Édition du 22 juin 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Brève allocution de Marc Brullemans sur le devenir des puits d’hydrocarbures - Les puits d’hydrocarbures : un danger certain

Un résident de Beloeil, me disait il y a quelque trois ans : « Un puits de gaz de schiste : J’ai autant de besoin de cela qu’un trou de balle dans le front ! ». La formule était directe et apparemment claire mais c’est quoi un puits de gaz de schiste ? Un puits de gaz naturel ? Un puits qui traverse le schiste ? Un puits qui atteint le schiste et qui suit la couche de roche à l’horizontale ? Chose certaine, il s’agit d’un puits d’hydrocarbures, géré en principe par le Ministère des ressources naturelles.

Combien avons-nous de ces puits ? En 2010, on parlait de 29 puits, puis 31, ensuite on a parlé de 600 puits [2] et sur la carte du Devoir du mois d’avril 2013 [1] , il est question de 960 puits… Quelqu’un sait-il combien de puits d’hydrocarbures a-t-on au Québec ??…


La question n’est pas anodine car un puits de gaz ou de pétrole reste une voie de communication entre la surface et le sous-sol. Long d’une centaine de mètres ou de 5 kilomètres, fracturé ou non, n’oublions pas que ces puits d’hydrocarbures sont des voies de passage.


Qu’arrive-t-il lorsque les puits sont remis à l’État, après une phase d’exploration ou d’exploitation ? Deux cas de figure se présentent : le puits est suspendu ou abandonné, selon si la fermeture de ces puits est définitive ou non. Dans le cas d’un puits suspendu, il doit être conforme au Règlement sur le pétrole, le gaz naturel et les réservoirs souterrains, lequel stipule :


 Dans le cas d’un puits sur terre, la tête de puits doit être indiquée et protégée par une clôture ou un abri ;


 Le puits fermé temporairement doit être laissé dans un état qui empêche l’écoulement des liquides ou des gaz hors du puits ;

Dans le cas d’un puits abandonné :


 Le puits en milieu terrestre doit être signalé au moyen d’une plaque d’acier de 15 cm de largeur et de 30 cm de hauteur indiquant en relief le nom du puits et ses coordonnées géographiques. Cette plaque doit être fixée à 1,5 m au-dessus de la surface du sol au moyen d’une tige d’acier. Lorsque la tige d’acier n’est pas soudée sur le coffrage extérieur, la plaque doit également indiquer en quelle direction et à quelle distance est situé le puits ;


 Le puits doit être laissé dans un état qui empêche l’écoulement des liquides ou des gaz hors du puits.

Malheureusement, ce n’est pas ce que les groupes citoyens du RIGSVSL ont constaté. Premièrement, on a trouvé, comme à St-Barnabé-Nord, des puits incorrectement localisés, à des centaines de mètres de leurs coordonnées. On a trouvé aussi des puits mal clôturés, comme à St-Antoine-sur-Richelieu, et surtout, nous nous sommes rendus compte qu’un grand nombre de puits d’hydrocarbures n’étaient pas identifiés. Que ce soit pour les anciens puits comme pour les nouveaux, tel celui foré à Wotton en 2010, on ne retrouve aucune plaque d’identification. Est-ce pour ne pas apeurer la population ?… Des questions se posent : Y a-t-il des visites annuelles sur ces sites ? Ces sites relèvent-ils du domaine de l’état ou de l’entreprise foreuse ? Ou encore de l’entreprise détenant les permis d’exploration ?… Nous avons relevé un cas à Yamachiche où un citoyen est au prise avec un puits à problèmes et ni les compagnies, ni les différents ministères, ni la municipalité ne veulent s’en mêler. Le puits libère du méthane et on lui indique qu’il est dangereux de se promener autour. Ce malheureux propriétaire ne se doutait pas en achetant sa petite propriété qu’il acquerrait du même coup un gros problème [2] …


Et puis surtout… nos groupes citoyens ont relevé de nombreuses fuites. Au mois de janvier 2011, dans le journal La Presse, un article [3] faisait état de 19 puits montrant des fuites sur 31, à des degrés divers certes mais qui fuyaient. À la recherche d’anciens puits, nous avons pu constater maintes fois des odeurs, des traces d’hydrocarbures. L’été dernier, deux cas furent largement médiatisés, celui du puits de 1890 à Gaspé (le puits C036 près de la rue Forest) [4] et les puits de la SOQUEM aux Iles de la Madeleine, sur la plage de Sandy Hook à Havre-Aubert. « Le passé qui nous rejoint », disait la ministre Martine Ouellet sur la plage le 15 août dernier sur les ondes de Radio-Canada [5]. Dans les deux cas, il y avait contamination des sols mais ne pourrait-il pas y avoir, à l’heure actuelle ou dans un proche futur, contamination de la nappe phréatique ?…
Dans le journal week-end du Devoir, on relatait les impacts de l’accident de l’Irving Whale en 1970. 200 000 sacs de mazout contaminé aux BPC qui sont enfouis sous les dunes et dont on ne sait que faire. Il est de ces produits, comme le pétrole, qui sont toxiques pour les écosystèmes. Allons-nous, à Anticosti comme cela est annoncé, ou ici à Saint-Hyacinthe, forer des puits d’hydrocarbures et pire encore fracturer notre sous-sol ? Rappelons-le, chaque puits est une voie de communication possible entre des sources de contaminants et notre ressource « eau ».

Marc Brullemans, coordonnateur interrégional du bloc « nord » du RIGSVSL (Regroupement inter-régional sur les gaz de schiste de la Vallée du St-Laurent)

Notes

[1] http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/376237/l-eternelle-quete-de-l-or-noir


[2] Ce puits orphelin a fait l’objet de nombreux reportages. Ici au journal La Presse : http://www.lapresse.ca/environnement/201201/25/01-4489474-des-puits-oublies.php et ici au Nouvelliste, ou l’on peut voir une séquence vidéo : http://www.lapresse.ca/le-nouvelliste/actualites/201104/04/01-4386140-un-puits-a-ciel-ouvert-inquiete-a-yamachiche-video.php.


[3] http://www.lapresse.ca/environnement/dossiers/gaz-de-schiste/201101/04/01-4357209-la-plupart-des-puits-ont-des-fuites.php


[4] http://ici.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2013/09/04/007-gaspesie-petrole-puits-gaspe.shtml


[5] http://ici.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2013/08/15/006-martineouellet-sandyhook-petrole.shtml

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