Pour ces écologistes, les surprofits des transnationales fossiles, le recours au charbon comme substitut dans maints pays asiatiques, à moins de suppression forcée de la demande comme dans plusieurs de ces pays, et les avantages pécuniers qu’en tirent Poutine ne sont que des inconvénients temporaires. Ils se réjouissent de la poussée record des exportations chinoises de panneaux solaires, de véhicules électriques et de batteries vers une panoplie de pays avides d’énergie dite renouvelable. « Au cours des dernières semaines, la France, l’Égypte, l’Inde, l’Indonésie, la Turquie et bien d’autres pays ont annoncé de nouveaux investissements et initiatives dans le domaine des énergies propres. » Ce serait d’autant plus une bonne nouvelle que cette soi-disant heureuse conséquence de la guerre ne fait qu’accentuer une tendance en cours. « En pourcentage, entre mars 2025 et mars 2026, l’énergie éolienne a progressé deux fois plus que l’énergie produite à partir du charbon n’a reculé. Et l’énergie solaire ? Plus de quatre fois plus. […] En réalité, la nouvelle production d’énergie renouvelable [en 2025] a dépassé la hausse de la demande en électricité, ce qui signifie que la production d’énergie à partir de combustibles fossiles a en fait diminué. » Cette croissance des énergies soi-disant renouvelables s’applique, comble de l’ironie, aux ÉU trumpiennes : « En 2025, les États-Unis ont installé plus de neuf fois plus de capacités de production d’énergie propre que de capacités liées aux combustibles fossiles. Cette année, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), 93 % de toutes les nouvelles capacités énergétiques prévues aux États-Unis seront vertes. Et le mois dernier, pour la première fois, les États-Unis ont produit plus d’électricité à partir des énergies renouvelables qu’à partir du gaz, qui est généralement la principale source d’énergie du pays. »
L’envers de la médaille du tout-électrique à base d’énergie dite renouvelable ou propre
Le commentateur du New-York Times admet tout de même un envers de la médaille :
À mesure que la transition écologique s’accélère, elle a supplanté une grande partie des débats sur le changement climatique, à tel point qu’on entend davantage parler de chiffres comme ceuxci que des concentrations de carbone, des objectifs de température ou des émissions mondiales. […] Mais la classe dirigeante a tourné la page : il y a cinq ans, les dirigeants mondiaux parlaient du réchauffement en des termes délibérément apocalyptiques ; aujourd’hui, ils parlent de la transition écologique comme si le climat n’entrait pas du tout en ligne de compte. […] Pendant ce temps, le réchauffement s’est poursuivi, tout comme ses effets. Les incendies de Los Angeles de l’hiver 2025 ont laissé place à des feux d’une ampleur record à travers les États-Unis ce printemps. La vague de chaleur qui a ravagé une grande partie de l’Ouest américain le mois dernier, considérée aujourd’hui comme un événement qui ne se produit qu’une fois tous les 500 ans, a vu sa probabilité multipliée par 800 en raison du réchauffement. Et la semaine dernière, un groupe de chercheurs a publié une nouvelle analyse inquiétante du système de circulation océanique connu sous le nom d’AMOC, comme l’a noté Kate Aronoff, qui s’est penchée sur les recherches alarmantes concernant la probabilité de son effondrement et sur le climat politique indifférent dans lequel cette nouvelle a été accueillie. L’AMOC, qui distribue la chaleur dans l’Atlantique Nord et stabilise ainsi une grande partie du climat de la planète, est l’une de ces grandes incertitudes qui se cachent dans l’avenir climatique et que certains scientifiques ont qualifiées de « monstres derrière la porte ».
