Tiré du site de la revue Contretemps.
Depuis le début de la guerre israélienne contre Gaza en 2023, mon père, comme beaucoup d’autres villageois du sud du Liban, suivait les informations avec l’espoir de pouvoir retourner dans notre village, à la frontière du Sud Liban, et reconstruire notre maison. Lors de l’invasion israélienne de 2024, les soldats de Tsahal ont occupé la maison, l’ont saccagée et dévastée. Seule une partie est restée debout. La cuisine a été entièrement détruite. Dans le reste de la maison, les soldats avaient écrit sur les murs des insultes racistes, sexistes et de haine religieuse, ainsi que des messages menaçants en hébreu et en anglais. Ils ont arraché les portes et les armoires, vidé les placards, endommagé les murs, détruit les appareils électroniques et pillé les effets personnels. Les pièces étaient jonchées de détritus : bouteilles d’eau, restes de nourriture, urine et excréments.
Le Sud Liban a été entraîné dans le conflit dès le début, le 8 octobre 2023, lorsque le Hezbollah est entré en guerre pour soutenir Gaza. Le gouvernement israélien a envisagé des offensives contre le Liban dès les premières étapes de sa riposte à l’opération du Hamas du 7 octobre. Toutefois, pour beaucoup, en dehors de la base du Hezbollah, les dernières guerres israéliennes ont semblé se dérouler par vagues successives. Hormis le moment de l’escalade qui s’est déroulée de mi-septembre à fin novembre 2024, le gouvernement de Beyrouth a souvent délibérément ignoré le Sud. Après le cessez-le-feu du 27 novembre, une forme de paix a semblé s’installer, interrompue seulement par la nouvelle escalade israélienne suite au début de la guerre israélo-étasunienne contre l’Iran le 27 février 2026, et par les représailles, maintes fois annoncées, du Hezbollah en réponse aux violations du cessez-le-feu par Israël, et à l’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, le 2 mars 2026. De ce fait, nombreux sont ceux qui, au Liban, accusent le Hezbollah, et par extension, l’ensemble des chiites, d’avoir entraîné le Liban dans un nouveau conflit. Mais pour ceux qui ont des liens avec le sud du pays, la guerre ne s’est jamais terminée. Avant et pendant les quinze mois qui ont suivi le cessez-le-feu de 2024, les Libanais du Sud vivaient sous la menace et les attaques israéliennes régulières, dans ce qui s’apparentait à une cessation unilatérale des hostilités, Israël devenant – pour la première fois depuis 2000 – la véritable puissance militaire au sud du fleuve Litani.
Notre village fait partie des quelques 37 villages et villes qu’Israël a en grande partie détruits pendant et après l’invasion de 2024, en dynamitant et en rasant des maisons et des infrastructures essentielles. Les frappes aériennes et les démolitions israéliennes ont anéanti le vieux centre du village, y compris la mosquée historique du prophète Shuaib (Jethro), un édifice dont certains font remonter l’histoire à plus de 1 000 ans, ce qui en fait l’une des plus anciens monuments de la région de Jabal Amil au Liban, ainsi que d’autres témoignages de la vie sociale, historique et culturelle du village. De vastes étendues de terres ont été incendiées et des arbres déracinés. Sur les 1 050 bâtiments, 750 ont été entièrement ou partiellement détruits. Les infrastructures vitales du village ont été démantelées : l’électricité (fournie par l’État, par des générateurs individuels et des panneaux solaires), les réservoirs et canalisations d’eau, les lignes de télécommunication, trois écoles, des cimetières, des unités de protection civile, des rues, deux husayniyyas (salles de réunion chiites), d’autres lieux de culte, des commerces et des stations-service ainsi que de petites fabriques et des fermes.
