Édition du 16 avril 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Mobilisation des jeunes pour le climat

Changement climatique : un spécialiste répond aux questions des ados

La France se prépare à un week-end de mobilisation en faveur du climat. À l’appel de la jeune suédoise Greta Thunberg, des élèves d’une centaine de pays seront en grève ce vendredi 15 mars, pour inviter leurs dirigeants à agir en urgence contre le changement climatique. Le lendemain, des dizaines d’ONG, associations et collectifs citoyens appellent la France entière à participer à « La marche du siècle », organisée samedi dans plusieurs villes du pays.

Tiré de The conversation.

À quelques heures de ces mobilisations, un scientifique a répondu à des questions d’adolescents sur les dérèglements climatiques à l’œuvre. D’autres questions sont à retrouver sur le site du Priestley International Centre for Climate.

« Combien de temps la planète va-t-elle encore durer ? J’ai entendu 12 ans… »

Les « 12 ans » dont tu as entendu parler viennent d’un rapport spécial commandé par les Nations unies, qui étudie les effets d’un réchauffement climatique à 1,5 °C au-dessus des niveaux pré-industriels. Actuellement, le monde est 1 °C plus chaud qu’à la fin du XIXe siècle : la première période pour laquelle nous disposons de mesures de température fiables, et juste avant que la révolution industrielle n’ait atteint son point de rupture.

Afin d’éviter un réchauffement de la planète supérieur à 1,5 °C, l’humanité doit réduire ses émissions de dioxyde de carbone (CO2) à environ la moitié des niveaux actuels d’ici 2030, et à zéro en 2050. La date de 2030 – douze ans après la publication du rapport en octobre 2018 – a donc suscité beaucoup d’attention dans les médias.

Si l’échéance de 2030 n’est pas respectée, il sera très difficile de maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 1,5 °C. Cela ne signifie pas que cette température nous préserve de tout risque, mais les dommages causés par les changements climatiques s’aggraveront plus rapidement au-delà.

Au stade où nous en sommes, d’un réchauffement à 1 °C, on constate déjà l’augmentation d’événements climatiques extrêmes – tels que les vagues de chaleur et les inondations – ainsi que des pénuries alimentaires et des effets sur la production de nourriture. Des espèces entières sont déjà en train de s’éteindre du fait du changement climatique.

À 2 °C de réchauffement ou plus, l’élévation du niveau de la mer, la fréquence accrue des phénomènes météorologiques extrêmes, et les effets néfastes sur l’approvisionnement en nourriture et en eau, rendront la vie très difficile dans certaines parties du monde. Il est donc probable que de nombreuses personnes soient condamnées à quitter leur foyer et à devenir des réfugiés climatiques, tandis que des millions d’autres dans le monde seront exposées à la pauvreté. En outre, de nombreuses espèces disparaîtront et presque tous les coraux mourront.

Nous ne sommes malheureusement pas sur la bonne voie pour maintenir le réchauffement en dessous de 1,5 °C, voire même 2 °C. Si les pays atteignent leurs objectifs actuels, les températures augmenteront d’environ 3 °C – ou plus encore, si les émissions continuent à augmenter.

La planète en elle-même survivra aux changements climatiques causés par l’homme. Même si le monde était alors très différent, elle a connu il y a des millions d’années des périodes bien plus chaudes. Les humains ne devraient pas disparaître, mais ils devront apprendre à faire face à un monde plus chaud et à tous les défis qui en découlent. Il est donc nécessaire de coopérer et de fournir un soutien et des ressources aux personnes les plus vulnérables.

« Quelle serait la politique la plus efficace pour mettre fin au changement climatique ? »

Aucune politique ne mettra fin à elle seule au changement climatique, mais une stratégie très efficace consisterait à éliminer rapidement les combustibles fossiles, tels que le charbon et le pétrole, qui servent à produire et à transporter l’électricité.

Il y a de nombreuses manières différentes d’atteindre cet objectif, et il est important que les dirigeants choisissent des politiques susceptibles de créer des emplois intéressants et de renforcer les communautés.

Par exemple, les gouvernements devraient investir de l’argent dans des trains et des autobus sûrs, fiables, efficaces et abordables, afin que les gens puissent se déplacer sans utiliser leur voiture. Il faudrait concevoir des villes plus accueillantes pour les piétons, les cyclistes et les usagers des transports publics. Les maisons devraient être mieux desservies par les transports, et construites ou modifiées pour être plus écoénergétiques, de sorte qu’il soit plus facile de les garder au frais l’été et au chaud l’hiver.

Le transport aérien international est également responsable d’une part croissante des émissions mondiales et les gouvernements du monde entier doivent travailler ensemble pour trouver une solution.

L’agriculture – en particulier la production de viande et la production laitière – génère également une quantité étonnamment importante d’émissions. Les gouvernements devraient donc encourager les agriculteurs à utiliser des méthodes plus durables. L’agriculture peut également conduire à la déforestation : les arbres captent pourtant le dioxyde de carbone dans l’atmosphère, il est donc nécessaire de protéger les forêts et de planter nouveaux arbres.

« S’il y avait une chose à faire dans ma vie pour le climat, quelle serait-elle ? »

Tout d’abord, tu peux mesurer ton empreinte écologique en utilisant ce questionnaire du Fonds mondial pour la nature (WWF). L’enquête donne des conseils pour t’aider, toi et ta famille, à réduire ton impact. La recherche a également mis en évidence les principaux efforts qu’une personne peut faire pour aider le climat. Les voici :

- Essaie de moins prendre l’avion.

- Si tu es en âge de conduire, mets-toi au défi de vivre sans voiture, où partages-en une avec ta famille et tes amis.

- Adopter un régime végétarien ou végan peut réduire ton empreinte carbone – même s’il est plus efficace d’éviter le gaspillage alimentaire que de s’astreindre à un régime strict.

- C’est controversé, mais vrai : dans les pays plus riches, avoir un enfant en moins a le plus fort impact.

Au quotidien, de petites actions peuvent aussi aider. Éteindre le chauffage ou l’air conditionné à la maison, et ne chauffer ou rafraîchir que les pièces que tu utilises, te fera économiser de l’argent et réduire tes émissions de carbone. Essaie d’acheter moins d’habits, de plastique et de gadgets : les produire consomme des ressources et de l’énergie.

Échange et achète des objets de seconde main ou trouve des choses gratuites, et recycle autant que possible ce qui ne peut pas être réutilisé. Quand tu seras en âge, tu pourras également choisir de mettre ton argent sur un compte bancaire éthique, et être fourni en électricité 100 % renouvelable.

Les changements individuels ne suffisent certes pas, mais rappelle-toi que tes actions peuvent inspirer les autres. Utilise ta voix ! Parler du changement climatique avec tes amis, ta famille et tes camarades de classe contribue vraiment à sensibiliser les gens et à susciter de nouvelles actions.

This article was originally published in English

Chris Smith

Research Fellow in Physical Climate Change, University of Leeds

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