Et voilà que s’annonce peut-être à l’horizon de la fin 2026 – début 2027, un super El Niño alors que comme le titre Reporterre, « [l]e réchauffement climatique s’emballe depuis 2015 ». La courbe de Keeling de la NOAA à Hawaï, étalon mondial mesurant la croissance du gaz carbonique dans l’atmosphère, a continué de croître en 2025 quoiqu’en-dessous des records de 2023 et 2024 mais tout de même au-dessus de la moyenne de la décennie 2000-2010. Le méthane, second gaz à effet de serre en importance, croît toujours même si c’est un peu moins rapidement depuis 2020 que le taux record entre 2010 et 2020.L’oxyde d’azote, troisième GES en importance, croît toujours rapidement tout comme l’hexafluorure de soufre. Ce qui amène à bien cadrer la bonne nouvelle qu’« en 2025, pour la toute première fois, la production d’énergie issue des nouvelles énergies renouvelables a dépassé la hausse de la demande mondiale en électricité ». D’abord, les hydrocarbures dominent toujours le système de transport sans compter leur forte présence dans l’industrie et l’agriculture et pas seulement pour l’énergie soit par exemple pour les engrais et les processus industriels surtout pour le ciment, l’acier et l’aluminium et y compris la continuelle expansion des plastiques. Ajoutons-y la non-fiabilité des statistiques des sources terrestres des GES qui ne comptabilisent ni ceux émanant des feux des forêts « aménagés » ni ceux de la biomasse sous prétexte qu’ils sont ensuite capturés par la régénération… après 25-50 ans à condition qu’elle ne s’incendie pas entretemps. Qui ne dit que les statistiques colligées par les entreprises, qui ont intérêt à les minimiser, sont fiables ? Last but not least, pour raison de sécurité nationale, les GES des armées ne sont pas rapportés :
Les forces militaires et l’industrie mondiale de l’armement représentent environ 5,5% des émissions de gaz à effet de serre (GES) — soit plus que l’aviation civile et le transport maritime réunis — et pourtant, elles demeurent invisibles dans les engagements climatiques et les cadres de compte rendu nationaux. […] Pourquoi l’omission compte — Intégrité des cibles climatiques : si plus de 5% des émissions globales ne sont pas comptabilisées, les rapports de progrès de l’Accord de Paris exagèrent les succès. […] Selon le SIPRI, les dépenses militaires mondiales ont atteint 2,440 milliards de dollars en 2023, neuvième année consécutive de hausse. L’OTAN pousse ses membres à dépasser le seuil de 2 % du PIB, la Chine élargit son industrie de défense, et des puissances régionales comme l’Inde ou l’Arabie Saoudite battent des records d’achats.
En plus des GES des armées, aussi non officiellement comptabilisés, il y a ceux de la guerre
Et puis au-delà des GES des armées, il y a ceux des armées en guerre : « L’activité militaire en temps de paix n’est qu’une partie du problème. La guerre elle-même est extrêmement carbonée. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a généré de 175 à 230 millions de tonnes de CO₂ les deux premières années — soit l’équivalent des émissions annuelles combinées de l’Autriche, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie. » Une étude savante de mai 2025 de la guerre génocidaire contre Gaza affirme dans son résumé :
Les émissions estimées pour 15 mois d’opérations militaires directes ont dépassé les émissions annuelles de 36 pays et territoires pris individuellement. ❖ Le total des émissions s’élève à plus de 41 fois les émissions des pays et territoires les moins polluants, si l’on inclut le réseau de tunnels du Hamas et la barrière de protection israélienne, ou « mur de fer ». ❖ Le coût carbone de la reconstruction de Gaza et des habitations détruites au Liban équivaut à peu près aux émissions annuelles de gaz à effet de serre de la Croatie. ❖ Ces calculs soulignent la nécessité urgente d’une plus grande transparence et d’une obligation de déclaration des émissions militaires, tant en temps de guerre qu’en temps de paix, dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
À ces guerres les plus médiatisées, il faudrait ajouter celles dévastatrices de la Birmanie, du Soudan et des Grands lacs africains qui n’en finissent pas de finir. Qu’en est-il de la guerre en cours contre principalement l’Iran et le Liban mais impliquant presque tout le Moyen-Orient ? Au carburant des avions de guerre et aux GES qui seront attribués aux reconstructions il faut ajouter le carburant des navires de guerre et surtout les émanations des réservoirs bombardés de pétrole y compris ceux russes. Peu importe aux hauteurs financières du capitalisme qui n’en ont que pour le mirage, après un moment d’hésitation, de l’Intelligence artificielle. Les bourses poussées par les profits élevés volent de sommet en sommet comme si de rien n’était. D’avouer The Economist,
Cette image rassurante est profondément trompeuse. Le 20 avril, les derniers pétroliers à avoir franchi le détroit d’Ormuz avant le début de la guerre ont atteint leurs destinations, en Malaisie et en Californie. Il ne reste plus aucune marge de manœuvre pour protéger le monde d’un choc d’approvisionnement, à une période de l’année où la demande des automobilistes en partance pour les vacances commence à s’intensifier. Pour évaluer à quel point le monde est proche d’une catastrophe énergétique, The Economist a compilé un tableau de bord d’indicateurs. Celui-ci montre que des dommages graves ont déjà été causés. Pire encore, sans une réouverture, les coûts pourraient monter en flèche, déclenchant des événements qui paralyseraient le système d’approvisionnement en carburant. Une réouverture immédiate du détroit permettrait — de justesse — d’éviter la catastrophe. Mais des difficultés supplémentaires sont déjà inévitables.
