Édition du 3 décembre 2019

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Planète

Climat : que s’est-il passé depuis un an ?

Que s’est-il passé depuis la dernière COP ? Alors que la réunion annuelle des pays des Nations unies sur le climat doit s’ouvrir dans une semaine, Reporterre fait le point sur les mobilisations, les événements politiques et scientifiques sur le front du climat depuis un an.

Tiré de Reporterre.

« Un énième uppercut dans l’estomac », voici les mots qu’avait choisi notre reporter à la COP 24, en décembre 2018, pour décrire le sentiment des pays les plus menacés par le changement climatique et des ONG, face à l’issue des négociations.

Certes, la « notice » de mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat avait été adoptée à Katowice (Pologne), en décembre 2018, lors de la COP24. Elle permet de mettre en œuvre ce traité qui fixe comme objectif une limitation du réchauffement climatique en dessous des 2 °C, voire 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Mais la référence aux droits humains n’avait pas été acceptée par les négociateurs ; la référence au rapport du groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec) minimisée ; les discussions difficiles reportées…

Un tableau gris comme un ciel menacé d’évènements climatiques extrêmes. Mais cette COP portait déjà en germe les grandes nouvelles de l’année climatique, du côté de la société civile. Elle était l’occasion de rencontrer Greta Thunberg, la jeune Suédoise commençant alors tout juste à être repérée par les médias européens — Reporterre avait ainsi été le premier média français à l’interviewer.

L’Affaire du siècle : deux millions de signatures pour le climat

Au lendemain de la clôture de ces décevantes négociations, quatre ONG françaises — Greenpeace, la Fondation pour la nature et l’Homme (FNH), Oxfam et Notre affaire à tous — lançaient « L’Affaire du siècle ». Cette action en justice contre l’État vise à faire reconnaître « l’obligation de l’État d’agir pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C », nous expliquait alors Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France. On ne connaît pas encore l’issue judiciaire de cette action mais l’engouement a été immédiat. Début janvier, la pétition accompagnant l’action en justice avait récolté plus de deux millions de signatures — 2.359.829 à l’heure où nous écrivons ces lignes — devenant « la plus grande mobilisation en ligne jamais enregistrée en France », se réjouissaient les ONG.

Comment transformer autant de clics en une mobilisation sur le terrain ?, s’interrogeait alors Reporterre. Dans la rue, les marches climat lancées depuis la fin de l’été 2018 se sont poursuivies, peut-être favorisées par un doux hiver. Mais surtout, prenant la suite de l’appel de Greta Thunberg, les jeunes ont pris la relève avec, le vendredi 16 février, leur première grève pour le climat en France. Émergeait ainsi un nouvel acteur puissamment symbolique sur la scène climatique française, auquel les politiques hésitent à toucher : la jeunesse.

L’événement représenté par la venue de Greta Thunberg à Paris, le 23 février 2019, l’a confirmé. Elle a même été reçue par Emmanuel Macron. Un élan qui s’est poursuivi par une grande mobilisation le samedi 16 mars, dans de nombreuses villes en France et à Paris. Dans la capitale, la « Marche du siècle » a tenté la convergence avec la marche des solidarités contre les violences policières, et la manifestation des Gilets jaunes. Près de 350.000 personnes auraient défilé ce jour-là en France, ont indiqué les organisateurs.

Décrocheurs de portraits, Extinction Rebellion... La floraison de la désobéissance civile

En parallèle, sur cet échiquier en recomposition, un mode d’action est aussi monté en puissance dès le début de l’année 2019 : la désobéissance civile. Le 21 février 2019, les activistes d’Action non violente-COP21 (ANV-COP21) décrochaient simultanément les portraits du président de la République dans quatre mairies. Le but : « Illustrer symboliquement le vide de la politique climatique et sociale du gouvernement Macron en laissant des murs vides à la place des portraits que nous décrochons », expliquait Pauline Boyer, porte-parole d’ANV-COP21. L’action s’est multipliée partout en France, et fin août Reporterre dénombrait 128 portraits décrochés. Ces actions ont provoqué l’ire de l’exécutif, qui a répondu par de multiples gardes à vue et procès.

Pas de quoi décourager ceux qui cherchent une façon efficace de se mobiliser pour le climat. De plus en plus de Français sont séduits par le mouvement venu d’outre-Manche Extinction Rebellion (XR), prônant lui aussi la désobéissance civile, dans une démarche internationale.

Les actions de XR au Royaume-Uni — qui ont notamment abouti au vote de l’état d’urgence climatique — impressionnent. Les premières actions françaises du mouvement ne semblaient pas aussi déterminées que leur pendant britannique, voire laissaient transparaître un léger manque de préparation. Mais un faux pas des forces de l’ordre a donné une visibilité inattendue aux activistes français. En juin, alors que 300 activistes tentaient de bloquer le pont de Sully, à Paris, l’intervention de la police à coups de gaz lacrymogènes pulvérisés directement dans les yeux, de coups de matraque et d’injures provoqua une cascade d’indignations. Extinction Rebellion France était lancé.

