Un rapprochement me semble s’imposer entre la fondation et l’expansion territoriale de l’État hébreu, qui ressemblent à celles d’un groupe mafieux comme Le Parrain, le film de Francis Ford Coppola. On y voit un modeste immigrant italien, Vito Corleone, gravir petit à petit les échelons du crime organisé italien à New York, au point d’en atteindre les plus hautes sphères. Il monte peu à peu sa propre organisation au prix de nombreux assassinats, de combines douteuses et d’alliances avec d’autres groupes de bandits. Il inspire un grand respect auprès des autres « capos ». Par ailleurs, il a le sens de la solidarité familiale, il possède l’art et l’habileté de se faire des « amis ». Il est prêt à tout pour arriver à ses fins : fonder une « famiglia » dominante et durable.
Benjamin Netanyahou lui ressemble. Il dirige certes un État soi-disant démocratique. Mais il fait l’objet d’accusations de corruption, ce qui explique qu’il s’accroche au pouvoir en profitant de guerres contre les Gazaouis tout d’abord, ensuite contre le Hezbollah au Liban et maintenant contre l’Iran. Il essaie de rassembler la population sous sa houlette au nom de « la survie de la nation » et de la sécurité des citoyens. Il utilise la violence à grande échelle pour supprimer les dignitaires d’organisations comme le Hamas à Gaza, le Hezbollah libanais et les dirigeants iraniens (dans ce dernier cas, en collaboration avec Donald Trump, autre délinquant politique notoire). Rien ne l’arrête. Il essaie d’agrandir le territoire israélien à Gaza, en Cisjordanie et au sud du Liban (jusqu’au fleuve Litani), en violation flagrante des lois et conventions internationales.
Ces agissements font beaucoup penser à ceux de Vito Corleone qui n’hésitait pas de son côté à contourner les lois pour agrandir sa zone d’influence à New York. C’était nécessaire pour réussir en affaires, assurer sa propre sécurité et celle de sa famille.
Bien sûr, Netanyahou a été élu et il gouverne un État, pas une organisation criminelle. Il en résulte que le « Parrain » de Tel-Aviv dispose de moyens de destruction infiniment plus forts que ceux d’un caïd new yorkais. Mais tout comme Corleone, Netanyahou bénéficie de protections influentes, surtout au sein de la classe politique américaine.
Il existe toutefois une différence importante entre les deux : le mafieux new yorkais pouvait démontrer à l’occasion une certaine compassion envers les démunis et les gens en difficulté. Il acceptait de les aider, même s’il y consentait contre la promesse de leur reconnaissance, alors que le second élimine froidement les Palestiniens qu’il juge dangereux, même au prix de massacres qui font de nombreuses victimes collatérales. Il essaie d’intimider beaucoup plus que de séduire, si l’on peut dire. Le sens du compromis lui échappe totalement.
L’autocratie de Corleone se tempérait donc d’un certain « humanisme », alors que celle de Netanyahou est complète et sans appel envers les peuples des alentours d’Israël. Corleone n’était pas un fanatique, contrairement à Netanyahou.
On me répondra peut-être que les gouvernements arabes ou musulmans ne font pas mieux et qu’ils n’ont pas été élus, eux. C’est vrai. C’est justement pourquoi on doit se montrer plus exigeants à l’égard du « seul État démocratique du Proche-Orient », édifié sur les ruines de l’ancienne Palestine arabe.
Jean-François Delisle
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