Après le cessez-le-feu, la vie a semblé reprendre son cours ailleurs, mais la nôtre est restée paralysée. Le nouveau Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a promis à plusieurs reprises le retour en toute sécurité des personnes déplacées dans leurs foyers, mais l’État n’a pas pu tenir cette promesse. Les violations répétées du cessez-le-feu par Israël, notamment les attaques contre les efforts et le matériel de reconstruction, ont rendu cette promesse impossible. La récente escalade a déclenché une nouvelle vague de déplacements massifs de population, forçant plus d’un million de personnes à quitter leurs foyers (près d’un cinquième de la population libanaise), tandis que les destructions généralisées, y compris des ponts sur le fleuve Litani, ont coupé davantage encore le sud du reste du pays. Mais cette nouvelle offensive israélienne s’inscrit dans un statu quo qui s’est instauré entre les deux escalades – marqué par des attaques continues, des retours limités des déplacés dans leurs foyers et la tentative d’Israël de consolider son contrôle sur le sud.
En attente de retour
Ma première visite à Beyrouth après l’invasion et le cessez-le-feu de 2024 remonte à mai 2025. Mes oncles et tantes maternels, qui vivent en ville, étaient en train de réintégrer leurs appartements dans différents quartiers de Dahiyeh, la banlieue sud de Beyrouth particulièrement touchée par les bombardements israéliens. Ils avaient tous investi du temps, de l’argent et des efforts pour réparer leurs maisons endommagées. Pour beaucoup, il était difficile de savoir si leurs immeubles étaient suffisamment solides pour être habités. Quelques jours après le début du cessez-le-feu, un immeuble situé en face de celui de l’un de mes oncles s’est effondré, tuant une famille à l’intérieur. Hésitant à retourner dans le quartier, mon oncle et sa famille ont passé plus d’un an hors de Dahiyeh, d’abord dans un hôtel au nord de la capitale, puis dans un appartement loué à la périphérie sud. Bien que plus aisés que les autres membres de ma famille élargie, ils ne pouvaient pas se permettre de payer un loyer indéfiniment ; mon oncle a donc rénové ses deux appartements mitoyens et la famille s’y est réinstallée.
Lors de ma visite, ma famille et moi, ne pouvant rester dans notre maison de village au sud, avons d’abord séjourné à l’hôtel, puis dans un logement loué à Beyrouth. Le deuxième jour, alors que nous prenions notre petit-déjeuner dans la cour de l’hôtel, mon enfant, qui avait quatre ans à l’époque, a regardé dehors et dit : « Je ne veux pas venir dans ce Liban, je veux aller à beit jiddo (la maison de grand-père) ». J’ai dû lui expliquer que la sécurité n’était pas encore assurée pour retourner dans le sud car la guerre faisait toujours rage au village. Je voulais lui dire que beit jiddo a été partiellement détruite par l’armée. Je n’ai même pas voulu nommer l’occupant, mais je me suis retenue. Dès lors, il a compris que le Sud Liban vivait une réalité différente du reste du Liban. Des mois plus tard, il m’a demandé : « Est-ce que les armées ont aussi détruit mes legos ? », « Non », l’ai-je rassuré, « Tes legos sont intacts ». J’ai menti pour le protéger, alors qu’en réalité, Tsahal avait occupé et saccagé la maison, y compris la pièce où nous jouions et lisions.
D’habitude, toute la famille se réunissait chez mes grands-parents maternels, au village. Mais ce n’était plus possible. Ce fut donc une expérience étrange lorsque mes grands-parents vinrent nous rendre visite un soir dans notre appartement loué à Beyrouth. Jusqu’à ce jour, je n’avais jamais vu mon grand-père hors de notre village. Il avait même refusé d’assister à mon mariage à Tyr en 2014. « On est complètement perdus », avait-il dit, comprenant notre désarroi. Plus rien n’était comme avant, et aucun de nous ne savait si les choses redeviendraient jamais comme avant. Son village, c’était son identité. En 2010, il m’avait dit : « Je ne veux vivre nulle part ailleurs qu’ici. Si on me proposait d’aller vivre n’importe où dans le monde, je n’irais nulle part ailleurs. »
Depuis octobre 2023, les actions israéliennes ont affecté de manière disproportionnée la population chiite du Liban, contribuant à une insécurité persistante où les craintes individuelles sont étroitement liées à des dynamiques politiques plus larges. Lors de notre visite en mai, ma tante nous avait invités à déjeuner chez elle à Dahiyeh . Le lendemain matin, un avion de guerre a franchi le mur du son au-dessus de sa maison avant d’attaquer Toul, un village près de Nabatiyeh, dans le sud du pays, quelques jours seulement avant les élections municipales au Liban. Face à la gravité de la situation, le gouvernement a déplacé les bureaux de vote des villages frontaliers vers Nabatiyeh et d’autres villes au nord de la frontière. Israël avait déjà eu recours à de telles tactiques d’intimidation lors de moments politiques clés par le passé, par exemple juste avant les élections de 2009. Ma tante craignait qu’il ne se passe quelque chose à Dahiyeh pendant notre séjour, mais heureusement, rien de tel ne s’est produit. Une semaine plus tard, le 5 juin 2025, Israël a lancé plusieurs attaques contre Dahiyeh, ciblant jusqu’à huit bâtiments et forçant de nombreux habitants à sortir dans les rues en pleine nuit.