Greta Thunberg, infatigable militante pour le climat

Pendant ce temps, Greta Thunberg a continué de parcourir le monde (jamais en avion) pour pousser la mobilisation pour le climat et est venue à Paris le 23 juillet 2019, cette fois-ci pour parler aux députés... qui n’ont pas tous été très accueillants, notamment chez Les Républicains. « C’est comme si vous n’aviez même pas daigné lire le dernier rapport du Giec, les a-t-elle tancé. Ou peut-être n’êtes-vous pas suffisamment matures pour accepter ces données ? »

Coïncidence lourde de sens, quelques heures après son passage, les députés adoptaient le Ceta — le traité de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada visant à intensifier le commerce — sans se soucier que cela augmente les émissions de gaz à effet de serre.

Durant cet été 2019, lors duquel se sont enchaînées les canicules, desséchant sols et nappes phréatiques de façon exceptionnelle, les militants climat, eux, ne se sont pas démobilisés. Le camp climat début août a permis d’avoir de nombreux débats tactiques et de constater le renforcement du mouvement climat. Comme pour leur donner raison, début août, le Giec publiait un rapport sur l’état des sols de la planète. Moins d’un quart sont encore indemnes de l’exploitation de l’humain et les terres se réchauffent deux fois plus vite que le globe, nous apprend, entre autres, ce nouveau rapport.

L’alerte n’a pas atteint les dirigeants des pays les plus puissants de la planète. Fin août, réuni à Biarritz, le G7 n’a pas eu un mot à propos du climat. Il a laissé en outre un goût amer aux militants qui se sont mobilisés et ont organisé un contre G7. La ville a été bouclée par les forces de l’ordre, ne laissant que très peu de possibilités d’expression à la société civile. D’autant que l’élan de la mobilisation a été coupé en amont. L’intense contrôle des autorités a mené à des arrestations arbitraires, comme celle de trois jeunes Allemands mis en prison alors qu’ils n’ont pas commis le moindre acte répréhensible.

Les États-Unis sortent de l’Accord de Paris

La rentrée a cependant montré une mobilisation de la société civile intacte. Dès septembre, les grèves pour le climat ont repris dans le monde entier, tout comme les marches climat. Cette dernière a tenté, le 21 septembre à Paris, une convergence avec les Gilets jaunes, accueillie par les forces de l’ordre avec une grande bouffée de gaz lacrymogènes.

Deux jours plus tard, le sommet Action climat de l’ONU, à New-York, accueillait Greta Thunberg. Une fois de plus, son message était salué mais sans influencer les discussions. Le bilan du sommet se révélait décevant : aucun gros pays émetteur de gaz à effet de serre n’a pris d’engagement fort ou nouveau pour le climat. Autre messager périodique de la cause climatique, le Giec a lui aussi sonné l’alarme une énième fois dans un rapport publié en septembre. Il s’est, cette fois-ci, concentré sur les océans. La montée des eaux est plus rapide que prévu et pourrait toucher 680 millions de personnes, a-t-il révélé.

« Le niveau des océans monte, notre colère aussi » : l’un des slogans vu dans les mobilisations pour le climat semblait répondre aux alertes des scientifiques. C’est ainsi que XR lançait quelques jours plus tard une semaine internationale d’actions de désobéissance civile. À Paris, elle était ouverte par la « dernière occupation avant la fin du monde », menée en convergence avec des Gilets jaunes, le Comité Adama, ou encore les intellectuels de la revue Terrestres. Le lundi suivant, une occupation de la place du Châtelet et du pont au Change, en plein cœur de Paris, était lancée et se poursuivait pendant cinq jours. Une multitude d’actions visant à bloquer les rues ou interpeller les politiques ont aussi eu lieu durant cette semaine d’octobre.

En même temps, au Royaume-Uni, XR réussissait une série de blocages d’axes stratégiques, paralysant même un aéroport, tandis qu’en Allemagne aussi les blocages se multipliaient.

Le succès ambigu de XR — action spectaculaire mais ne suscitant aucune réaction des décideurs — faisait s’interroger sur la stratégie suivie par ces militants écologistes.

L’actualité institutionnelle a ensuite repris le dessus de l’agenda climatique. À l’approche de la COP 25, le Chili, secoué par un mouvement social inédit, a renoncé à organiser la conférence qui devait se tenir dans sa capitale Santiago. L’événement a été transféré à Madrid.

Autre mauvais coup peu de temps avant la nouvelle COP, Donald Trump a officialisé le 4 novembre la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Cette sortie « envoie un très mauvais message aux autres pays qui, tout en restant dans l’Accord, sont déjà tentés par l’apathie et l’affaiblissement des efforts », expliquait alors à Reporterre la spécialiste de la gouvernance du climat Amy Dahan.

Pour rappeler l’urgence aux pays qui restent dans l’Accord de Paris, il fallait une piqûre de rappel. Celle-ci est venue d’un rapport publié mercredi 20 novembre. Réalisé par un groupe de centres de recherches sur l’énergie et du climat, avec le soutien du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), intitulé Production Gap — littéralement le fossé de la production — il analyse pour la première fois les plans nationaux de production d’énergies fossiles à la lumière de l’Accord de Paris. La conclusion est sinistre : le monde est en passe de produire, en 2030, bien plus d’énergies fossiles que la quantité compatible avec l’Accord de Paris : + 50 % par rapport à une trajectoire permettant de limiter le réchauffement climatique à 2 °C, et + 120 % par rapport à une trajectoire 1,5 °C.

Autant de données que les négociateurs auront à l’esprit, espérons-le, quand il se retrouveront à Madrid pour la COP 25 qui commencera dans pile une semaine, le lundi 2 décembre.

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