19 mars 2026 |Tiré de Europe Solidaire Sans Frontières
https://europe-solidaire.org/spip.php?article78366
« Pendant 47 ans ils ont tué des gens partout dans le monde et moi, le 47e Président des USA, JE LES TUE, c’est un grand honneur de le faire ».
« Nous avons tout détruit sur l’île de Kharg (terminal pétrolier iranien, DT) mais nous pourrions continuer, juste pour le plaisir » (JUST FOR THE FUN)
« JE PEUX LA PRENDRE (Cuba), JE PEUX TOUT FAIRE ».
(citations récentes de Donald Trump)
Le chemin vers la barbarie fasciste est d’abord tracé dans les mots qui banalisent la violence extrême et la haine, raciste et machiste. C’est ce qu’illustre le parcours de Trump, des paroles aux actes. Deux exemples.
La carrière politique de Trump débuta en 1989. Il s’offrit une pleine page de pub dans un journal new-yorkais pour appeler à l’exécution de cinq jeunes Noirs accusés du viol et du meurtre d’une joggeuse à Central Park. Le criminel – blanc – se dénonça des années plus tard. Les jeunes condamnés injustement firent des années de taule. Trump n’exprima jamais le moindre regret.
Aucun regret non plus pour sa célèbre apologie du viol : « je les attrape par la chatte, quand tu es une star tu peux tout faire ». Notez l’analogie avec la phrase sur Cuba (« je peux la prendre, je peux tout faire »), c’est exactement le même modèle. Le lien entre légitimation de la violence masculine et légitimation de la violence impérialiste apparaît en pleine lumière. Trump veut pouvoir poser ses hôtels sur les belles plages de Cuba, comme il veut pouvoir poser ses sales pattes sur les femmes (ou s’approprier le pétrole du Venezuela). Impunément et par la force.
Aucun regret non plus pour les 165 élèves d’une école de filles en Iran, pulvérisées par un missile Tomahawk. Trump a d’abord prétendu que le missile avait été tiré par l’armée des mollahs. Le mensonge a été démasqué : il s’agissait d’une erreur US due à l’intelligence artificielle qui choisit automatiquement les cibles... « Dans la guerre, il y a des morts », n’est-ce pas ? Même les 7 soldats étasuniens qui ont payé de leur vie la guerre criminelle contre l’Iran n’ont pas inspiré la moindre réaction empathique à Trump. C’est un sociopathe. Lors de la réception des cercueils, sa plus grande préoccupation était d’empêcher le vent de dévoiler l’état réel de son crâne octogénaire. D’où la fameuse casquette...
La citation « je les prends par la chatte » date de 2005. Elle a fait surface deux mois avant l’élection de 2016. Le fait qu’elle n’ait pas empêché Trump d’accéder à la présidence est tragiquement révélateur. Cela témoigne de l’ampleur de la banalisation sociale de la violence. Cette violence est certainement intrinsèque à l’exploitation capitaliste et elle s’appuie toujours, en dernière instance, sur la violence patriarcale contre les femmes. En même temps, ces phénomènes morbides sont spectaculairement amplifiés par les décennies de violence des politiques néolibérales (appliquées par les deux partis dominants aux USA... et par la social-démocratie en Europe), ainsi que par l’absence d’alternative crédible à la lutte individualiste de toustes contre toustes. C’est dans ce fumier d’injustices cruelles, d’abus systématiques et de désespoir que le fascisme plonge ses racines. Il les plonge d’abord par ses mots. L’antifascisme aussi doit réfléchir aux mots.
Un commentateur étasunien, sur DailyBeast, a comparé le déni par Trump du meurtre des 165 fillettes iraniennes au déni par son administration des meurtres de Renée Good et d’Alex Pretti tués par les nervis de ICE, à Minneapolis, et à résumé la chose en un mot : « fascism ». C’est exactement ça. Les mots du fascisme, les mensonges du fascisme dans les luttes intérieures préparent les crimes du fascisme à l’extérieur, et doivent être combattus en tant que tels. L’antifascisme peut faire des erreurs, mais considérer l’antifascisme comme un fascisme – la petite chanson perverse à la mode ! – est en soi une banalisation immonde, qui prépare le fascisme.
Ceci dit, il faut voir que l’affaire de Minneapolis est aussi porteuse d’espoir. Trump est un fasciste, oui. Il envie le régime néofasciste de son ami mafieux Poutine (et les dictatures en général). Mais LE fascisme n’a pas triomphé aux USA. Le projet néofasciste de Trump se porte même plutôt mal aujourd’hui. Il a subi à Minneapolis une défaite remarquable. Sa ministre Kristi Noem, symbole à la fois de la cruauté, de l’arrogance et de l’avidité trumpiennes, a dû être sacrifiée. Elle en avait fait trop. C’est le problème du projet fasciste : en faire trop, trop vite, peut causer un backlash.
La guerre criminelle contre l’Iran est une fuite en avant pour échapper à Minneapolis, à l’affaire Epstein, à la décision de justice sur les tarifs, et à d’autres soucis. L’échec politique énorme de cette aventure guerrière pourrait amplifier la défaite que le trumpisme a subie à Minneapolis (défaite à laquelle Trump – attention aux illusions électorales sur les Midterms – pourrait réagir par une tentative de coup !). On verra.
En attendant, le fait le plus important est que Minneapolis indique le dur chemin à suivre pour réinventer l’espérance d’émancipation. Certes, les partis de gauche portent la responsabilité de s’unir autour d’un programme de rupture. Mais cette unité même ne tombera pas du ciel. Fondamentalement, l’espoir réside dans la lutte solidaire à la base, démocratiquement organisée pour la défense de nos voisins humains, nos frères et nos sœurs exploité.e.s et opprimé.e.s. Dans le refus des stigmatisations et des campagnes de haine qui frappent en particulier les migrant.e.s, les racisé.e.s, les transgenres et les femmes. Dans la dénonciation de toutes les guerres d’agression, de toutes les occupations, de toutes les cruautés. Commises par tous les régimes.
Dans cette lutte, dans ce refus, dans cette dénonciation, les MOTS sont importants. Solidarité, Justice, Éthique, Générosité, Partage, Respect (des humains et de la nature dont ils font partie) sont des mots porteurs de valeurs et ces valeurs ont plus que jamais le potentiel de soulever le monde.
C’est le sens profond de la phrase célèbre de Guevara : « la solidarité est la TENDRESSE des peuples ». Ce sens profond est trop souvent ignoré par une gauche qui s’en va répétant que « la religion est l’opium du peuple »... Cette gauche oublie que Marx écrit ensuite : « elle est le soupir des peuples martyrisés ». Etre révolutionnaire, ce n’est pas dénoncer les martyrs parce qu’iels soupirent, mais les inciter à l’action commune pour l’émancipation collective par la concrétisation sur Terre des valeurs auxquelles iels aspirent. La tendresse n’a pas dit son dernier mot, ça reste une idée neuve. Il n’est pas « minuit dans le siècle ». L’avenir reste ouvert.
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Daniel Tanuro











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