Lors d’un voyage ultérieur, en novembre 2025, alors que je m’apprêtais à rendre visite à mes oncles et tantes à Dahiyeh, ma tante m’a appelée, paniquée : « Ne viens pas maintenant ! À Dahiyeh, tout le monde fait ses valises, craignant de devoir quitter sa maison à nouveau ce soir. » Le Hezbollah venait de déclarer se réserver le droit de résister aux attaques israéliennes contre le Liban, et beaucoup s’attendaient à une frappe israélienne sur Dahiyeh en représailles. J’ai décidé d’y aller malgré tout. Mon cousin consultait constamment Facebook pour voir si Avichay Adraee, le porte-parole arabophone de Tsahal, avait publié des mises à jour ou de prétendus ordres d’évacuation. Ces ordres, semblables à ceux utilisés à Gaza, fonctionnent comme des directives de déplacement forcé sous couvert de protection des civils. Cet après-midi-là, Tsahal avait émis des ordres similaires pour plusieurs zones du Sud Liban. Israël n’a finalement pas frappé Dahiyeh ce jour-là, mais la terreur s’était installée.
Pendant que ma cousine était rivée aux réseaux sociaux, mon oncle regardait les informations. « Je ne suis pas sorti de la maison de la journée », a-t-il dit. « C’est notre vie maintenant. » Sa femme a ajouté qu’il ne voyait plus personne, pas même ses amis. « On est constamment sur les nerfs, sans savoir quand on devra repartir », m’a confié ma cousine, expliquant qu’ils n’avaient pas encore déballé leurs sacs d’urgence contenant leurs objets de valeur et leurs papiers. Je leur ai dit que mon père espérait encore pouvoir revenir bientôt pour reconstruire sa maison, « demain », comme il le dit si souvent. Mon oncle était moins optimiste. « Tout est parti en fumée », a-t-il dit. Il avait investi une grande partie de ses économies dans la construction d’une grande maison au village pour accueillir ses quatre enfants et sa petite-fille. Il avait même installé un ascenseur pour leur enfant handicapé. Les Israéliens ont fait exploser la maison de trois étages lors de leur invasion. Même le puits en dessous s’est fissuré. « Reconstruire quoi ? » a-t-il demandé. « Notre retraite confortable… C’est tout… C’est fini pour notre génération. »
La vie dans le village sous occupation de fait
Un autre de mes oncles maternels est retourné vivre au village avec sa famille – le seul, des deux côtés de ma famille, à l’avoir fait. Sa famille avait été déplacée à plusieurs reprises en deux ans, une période durant laquelle elle était constamment à la merci de ses propriétaires, qui cherchaient souvent à augmenter un loyer qu’elle ne pouvait déjà pas payer.
Leur maison, dans le village, était l’une des rares encore debout. Ils l’ont donc nettoyée, rénovée et réaménagée. Toutes les écoles du village ayant été détruites, mon oncle a inscrit sa plus jeune fille à l’école du village voisin. Le village n’était plus le havre de paix où ils avaient fondé leur famille après la libération du joug israélien en 2000. Ils vivaient désormais sous la menace constante de survols et d’intrusions israéliennes, et les nuits étaient souvent marquées par de nouveaux actes de terrorisme. Leurs déplacements dans le village étaient devenus très limités.
