Édition du 14 septembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Avion et environnement, question de conscience ?

Mentionnons, tout d’abord, qu’aborder les problèmes reliés aux voyages en avion est une opération risquée. En effet, beaucoup de gens prennent l’avion et remettre en cause cette pratique peut créer, chez plusieurs, un sentiment de culpabilité se traduisant par un mouvement de défense. Toutefois, considérant les effets environnementaux graves que provoque cette activité, il est impératif de conscientiser les gens qui en font usage.

Beaucoup et de plus en plus

À chaque seconde, un avion décolle quelque part sur la planète, soit 85 000 vols/ jour. Même si on a augmenté l’efficacité des avions en réduisant leur consommation individuelle de carburant de 30% depuis 1990, c’est une des sources de pollution qui connaît la plus forte croissance. L’augmentation du trafic est de 5%/an dans le monde, à la faveur, entre autre, du coûts des billets de plus en plus bas. Si rien n’est fait, le trafic aérien pourrait plus que tripler d’ici 30 ans. La situation pourrait devenir insoutenable pour le climat de la planète.

Nous vivons cette situation même à Québec, où l’aéroport vient d’être agrandi et il est déjà prévu de procéder sous peu à de nouveaux travaux permettant d’accueillir le double de passagers. Un million de voyageurs par année à Québec actuellement. C’est comme si la population de la région prenaient l’avion plus d’une fois l’an.

Très polluant

L’avion est très polluant. Selon la Fondation Nicolas Hulot, « l’aviation est, de tous les modes de transport, le plus émetteur de gaz à effet de serre. Par passager et par kilomètre parcouru, ce mode de transport est 3 fois plus nocif pour le climat que la voiture. Le nombre de polluants émis par les avions sont nombreux : oxyde d’azote (NOx), monoxyde d’azote (CO), hydrocarbures (HC), composés organiques volatils (COV) dioxyde de soufre (SO2), particules solides (SUIES) et vapeur d’eau ». Selon le Groupe intergouvernemental sur l’évaluation du climat (GIEC), « la contribution de l’aviation aux émissions globales des gaz à effets de serre est estimée à 3%, mais cet impact est de 2 à 4 fois plus important si l’on prend en compte l’ensemble des paramètres ».

Exigences et irritants puis alternatives

Pourtant les voyages en avion présentent des exigences considérables et de nombreux irritants tels : nécessité de combattre le stress associé à la dangerosité, aux horaires, à la limitation et perte des bagages, aux fouilles à la douane, au mal de l’air, à l’immobilité pendant de longues périodes, au décalage horaire, l’obligations de se procurer un passeport et parfois un visa, de se faire vacciner et de prendre une assurance médicale, à l’expansion des gaz et finalement aux problèmes associés aux langues étrangères, aux changements de monnaies et au coût des billets. Tout ces facteurs ne découragent toutefois pas de prendre l’avion. Celui-ci est utilisée pour des raisons de loisirs et de divertissements, par affaires et pour répondre à des besoins de santé, pour des visites familiales, d’aide humanitaire, pour des fins de formation, etc.

Voici quelques alternatives pour diminuer les voyages en avion : prendre ses vacances plus localement, voyager moins loin, faire des voyages plus longs et moins fréquents. On peut adopter d’autres façons de « visiter » des pays étrangers, sans se déplacer (écouter des reportages, assister à des conférences ou voir des films, comme ceux des Grands Explorateurs qui sont particulièrement biens réussis. Plutôt que de marcher sur Compostelle et aller dans les Caraïbes pour participer à des activités de méditation ou de yoga, on peut très bien faire tout ça au Québec. Les voyages d’affaires et les contacts avec la parenté peuvent souvent être remplacés par des communications à l’aide des nouvelles technologies. Les voyages pour aide humanitaire ne sont pas sans laisser des sentiments de deuil chez les aidés, toujours renouvelés à chaque nouvelle cohorte.

Depuis quelques années, on assiste au développement du « tourisme écologique » regroupant certaines initiatives comme : le déboursé d’une compensation carbone à même le prix du billet, le séjour dans des familles plutôt que dans des grands hôtels, les changements moins fréquents de draps et serviette, etc. Même si ces actions sont à encourager, elles sont actuellement marginales et n’auront jamais qu’une faible importance comparée à la pollution des avions. Mentionnons finalement que le « tourisme spatial » est l’exemple extrême de la pollution par l’usage de l’avion. Pour 250 000$ vous volerez 1 1/2 heure dont 4 minutes en apesanteur. Quelle sottise.

Bien que les voyages à l’étranger représentent un désir légitime de culture, de détente, d’épanouissement, etc. il faut bien admettre que les souvenirs de nos voyages sont très fugaces et il ne nous en reste pas grand-chose après quelques mois ou années. De plus, cette activité doit être remise en cause si on considère la pollution qu’elle crée et les statistiques qui en prévoient une véritable explosion. Avoir les moyens financiers de voyager ne devrait pas être un critère déterminant. Chacun doit décider en pleine conscience de prendre ou non l’avion.

Pascal Grenier, simplicitaire
Québec

Pascal Grenier

membre du groupe Simplicité volontaire de Québec

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