Édition du 12 novembre 2019

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Amazonie et réchauffement climatique

Amazonie : La forêt qui cache la planète

La forêt amazonienne brûle. Les images sont bouleversantes et frappent l’imaginaire. Les mots-clics se multiplient pour attirer l’attention sur le drame environnemental, l’indignation atteint les vedettes internationales et les politiciens du G7 promettent de contribuer pour aider à éteindre le brasier en envoyant des avions-citernes.

Tiré du site de l’IRIS.

Les appels à protéger ce territoire ne sont pas nouveaux, et pourtant, on continue de raser l’équivalent de trois terrains de football de cette dense forêt par heure. Prenez un instant pour considérer l’ampleur de cette donnée. Et après s’être débarrassé des arbres à grande vitesse, on brûle bien souvent le sol pour enlever toutes les brindilles et buissons qui restent. Parfois, les feux sont contrôlés, d’autres fois, ils débordent de partout. Mais toujours, c’est l’équivalent d’un massacre écologique. Les estimations varient, mais entre janvier et juillet 2019, un territoire plus grand que la Suisse serait parti en flamme. Les feux de cette année sont plus de 80 % plus nombreux que ceux de l’an dernier, et ce, alors que la saison n’est même pas si sèche.

Les feux sont dévastateurs pour plusieurs raisons. D’une part, la forêt amazonienne produit une grande quantité de l’oxygène que l’on respire, et stocke en retour le carbone que l’on émet. Sans cette forêt dense, nous sommes moins bien équipés pour faire face à l’urgence climatique. D’autre part, la forêt est le refuge d’une exceptionnelle biodiversité. Plusieurs plantes et animaux n’y sont même pas encore répertoriés et les feux détruisent leur habitat. Mais il n’y a pas que la nature qui souffre et souffrira de ces feux : la population locale doit également vivre avec les conséquences directes de la fumée et des dommages sur leur milieu de vie. Les cas de pneumonies et de toux sévères sont en hausses dans les régions touchées.

Pourquoi le Brésil ne protège-t-il pas mieux la forêt ? Pour des raisons de développement économique qui, encore une fois, ont préséance sur les considérations environnementales, ce qui est encore plus vrai depuis l’élection de Jair Bolsonaro. Ainsi, la forêt fait place à des terres agricoles qui servent à élever du bœuf et à faire pousser du soya. En Amazonie, cela a des répercussions majeures puisque la densité de la forêt humide a longtemps été un facteur protecteur contre les feux. Les coupes à blanc changent ainsi la donne de deux manières : le nombre de feux et le risque de débordement sont augmentés. Heureusement, l’hiver brésilien n’a pas été particulièrement sec cette année. La situation déjà dramatique aurait pu être pire encore.

Rappelons par ailleurs que la situation s’est aggravée sous le gouvernement de Jair Bolsonaro, nouveau président d’extrême-droite et grand admirateur de Donald Trump. Après avoir été élu, il s’est empressé de réduire le financement des groupes environnementaux, et a même mis à la porte le dirigeant de l’agence spatiale brésilienne parce que des images satellites montraient l’étendue catastrophique de la déforestation. Quand les données scientifiques entrent en contradiction avec le discours politique, la direction à prendre est claire pour ce populiste de droite. Le président brésilien refuse de reconnaître l’ampleur du problème, allant même jusqu’à prétendre que les feux seraient l’œuvre d’ONG cherchant l’attention. De l’autre côté, les autochtones vivant encore dans la forêt amazonienne rapportent que les exploitants forestiers ne se gênent plus pour venir sur les territoires protégés qui devaient être réservés aux peuples autochtones.

Mais l’Amazonie n’est pas la seule à brûler. La forêt humide en Afrique subit le même sort, également pour faire place à plus de terres arables. Bien que l’on ne commence qu’à en entendre parler, la superficie en feu est même encore plus grande que ce qui brûle en Amérique du sud. Il y a lieu de s’alarmer, même si on parle ici d’une pratique ancestrale qui se fait à plus petite échelle, mais par plus d’acteurs. De plus, cette année, l’Alaska, le Groenland et la Sibérie sont aussi (en partie) en feu. Parmi les facteurs qui expliquent cette flambée internationale, il y a le réchauffement climatique. Il fait de plus en plus chaud, de plus en plus longtemps, ce qui assèche les terres et les rendent plus susceptible de brûler. Un facteur supplémentaire est notre gestion du couvert forestier. Plusieurs voient dans les arbres une ressource à exploiter, ou alors un obstacle au développement économique. Leur valeur est donc liée au profit qu’on peut en tirer, sans égards à leur utilité sociale et environnementale. On pourrait faire un parallèle avec les milieux humides au Québec. On conçoit bien qu’ils sont utiles pour prévenir les inondations, mais ils offrent également un potentiel attrayant pour ceux qui pourraient en tirer des revenus en les asséchant, promoteurs immobiliers et municipalités en tête. Comment concilier ces deux visions dans un monde capitaliste qui fonce dans un mur climatique ? Et lorsque ces visions sont irréconciliables, laquelle choisir ?

On aimerait croire que le choix serait clair, que la suite du monde est plus importante que les profits, mais il reste encore beaucoup de travail pour que ce soit le cas. Les exemples de décisions qui vont à l’encontre du bien commun et vers l’accumulation de capital sont trop nombreuses pour être ignorées. Quand les entreprises privées sont laissées à elles-mêmes pour se réguler, on obtient des catastrophes comme les écrasements des Boeing 737 Max, le déversement de pétrole dans le golfe du Mexique ou la tragédie de Lac-Mégantic. Encore récemment, Transport Canada avertissait que les infrastructures de la Central Maine and Quebec Railway, en cause dans l’accident survenu il y a six ans, étaient dans un piètre état. La compagnie avait promis s’en être occupé, mais voilà qu’un nouveau train a déraillé samedi dernier. Heureusement, il ne transportait que des matières sèches. Une étude récente souligne que l’autorégulation a un plus grand impact sur l’opinion publique s’il rassemble un large nombre d’entreprises que si les mesures pour protéger l’environnement sont importantes. En d’autres mots, l’apparence d’action compte plus que les véritables mesures. Et pendant ce temps, l’Amazonie brûle.

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