Le 30 octobre 2025, des soldats israéliens ont pénétré dans le village et tué Ibrahim Salameh, employé municipal, alors qu’il dormait dans le bâtiment municipal de fortune. Salameh s’y était réfugié car sa maison avait été détruite. Il vivait séparé de sa famille qui avait trouvé refuge ailleurs. Lors de l’incursion, trois soldats de l’armée libanaise qui s’approchaient des lieux auraient, selon certaines informations, pris la fuite lorsqu’ils ont été menacés par Tsahal. Plus récemment, le 11 février 2026, une autre famille a été chassée de sa maison en pleine nuit après qu’elle ait été la cible de grenades. Les soldats israéliens sont ensuite entrés et ont fait exploser la maison. À ces occasions, comme à d’autres, les soldats de Tsahal pénètrent profondément dans les zones résidentielles sans rencontrer de résistance, l’armée libanaise se montrant incapable ou peu disposée à contrer ces agressions, tandis que le Hezbollah se repliait derrière le fleuve Litani. L’occupation israélienne de facto était de nouveau une réalité le long de la frontière.
Ces violations s’ajoutaient aux bombardements fréquents, à la surveillance par drones, aux assassinats ciblés, à la destruction d’infrastructures essentielles et aux patrouilles quotidiennes à Jal al-Deir et dans ses environs, l’un des cinq nouveaux postes militaires israéliens établis au Liban. Malgré les risques encourus, certaines familles n’ont eu d’autre choix que de rentrer. Environ 300 des 2 000 habitants permanents du village sont ainsi retournés sur place.
Une fois de plus, l’occupation israélienne a mis à rude épreuve la cohésion sociale du village. Quelques jours avant qu’Israël et les États-Unis ne lancent une guerre d’agression non provoquée contre l’Iran, mon oncle paternel est décédé. Mon père a fait le voyage depuis l’étranger pour assister aux funérailles au village. Traditionnellement, les funérailles villageoises rassemblent tout le village et durent plusieurs jours. Mais cette année-là, seules douze personnes étaient présentes, outre les membres de la famille proche, et la cérémonie fut de courte durée. Avant octobre 2023, les villageois vivant à Beyrouth, et même ceux de la diaspora, revenaient présenter leurs condoléances. Mon oncle, quant à lui, a été enterré en présence de ses frères et sœurs et des quelques personnes qui avaient osé revenir vivre au village.
L’État libanais absent
Pour les villageois frontaliers, la récolte des olives d’octobre 2025 marquait leur retour sur leurs terres agricoles après deux ans d’absence. À l’heure actuelle, Israël bloque l’accès à ces exploitations, situées le long de la frontière, par l’intimidation et des attaques fréquentes contre les agriculteurs.
Début octobre 2025, les autorités municipales du village ont publié un communiqué demandant aux habitants de déclarer leurs intentions de récolte à l’avance afin de se coordonner avec ce qu’elle désignait vaguement comme les « autorités de sécurité compétentes ». Il leur était demandé de préciser les travaux qu’ils comptaient entreprendre, leurs nom et prénom, la localisation des terrains, le nombre de personnes impliquées, leurs numéros de téléphone et de fournir une photo du véhicule utilisé. L’accès aux champs était autorisé uniquement certains jours, définis par la municipalité. Ce communiqué a provoqué l’indignation des villageois. Il leur interdisait d’accéder à leurs terres sans autorisation préalable, pour laquelle ils devaient fournir des informations personnelles détaillées à des « autorités de sécurité » non identifiées, qu’ils ont interprétées comme étant des représentants israéliens. Ils y ont vu la confirmation que leurs terres étaient occupées.
Pourtant, les villageois ont fini par obtempérer et se sont enregistrés. La municipalité a coordonné des visites avec l’armée libanaise et la FINUL pour assurer la sécurité des villageois dans les champs proches de la frontière. Malgré l’obtention des autorisations, les agriculteurs ont continué à subir le harcèlement et les attaques israéliennes pendant la récolte. Mon oncle s’est rendu dans les oliveraies avec des représentants de la municipalité fin octobre. C’est alors que ma famille a appris que les forces israéliennes avaient ravagé les oliveraies de ma grand-mère et celles de nombreux autres agriculteurs. Lorsque ma grand-tante, la sœur célibataire de ma grand-mère, l’a appris, elle a pleuré comme si elle avait perdu un enfant. Les frappes israéliennes avaient déjà détruit sa modeste maison traditionnelle au centre du village. Les olives étaient l’une de ses rares sources de revenus et de subsistance.
