas pourquoi ne pas sanctionner TOUS les signes ostentatoires religieux et non pas uniquement celui-ci porté exclusivement par des femmes ?

Une double manipulation est donc à l’œuvre, qui stigmatise les femmes voilées. Manipulation des fabricants de vêtements de mode dite “pudique”, qui se frottent les mains, mais aussi de ceux pour qui le voile devrait être obligatoire pour les femmes musulmanes.

Mais aussi manipulation de ces édiles locaux (dont certains visiblement en manque de notoriété), qui, à défaut de faire des politiques sociales aptes à endiguer l’exclusion que vivent certains et certaines (l’exclusion sociale étant une trappe vers un repli sur soi communautaire), préfèrent s’attaquer à une catégorie de femmes, livrées à la vindicte raciste.

Au milieu de cette bataille se trouvent des femmes, qui subissent de plein fouet cette mesure. Il est sans aucun doute plus facile d’interdire le burkini que de comprendre comment on en est arrivé là. Plus facile d’adopter une politique liberticide qu’une politique sociale qui crée du “vivre ensemble” et permette justement de lutter contre un repli sur soi communautaire. Il est plus facile de faire des amalgames que de savoir raison garder.

Osez le féminisme

* http://osezlefeminisme.fr/arretes-anti-burkini-de-qui-se-moque-t-on-des-femmes-pardi/

Osez le féminisme

Nous sommes universalistes, laïques, abolitionnistes, progressistes, a-partisanes, anti-racistes et anti-LGBTphobies.

Progressistes. Nos analyses féministes nous mènent à penser, construire, interroger non pas seulement les droits des femmes mais l’ensemble de la société. L’égalité femmes-hommes est un objectif politique : il s’intéresse à l’ensemble des règles qui fonde le vivre-ensemble dans une société. Nous voulons changer les règles, matérialisées tant par des lois que par des normes, qui sont en vigueur dans notre société et qui freinent l’accès à une égalité véritable dans tous les domaines.

Universalistes. Nous affirmons que les valeurs portées par le féminisme sont des valeurs universelles. L’égalité des droits, la liberté de disposer de son corps, le droit de choisir sa sexualité sans être victime de discriminations, l’accès à l’éducation, au travail, à un salaire et à une retraite égaux, à des services publics de qualité sont des droits universels qui ne peuvent être remis en cause pour des raisons religieuses ou soi-disant culturelles.

A-partisanes. Nous sommes indépendantes politiquement. Nous ne soutenons aucun parti politique, ni le projet d’aucun parti. Notre seule ligne politique est l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous voulons peser sur les partis, leurs programmes, les politiques publiques qu’ils mettent en place.

Laïques. Nous pensons la séparation entre le pouvoir politique et religieux comme une condition indispensable pour l’émancipation des femmes. À chaque fois que le pouvoir politique est influencé ou se confond avec le pouvoir religieux, il en résulte des reculs pour les droits des femmes et le maintien des femmes dans une position inférieure à celle des hommes.

Abolitionnistes. Nous avons pris position pour l’abolition du système prostitueur. La prostitution est une violence faite aux femmes. Elle est contraire à la dignité humaine et au droit à disposer de son corps. Nous nous opposons à la marchandisation du corps, dictée par la précarité et la nécessité économique. Nous militons pour la liberté sexuelle de chacune et chacun, élément indispensable de l’émancipation individuelle.

Nous voulons prendre en compte toutes les formes d’oppression, de discrimination et de domination dans le combat féministe. En particulier :

Nous sommes contre les LGBT‐phobies.

Nous sommes antiracistes.

http://osezlefeminisme.fr/

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