Une machine à sous qui institutionnalise la compétition comme loi de la hiérarchisation sociale
Peut-être faut-il se réjouir de la leçon d’humilité infligée au Canada, pays nordique, qui termine loin derrières la tête de peloton. On retrouve loin en tête la petite Norvège comptant une population de moins de 6 millions alors que le Canada en a plus de 40 millions et le Québec plus de 9 millions. Est-ce parce que non seulement la Norvège est un pays indépendant mais aussi plus économiquement indépendant vis-à-vis l’Union européenne que le Canada vis-à-vis les ÉU ?
À quoi sert, sociologiquement et politiquement, le sport professionnel et d’élite à part d’être une machine à sous ? On est d’abord frappé par l’acharné esprit compétitif qui s’en dégage tant entre les individus et les équipes que les nations. Comment ne pas y voir un décalque, et par là une justification, de la compétitivité capitaliste tant au niveau du bien nommé inhumain marché du travail niant le droit au travail qu’entre les entreprises et les pays. On y retrouve même la même hiérarchie des forts et des faibles… que vient gâcher la petite Norvège, peut-être exception en parallèle avec celle du capitalisme scandinave plus redistributif.
Comme la beauté sportive, la compétition a sa place en tant qu’émulation entre égaux
Pendant ce temps l’austérité budgétaire tant néolibérale que militaro-extractiviste réduit en peau de chagrin les budgets pour prendre soin des gens et de la terre-mère comme ceux pour construire des équipements sportifs et financer des événements culturels ouverts à monsieur et madame Tout-le-monde. Il y a certes une beauté qui émane des Jeux olympiques. On pense par exemple au patinage artistique qu’on peut apprécier sans référence compétitive par ailleurs difficile à justifier. On dira qu’il n’en va pas de même du patinage de vitesse et le ski alpin qui pourtant ont aussi leur beauté. La compétition comme émulation a certes sa place dans un monde non discriminatoire du soin et du lien mais à universelle chance égale. C’est cette beauté, contrairement à la sale politique régie par l’Argent, qui permet l’intériorisation à grande échelle des valeurs sportives véhiculées par leur envahissant déploiement dans l’univers médiatique.
Le sport commercial institutionnalise des règles inviolables rejetant la rupture révolutionnaire
Plus enfouie, on peut extraire des jeux olympiques, plus particulièrement du sport commercial par équipes, la perversion du politique. Le politique apparaît comme un match entre partis sans doute déséquilibré financièrement, de la même façon que se différencient les équipes sportives, mais selon des règles institutionnellement établies et reconnues. Différentions stratégiques et tactiques y ont leur rôle quitte à livrer des surprises mais bien balisées par les inviolables règles. Celles-ci ne peuvent être modifiées que par les institutions pertinentes où sont embusquées les puissances de l’Argent. Dans le sport d’élite et commercial, la rupture révolutionnaire des règles ne trouve aucune place, même pas les photos de martyrs ukrainiens sur un casque alors que partout et hypocritement ailleurs se vautre la publicité commerciale.
Quand, aux antipodes de la révolution, surgissent les pervers paris qui risquent de foutre en l’air tout l’édifice par leurs scores « arrangés », de la même manière que la drogue pour les performances individuelles, l’émoi est général et les moyens de les combattre mobilisés. À moins qu’à l’image du capitalisme oligarchique où tous les coups sont permis, où le droit international comme l’ONU deviennent une farce, ces perversions deviennet intégrées dans les règles, c’est-àdire qu’il n’y ait plus aucune réglementation. Alors, par la loi du miroir inversé, la révolution reviendra dans le champ des possibles, la démocratie représentative ligotée par l’Argent pourra se muer en démocratie participative par le bas contrôlant le haut, en démocratie des comités qui contrôle l’Argent.
Marc Bonhomme, 22 février 2026
www.marcbonhomme.com ; bonmarc@videotron.ca


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