Ces scènes révèlent l’ampleur de la violence israélienne, mais aussi la profondeur de la négligence délibérée de l’État libanais. Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, la réponse du gouvernement libanais aux violations israéliennes s’est principalement traduite par des démarches diplomatiques visant à empêcher l’extension du conflit vers Beyrouth. Bien que les plus de 15 400 violations recensées du cessez-le-feu soient exclusivement le fait d’Israël, certains ministres au sein du gouvernement libanais ont rejeté la responsabilité uniquement sur le Hezbollah et continuent de le faire. En janvier 2026, le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, a déclaré qu’Israël avait le « droit de poursuivre ses attaques » contre le Sud Liban.
Cette position – selon laquelle le Hezbollah et les civils du Sud doivent assumer seuls les conséquences de tout ce qui s’est passé après 2023 – occulte le danger de vivre aux côtés d’un État colonial génocidaire en constante expansion. Elle ignore les violences israéliennes passées et présentes dans la région. Les tentatives de capitulation de l’État face à Israël témoignent d’une volonté d’abandonner sa souveraineté territoriale sur le Sud.
En raison des positions prises par le gouvernement, au sein duquel le Hezbollah justifie son statut minoritaire comme un moyen de préserver la cohésion sociale et institutionnelle, de nombreux habitants du Sud Liban font peu confiance à l’action gouvernementale. Historiquement, l’État s’est montré absent lors de situations cruciales qui affectent directement leur vie. Le gouvernement libanais n’a pas apporté un soutien suffisant et durable aux personnes déplacées par la guerre. Il n’a pas non plus abordé la question de la reconstruction du Sud Liban. Le gouvernement n’a pas protégé les civils libanais des attaques et violations quasi quotidiennes perpétrées par Israël. Il n’a pas commencé à répondre de manière adéquate aux attaques illégales et répétées d’Israël et à la destruction de matériel de reconstruction. Sous la pression des États-Unis, d’Israël, du Conseil de coopération du Golfe et de l’Europe occidentale, son principal objectif s’est plutôt porté sur le désarmement du Hezbollah.
Au-delà de l’inaction de l’État libanais, il est important de souligner ses actions, notamment depuis la nomination du gouvernement actuel en février 2025 : il a activement démantelé les armes et les infrastructures du Hezbollah au sud du Litani, rendant publiques des informations sensibles sur ses capacités militaires, y compris pour Israël. Suite à l’intensification récente du conflit, le 2 mars 2026, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a officiellement interdit les activités militaires du Hezbollah, déclarant illégale la seule résistance active à l’occupation et à l’agression israéliennes. Le 24 mars, juste après la destruction par Israël de tous les ponts menant au Sud Liban et la déclaration de plusieurs ministres israéliens de leur intention d’annexer le territoire libanais jusqu’au fleuve Litani, le ministère libanais des Affaires étrangères a déclaré l’ambassadeur iranien persona non grata.
L’incapacité et le refus du gouvernement libanais de défendre les vies et les ressources contre la destruction et le pillage israéliens ont été parmi les principales raisons pour lesquelles par le passé de nombreux habitants du Sud – et d’autres régions du Liban – se sont tournés vers les organisations de résistance. Hier comme aujourd’hui, au lieu de dissuader ou de repousser l’agression israélienne, les institutions étatiques libanaises ont blâmé et combattu les organisations libanaises et palestiniennes qui ont émergé pour y résister. Au lieu de sécuriser le territoire national et les droits des citoyens le long de la frontière, le gouvernement et ses soutiens ont constamment chargé l’armée libanaise de réprimer le mécontentement interne.
Tant que le Sud reste exposé à une occupation israélienne sans opposition de l’État libanais, les raisons pour lesquelles tant de personnes empruntent la voie de la résistance deviennent de plus en plus évidentes.
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Cet article a été initialement publié le 2 avril 2026 dans Middle East Research and Information Project. Traduit pour Contretemps par Stathis Kouvélakis.
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