Édition du 20 octobre 2020

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Asie/Proche-Orient

Des soldats tibétains aux côtés de l’armée indienne face à la Chine

La mort d’un soldat tibétain lors des récents affrontements frontaliers entre la Chine et l’Inde révèle la présence de combattants à prédominance tibétaine dans une unité d’élite des forces indiennes. Une source d’irritation pour la Chine.

Tiré de Courrier international.

Alors que la Chine et l’Inde sont récemment parvenues à un accord visant à rétablir la paix dans la région frontalière que les deux pays se disputent dans l’Himalaya, plusieurs médias mettent en lumière l’histoire des combattants tibétains qui y patrouillent.

La mort, le 30 août, de Nyima Tenzin, chef de brigade au sein de la Force spéciale de la frontière (SFF), a ainsi révélé le rôle particulier que joue cette unité sur la Ligne de contrôle effectif (Line of Actual control, une ligne de démarcation imprécise qui sépare, depuis 1962, le territoire sous contrôle indien de celui sous contrôle chinois).

Nyima Tenzin a été tué alors qu’il enjambait un champ de mines. Sa mort prématurée au milieu des récentes tensions avec la Chine a suscité la fierté dans la communauté tibétaine installée dans le nord de l’Inde, a déclaré au journal indien The Hindu le spécialiste du Tibet, Claude Arpi :

“Ils sont désireux de servir, comme l’illustre l’un de leurs chants de combat préférés : ‘Les Chinois nous ont arraché le Tibet et nous ont chassés de chez nous / L’Inde nous a gardés comme les leurs… nos jeunes martyrs n’ont aucune tristesse… nous ne perdrons pas notre force / À chaque opportunité nous lutterons avec nos vies’.”

Près de soixante ans d’histoire

“Le 14 novembre prochain, la Force spéciale de la frontière (SFF) aura 58 ans. Cette organisation qui a servi l’Inde pendant près de six décennies et a joué un rôle central dans des moments clés de l’histoire de l’Inde, de la libération du Bangladesh aux combats dans la guerre de Kargil, est pourtant scrupuleusement restée à l’écart des gros titres. Jusqu‘à récemment”, relève The Hindu.

Ce décès jette une lumière “inhabituelle sur une unité d’élite entraînée à travailler dans l’ombre”, poursuit The Hindu.

Pour les analystes cités par The Global Times, l’organe officiel chinois, l’Inde utilise les combattants tibétains comme de la chair à canon : “Cette prétendue force spéciale de la frontière est loin d’être une unité ‘d’élite’. Elle n’a été utilisée par l’armée indienne que comme chair à canon dans l’affrontement frontalier.”

Née après l’insurrection au Tibet

La création de la SFF date du moment où “les résistants tibétains [contre le pouvoir chinois] ont commencé à pénétrer en Inde après le soulèvement de 1956. D’autres combattants ont suivi, trois ans plus tard, après l’échec de l’insurrection et l’exil du dalaï-lama en Inde.”

Le frère du dalaï-lama, Gyalo Thondup, raconte dans son livre intitulé The Noodle Maker of Kalimpong [non traduit] comment il a joué l’entremetteur pour permettre au premier groupe de six combattants tibétains ayant fui la Chine d’être formés par les espions américains de la Central Intelligence Agency (CIA) au combat et aux télécommunications.

Vers 1958, on comptait 25 000 combattants tibétains dans le mouvement de résistance connu sous le nom de “Chushi Gangdruk”, répartis au sein de 23 unités. Ils avaient réussi à pousser les soldats chinois hors de la région du sud du Tibet. Mais, ils manquaient cruellement d’équipements.

M. Thondup déplore qu’au moment le plus crucial le soutien de la CIA n’ait pas abouti, les États-Unis ne fournissant que 700 armes obsolètes :

“Militairement, on n’a laissé aucune chance aux résistants tibétains.”

L’Inde ne doit pas jouer la carte du Tibet

“À l’heure actuelle, l’importance de la SFF a considérablement diminué dans l’armée indienne, et elle n’est plus pertinente. Le nombre de soldats dans l’unité a également considérablement diminué et ne compte pas plus de 1 000 descendants des Tibétains exilés”, soutient Qian Feng, directeur du département de recherche à l’Institut national de stratégie de l’Université Tsinghua, dans Global Times. “Devenir membre de l’unité n’est plus qu’un moyen de gagner sa vie.”

La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, avertit :

“Nous nous opposerons fermement à tout pays facilitant le soutien sous n’importe quelle forme aux activités séparatistes des forces ‘sécessionnistes du Tibet’.”

Pour les analystes chinois cités par le Global Times, “l’Inde joue la carte du Tibet, en tablant sur la connivence avec les Tibétains exilés. Cela se retournera contre elle. Car la puissance économique et la force militaire de la Chine sont bien supérieures à celles de l’Inde.”

Isolda Morillo

Journaliste au Courrier international.

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