Le deuxième mandat de Donald Trump, avec son programme néofasciste, marque un tournant dans la situation internationale. Les libertés et les acquis sociaux et ouvriers, déjà érodés par des décennies de néolibéralisme, sont plus menacés que jamais.
Son programme de recolonisation s’exprime dans son intention d’annexer le Groenland et de reprendre le contrôle du canal de Panama. Il se concrétise dans son agression contre le Venezuela et l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores.
Pour cette politique, la Charte des Nations unies est un document sans importance, la souveraineté des peuples un concept inopérant.
L’extrême inhumanité dont l’impérialisme est capable est mise en évidence par le génocide et le nettoyage ethnique du peuple palestinien que l’État d’Israël, avec la complicité de Washington et de ses alliés, perpétue sous les yeux du monde entier.
Trump et la fraction du capital qu’il représente accélèrent la marche aveugle vers le précipice écologique. Au moment où il est urgent d’agir pour éviter des dommages irréversibles, ils s’accrochent au déni climatique et à l’augmentation de la combustion des énergies fossiles. L’impérialisme entraîne l’humanité vers un suicide collectif.
Trump normalise le langage génocidaire. Il décrit des communautés entières, comme les immigrants somaliens, comme des « ordures ». Nous savons bien ce que l’on fait des ordures.
Le gouvernement Trump encourage et soutient l’extrême droite mondiale. Il fait pression sur le Brésil pour défendre Jair Bolsonaro, sauve le gouvernement de Javier Milei, fait de Nayib Bukele son geôlier associé, se réjouit du renforcement des « partis patriotiques », c’est-à-dire d’extrême droite xénophobe, en Europe.
L’extrême droite et le capitalisme
Partout, l’extrême droite et le fascisme appliquent la même formule. Ils détournent le mécontentement généré par les ravages du capitalisme contre les secteurs historiquement discriminés : les immigrants, les minorités racialisées ou religieuses, les personnes LGBTTQ, les femmes. Le racisme, la xénophobie, l’homophobie, la misogynie, le culte de la violence et la cruauté accompagnent la montée de l’extrême droite.
Ces calamités ont la même origine : la recherche constante du profit maximal, impératif que la concurrence impose à tous les capitaux, mandat qui régit les États au service d’un système d’accumulation incessante. Cette soif de profit alimente les politiques néolibérales de privatisation et de réduction des dépenses publiques sociales ; les attaques contre les protections du travail et les syndicats ; les restrictions des droits démocratiques, nécessaires pour imposer ces politiques ; la persistance et la prolifération des technologies et des pratiques écocides ; la soif impérialiste d’accaparer les ressources à extraire et les populations à exploiter, avec son corollaire indissociable, l’augmentation des dépenses militaires.
Il n’y a aucun espoir pour l’humanité emprisonnée et enchaînée par les règles du capitalisme. Il n’y a pas d’autre alternative que d’organiser la fuite ! La classe ouvrière et les opprimés doivent construire la force sociale capable de l’entreprendre.
Une alternative radicale, unitaire et indépendante
L’extrême droite se présente, et se développe, comme une alternative radicale à l’ordre établi, à ses élites et à ses partis. Nous savons qu’elle le fait de manière démagogique pour défendre le système qu’elle prétend défier, mais il y a là une leçon importante à tirer : pour se développer, la résistance doit également être une alternative radicale à la crise du système en place, à ses institutions usées et à ses partis.
Il est nécessaire que les exploités et les opprimés forment un front unique, libre de toute subordination à ces institutions et partis, capable d’agir en toute indépendance. Il est nécessaire de mettre en place un système de revendications qui, à partir des préoccupations populaires les plus urgentes, conduise à remettre en question le contrôle privé de la production et à comprendre la nécessité de la placer sous le contrôle démocratique de la communauté. La crise de la civilisation capitaliste (économique, politique, écologique, climatique) soulève la possibilité et la nécessité de relier les préoccupations immédiates, y compris la lutte antifasciste, à la nécessité de dépasser le capitalisme.
Le partage du monde
Le comportement de Trump obéit à deux impulsions : la recherche du plus grand avantage pour l’impérialisme américain et la reconnaissance qu’il existe des rivaux avec lesquels, à son regret, il doit partager le butin. Sa stratégie de sécurité nationale l’affirme : il ne faut pas « gaspiller du sang ou de l’argent » en essayant « d’éviter l’influence de toutes les grandes et moyennes puissances du monde ». Et il ajoute : « L’influence démesurée des nations les plus grandes, les plus riches et les plus fortes est une vérité immémoriale des relations internationales. » Il s’agit tout simplement d’une invitation à la répartition du monde entre les plus grands, les plus riches et les plus forts. Cette répartition n’est pas un processus harmonieux. Elle donne lieu à des accords et à des équilibres temporaires, mais aussi à des désaccords et à des déséquilibres constants.
