Édition du 29 novembre 2022

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Europe

Bulgarie : tensions « électriques »

Plusieurs semaines de mobilisations populaires dans une quarantaine de villes de Bulgarie ont eu raison du Premier ministre de droite Boïko Borissov qui a donné sa démission le 20 février. La hausse de la facture d’électricité a fait déborder le vase, dans un contexte de chômage de près de 28 % de jeunes (et 12 % en moyenne, sous-estimé par un fort exil), d’appauvrissement massif et de corruption ravageant tous les partis politiques depuis 1990 : il s’agit d’une crise profonde.

Le 3 mars, Plamen Goranov mourait à Varna à 36 ans. Il s’était immolé le 20 février en signe de protestation politique contre la corruption des autorités de la ville, devenant un symbole pour les manifestants de tout le pays. Depuis un mois, on a dénombré sept actes d’immolation entraînant la mort de quatre personnes – toutes dénonçant la pauvreté, le chômage, l’impossibilité de nourrir une famille, la corruption.

Du rejet des monopoles privés aux contestations politiques

La colère populaire s’est d’abord déchaîné contre les compagnies de distribution d’électricité – notamment la CEZ tchèque et l’autrichienne Energo­-Pro qui détiennent depuis 2004 l’exclusivité de la fourniture d’électricité dans certaines régions. Alors que le salaire moyen en monnaie bulgare indexée sur l’euro (Lev) représente environ 360 euros, des factures même modestes peuvent être proches de 80 euros, près de la moitié d’une pension. Dans les quartiers déshérités, à la périphérie de la capitale bulgare, les habitants apprennent à trafiquer les compteurs et interrupteurs pour capter l’électricité de leurs voisins, faute de pouvoir payer les factures. Les compagnies d’électricité évaluent à 15 % ce type de « pertes ».

Les manifestations de février exigeaient notamment un moratoire sur les factures d’électricité, la remise en cause des monopoles privés dominant le secteur énergétique et la renationalisation des compagnies. Rapidement les protestations se sont tourné contre le gouvernement et ont obtenu sa chute. Mais les mobilisations quotidiennes ont continué, et début mars, à Sofia comme à Varna, quelques milliers de manifestants ont cherché à bloquer la gare pour s’opposer à la privatisation du fret de la société de chemins de fer bulgare (BDZ), décidée par le gouvernement Borissov. Dans les assemblées ou les cortèges, on a aussi vu s’exprimer l’exigence d’une modification de la Constitution pour permettre le contrôle des députés, accompagnée de la dénonciation des « Mafia ».

Une rigueur zélée mais explosive

Aucun parti n’étant prêt à affronter la colère populaire, le Président Rossen Plevniev a avancé la date des élections et fini par former un gouvernement intérimaire présenté comme « technique », mais doté de plusieurs ministres issus du gouvernement destitué. Il a pour tâche de conduire le pays jusqu’aux législatives anticipées du 12 mai.

L’actuel parti de droite au pouvoir, le GERB (Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie) a été créé en 2006 par Boïko Borissov, alors maire de Sofia. C’était une période de croissance euphorique basée sur une baisse radicale des impôts pour attirer les IDE (investissements directs étrangers), avec plus de 80 % des nouvelles banques privées sous capital étranger, favorisant ainsi l’endettement. Autrefois membre de la police « communiste », Boïko Borissov est devenu Premier ministre en 2009 quand une récession d’environ 6 % a frappé le pays comme presque tous ceux de la région.

Face à la crise grecque de 2010, les partis de droite en Europe de l’Est se sont vanté d’être « rigoureux » contrairement aux « socialistes grecs » : après une récession de quelque 6 % en 2009, la Bulgarie avait en 2011 un déficit budgétaire de 2, 1 % du PIB et une dette publique inférieure à 20 % du PIB, bien en dessous des « normes ». Derrière cette apparente modération a eu lieu sur toute la décennie 2000 la plus forte baisse d’impôts directs de toute l’UE. L’équilibre budgétaire impliquait donc une réduction drastique des dépenses publiques : gel des salaires et des retraites dans le secteur public, et plus de 600 000 ménages bulgares vivant avec moins de cent euros par mois et par personne…

Les élections de mai connaîtront sans doute une abstention massive, effet de plus de vingt-cinq années d’alternances électorales sans alternatives, les ex-communistes devenus Parti socialiste de Bulgarie (PSB) en 1990 appliquant les mêmes politiques que la droite. Au même moment se tiendra à Zagreb le second Forum social balkanique résistant à la fois aux impasses nationalistes et à une Union européenne socialement désastreuse (1).

1. http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&id_article=26850

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