Trois facteurs poussent le monde au bord du gouffre. Les stocks de pétrole disponibles à la vente s’épuisent. Les raffineries réduisent considérablement leur production de carburant. Et la demande reste artificiellement élevée, notamment en Europe. Il faudra qu’un élément majeur cède quelque part pour que les marchés de l’énergie retrouvent leur équilibre.
Au cynique positivisme des capitalistes verts répond le bonheur de la lutte décroissanciste
Si la guerre du Moyen-Orient continuait, un monde sombrant dans une profonde crise économique sous la gouverne de régimes autoritaires ultra-nationalistes virant au néofascisme n’aurait que faire de la crise climatique et de celle de la biodiversité, encore moins qu’actuellement. Ce serait la grande débrouille pour tous les peuples du monde comme ce l’est déjà pour ceux des pays dépendants. Au-delà des statistiques manipulées et biaisées, au-delà d’un optimisme de commande pour ne pas regarder la réalité en face, un monde plongeant dans une troisième guerre mondiale sous gouverne néo-fascisante est un monde plongeant dans la terre-étuve le pied sur l’accélérateur. Il semble, cependant, que plus est crue la vérité de la catastrophe éminente, plus non seulement les négateurs à la Trump tonitruent leurs « fake news » mais plus aussi les émissaires du capitalisme vert, malgré quelques réserves, crient victoire.
Les énergies dites renouvelables ont certes leur rôle à jouer mais il n’est qu’auxiliaire sans compter que ces énergies diffuses et aléatoires exigent une formidable masse de matériaux énergivores et polluants pour les capter et les stocker. Même au niveau de l’enjeu énergétique, la sobriété et l’efficacité sont plus cruciales : le transport en commun doit remplacer l’auto-solo même électrique, le logement collectif social et écoénergétique doit se substituer à la petite villa campagnarde même à la maison en rangée, le quartier et village 15 minutes doit éliminer la ville tentaculaire, l’agrobiologie doit tasser la carnée agro-industrie. Plus globalement, l’économie productiviste et extractiviste doit céder la place à la société de soin et de lien en décroissance matérielle. La dictature de l’Argent, qui inclut la démocratie parlementaire, doit s’effacer en faveur de la démocratie participative des comités. Le capitalisme doit être renversé par l’écosocialisme. Le faux et vide bonheur clinquant de la consommation et du spectacle doit être supplanté par la plénitude et la sécurité de la solidarité, celles qu’on découvre quand on participe pleinement à la lutte sociale et à l’entraide sociale quand le malheur arrive.
À l’occasion de la Journée de la terre, « [l]a coalition Vire au vert appelle les partis au Québec à “foncer” dans la lutte climatique ». Fort bien, les élections à venir sont une occasion d’aller à contre-courant de la tendance dominante de la néofascisation guerrière. L’ensemble des 27 mesures prescrites sont à soutenir malgré leurs caractéristiques générales et peu compromettantes à quelques engagements concrets près. Mais là où l’ensemble de l’œuvre rate la cible c’est qu’il ignore le contexte guerrier du monde. Au-delà des listes de souhaits, il faut mobiliser durant la période électorale comme s’apprête à le faire, nous dit-on, les mouvements syndicaux et populaires dans une « grève sociale ». Last but not least, où sont les manifestations à l’encontre de la guerre face aux consulats étatsuniens et israéliens, face aux ministères du gouvernement fédéral qui déplore la guerre mais laisse fonctionner à plein régime le commerce des armes vis-à-vis évidemment les ÉU mais aussi le régime sioniste tout en laissant « [p]lus d’une centaine d’établissements financiers canadiens [investir] 526 milliards de dollars étatsuniens dans des entreprises complices de l’occupation, de l’apartheid et du génocide perpétrés par Israël ». En ces temps moroses, mais où la lutte continue, la première lutte écologique à faire est celle contre la guerre impérialiste et génocidaire.
Marc Bonhomme, 26 avril 2026
ww.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com
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