Il n’y a pas lieu ici de se faire d’illusions. Ni l’Union européenne ou ses composantes, ni les gouvernements russe ou chinois ne représentent une alternative ou un rempart anti-impérialiste face à l’impérialisme américain.
Les dirigeants européens dénoncent aujourd’hui le fait que Trump les traite comme ils ont traité et continuent de traiter le Sud global. C’est la plainte des impérialistes sur le déclin.
En Russie et en Chine, la restauration capitaliste a conduit à l’émergence de puissances impérialistes désireuses de consolider leurs zones d’influence, en s’étendant politiquement, économiquement et militairement au-delà de leurs frontières. Nous sommes, comme l’expliquait Lénine, dans un monde où les tensions interimpérialistes ne cessent de croître. De plus, il existe des États capitalistes avec différents degrés d’indépendance et différents types de gouvernement.
Dans cette situation, la tâche de la gauche n’est pas de célébrer la multipolarité résultant de l’affrontement des projets impérialistes, mais de s’opposer à tous les impérialismes.
Trois principes
À la prétendue « vérité immémoriale » de Trump sur la domination des puissants, nous opposons trois orientations : l’opposition à tous les impérialismes ; la défense du droit de tous les peuples à l’autodétermination et la solidarité avec les exploités et les opprimés de tous les pays.
Cela signifie que nous rejetons l’agression des États-Unis contre le Venezuela et l’enlèvement de son président et de son épouse, et que nous rejetons également l’agression contre l’Ukraine par la Fédération de Russie.
Nous reconnaissons le droit du Venezuela, de Cuba et de tout pays agressé par les États-Unis à se défendre, y compris militairement, et à se procurer les moyens matériels nécessaires à cette résistance là où ils peuvent les trouver, et nous reconnaissons le même droit à l’Ukraine, attaquée par l’impérialisme russe.
Nous dénonçons et combattons la politique anti-immigrés et xénophobe ainsi que l’islamophobie aux États-Unis et en Europe occidentale, et nous adoptons la même attitude envers la répression du peuple ouïghour au Xinjiang par le gouvernement chinois.
Nous condamnons la persécution, la répression et la censure aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et dans d’autres pays à l’encontre des manifestations contre le génocide en Palestine, et nous dénonçons également la répression et l’emprisonnement en Russie des opposants à la guerre d’agression contre l’Ukraine.
Nous dénonçons et nous nous opposons à l’intervention de l’impérialisme américain en Iran, tout en soutenant la lutte des masses contre le régime autoritaire et théocratique dans ce pays.
Nous proposons la dissolution de l’OTAN, ainsi que de l’Organisation du traité de sécurité collective.
Nous ne soutenons pas le gouvernement de Volodymyr Zelensky en Ukraine. Nous dénonçons ses politiques anti-ouvrières, antidémocratiques et chauvines. Mais aucune politique contestable de ce gouvernement ne justifie l’invasion russe. Nous exigeons donc la fin de cette invasion.
Nous ne soutenons pas le gouvernement Maduro. Nous dénonçons ses actions anti-ouvrières et antidémocratiques. Mais aucune action répréhensible du gouvernement Maduro ne peut justifier l’agression des États-Unis contre le Venezuela. Nous exigeons donc la fin de cette agression et la libération du président et de son épouse.
Rejeter l’intervention, soutenir les luttes
Notre opposition à l’OTAN n’implique pas un soutien au gouvernement russe ou chinois. En luttant contre le réarmement de l’OTAN, nous sommes activement solidaires des milliers de personnes qui, en Russie ou en Chine, subissent la répression pour s’être opposées aux politiques antidémocratiques ou anti-ouvrières de ces gouvernements. C’est aussi une manière de démontrer, dans la pratique, que ces luttes peuvent et doivent trouver des alliés, non pas parmi les dirigeants de l’impérialisme occidental, mais parmi les mouvements anti-impérialistes qui les combattent.
