Les médias se sont rapidement emparés du geste en le qualifiant d’acte violent, et la porte-parole d’un parti de gauche, Québec solidaire, l’a immédiatement dénoncé, ainsi que « toute violence politique ». Aujourd’hui, la Centrale des syndicats du Québec, très présente dans le secteur public, s’est exprimée dans le même sens.
Mais qui sont Alliance Ouvrière ? Il s’agit d’un collectif militant combatif, ancré dans des traditions plus radicales de lutte ouvrière et dans des formes d’action directe. En somme, une organisation qui s’inspire — du moins en théorie et en pratique — de celles et ceux qui ont conquis les droits dont nous bénéficions aujourd’hui.
Alors pourquoi cette critique de leur action symbolique ? Ce qui se passe au Québec reflète une fracture de plus en plus nette entre deux lignes d’action populaire qui ne cessent de s’éloigner. D’un côté, les institutions — syndicats et partis politiques compris — qui recherchent la respectabilité à travers des tactiques modérées, mais dont les résultats concrets sont souvent nuls ou insignifiants. De l’autre, un renouveau des mouvements sociaux qui optent pour la confrontation directe : occupation d’entreprises, soutien aux locataires menacés d’expulsion, recours à des performances provocatrices pour rendre visibles les conflits et porter des messages clairs.
Ces actions ne se traduisent peut-être pas aujourd’hui en victoires législatives, mais elles démontrent une grande capacité à attirer et former de nouveaux militants, en élargissant une base sociale qui s’organise, se politise et apprend à défendre ses droits dans la pratique.
La polémique de la guillotine n’est que l’expression de cette tension. D’un côté, la respectabilité exigée par l’establishment, à laquelle se conforment Québec solidaire et la CSQ pour préserver leur légitimité dans les limites acceptables du système. De l’autre, l’irrévérence de celles et ceux qui confrontent directement les responsables de leurs conditions matérielles, en recherchant non pas l’approbation des élites, mais la légitimité auprès de celles et ceux qui vivent ces réalités.
Les partis de l’establishment, ainsi que les syndicats qui se sont joints à cette chasse aux sorcières contre les jeunes militant·e·s, agissent non seulement contre leurs propres intérêts, mais se couvrent également de ridicule. Se désolidariser de sa base, c’est se placer face à elle — et montrer clairement au grand public qu’on n’est pas digne de confiance. Imaginez que de telles personnes, qui prétendent vous défendre, accèdent un jour au pouvoir : gouverneraient-elles pour la majorité sociale ou selon les diktats de l’opinion médiatique ?
Dans ce spectacle, l’élite est toujours gagnante. Mais peut-être que les militant·e·s le sont aussi : face à ces prises de distance, ils et elles ont suscité des sympathies bien au-delà des cercles restreints où ils étaient jusque-là connus.
Manuel Tapial
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