Historiquement, les dirigeants bourgeois refusent de reconnaître que les mobilisations populaires contre eux sont le résultat de profondes contradictions sociales. Ils les attribuent généralement à l’action d’« agents », de saboteurs ou de manipulateurs internes ou externes. Nous ne pouvons pas adopter cette conception policière de l’histoire. Il ne fait aucun doute que l’impérialisme et ses agences tentent de tirer parti des luttes, comme celle du peuple iranien contre la théocratie autoritaire, mais cela ne réduit pas ces luttes à une opération de l’impérialisme. Nous devons nous opposer à cette intervention, tout en continuant à soutenir ces luttes.
Prêcher aux peuples qu’ils doivent accepter les dictatures qui les oppriment et les maltraitent comme un « moindre mal » fait de nous des promoteurs de la résignation et de la soumission. Les peuples ne s’intéresseront pas à notre message : ils se moquent bien d’un anti-impérialisme ou d’une analyse géopolitique qui exclut leurs revendications démocratiques les plus pressantes. C’est à nous de faire en sorte que ces luttes voient notre anti-impérialisme comme leur allié ou, au contraire, qu’elles ne trouvent tragiquement que stimulation et soutien dans le camp de l’impérialisme qui cherche à les exploiter.
La seule manière valable, la seule manière efficace d’encourager les autres à adopter une position démocratique et anti-impérialiste cohérente est d’adopter nous-mêmes cette position.
Exigences universelles de la classe ouvrière
Toutes les puissances impérialistes ont tendance à embellir leurs projets en y faisant référence à des idéaux admirables. Historiquement, l’impérialisme américain et celui de l’OTAN agissent au nom de la liberté, de la démocratie, etc. La gauche ne se laisse pas berner par ces proclamations. Mais il faut être cohérent. Il en va de même pour les impérialismes rivaux : nous devons expliquer comment, au nom de la multipolarité, de l’anti-hégémonisme, du rejet du modèle de démocratie occidentale ou de la contestation de l’eurocentrisme, on tente de justifier le déni des droits démocratiques de la classe ouvrière, des femmes, des personnes LGBTTQ.
Face au relativisme culturel taillé sur mesure pour les gouvernements autoritaires (de Russie et de Chine, entre autres), nous affirmons que les droits syndicaux, la liberté d’expression, de réunion et d’association, l’élection et la révocabilité des dirigeants ne sont pas des « valeurs occidentales » ou des « modèles libéraux » ou eurocentriques que l’impérialisme tente d’imposer : ce sont des exigences historiques de la classe ouvrière internationale. C’est pourquoi nous les défendons partout dans le monde, dans tous les pays, sans exception.
Nous rejetons le chantage selon lequel toute critique des gouvernements progressistes, ou qui se proclament progressistes, est contre-révolutionnaire et favorable à l’impérialisme. Ce qui affaiblit la lutte, ce n’est pas la critique et le débat, mais leur musellement. Il ne s’agit pas d’inclinations « libérales », mais de la défense de l’auto-organisation de la classe ouvrière.
L’hypocrisie de l’Occident et l’anti-impérialisme cohérent
Nous connaissons l’hypocrisie de l’impérialisme occidental lorsqu’il dénonce la répression en Iran ou l’invasion de l’Ukraine. Quel respect peut-on accorder à ceux qui ont subordonné et exploité le Sud global, qui ont subverti la démocratie chaque fois que cela servait leurs intérêts, qui viennent d’enlever le président du Venezuela ? À quelle morale peuvent prétendre les complices du génocide à Gaza ? Mais dénoncer l’hypocrisie de l’Occident et ses crimes ne doit pas nous conduire à passer sous silence les abus des gouvernements de Poutine ou de Xi Jinping, par exemple, ou à considérer qu’il s’agit d’« inventions de l’impérialisme ». Au double standard de l’impérialisme occidental, nous n’opposons pas un autre double standard, mais le rejet de tous les impérialismes.
« Toute injustice... partout dans le monde »
Rappelons-nous les mots d’Ernesto Guevara dans la lettre d’adieu à ses enfants : « Soyez toujours capables de ressentir au plus profond de vous-mêmes toute injustice commise contre quiconque, n’importe où dans le monde. » Il ne s’agit pas de certaines injustices, de certaines personnes ou de certaines parties du monde, mais de toute injustice, de toute personne ou de tout pays.
Aujourd’hui plus que jamais, nous devons pratiquer cet internationalisme cohérent, une solidarité sans frontières qui englobe les luttes des travailleurs, des opprimés et pour l’autodétermination dans tous les pays du monde, sans exception. C’est une politique qui s’oppose à tous les impérialismes. Elle ne subordonne la lutte d’un pays à celle d’un autre. C’est celle qui correspond au mot d’ordre « Travailleurs du monde, unissez-vous ! ».
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