Édition du 16 décembre 2025

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États-Unis

Donald Trump jette à la poubelle le socle de la politique climatique des États-Unis

L’Agence étasunienne pour la protection de l’environnement s’est sabordée en annulant un texte juridiquement fondamental. Une étape de plus dans la lutte sans relâche de Donald Trump contre toute politique écologique.

Tiré de Reporterre
2 août 2025

Par Erwan Manac’h

La thérapie de choc orchestrée par Donald Trump contre les politiques environnementales et climatiques ne connaît aucun répit. Mardi 29 juillet, l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA) a rayé d’un trait de plume un texte adopté sous Barack Obama servant de fondement juridique aux réglementations fédérales limitant les rejets de CO2 des voitures et des usines.

L’endangerment finding (« reconnaissance de dangerosité » en français) est un texte scientifique publié en 2009, à l’issue de décennies de débats et de controverses juridiques et à la suite d’un arrêt de la Cour suprême des États-Unis faisant jurisprudence, en 2007. Il reconnaît que le dioxyde de carbone et le méthane, comme causes du changement climatique et facteurs de pollution atmosphérique, nuisent à la santé. C’est sur le fondement de ce grand principe que l’EPA a pu réglementer les émissions maximales des pots d’échappement des véhicules ainsi que les rejets des usines et centrales à gaz ou à charbon.

Croisade contre « la religion du changement climatique »

«  Si elle est finalisée, l’annonce d’aujourd’hui serait la plus grande mesure de dérégulation de l’histoire des États-Unis  », a claironné Lee Zeldin, le patron climatodénialiste de l’EPA, nommé par Donald Trump le 29 janvier. En s’exprimant à l’occasion d’une visite chez un concessionnaire de camions à Indianapolis, il a fustigé «  les personnes qui […] sont prêtes à ruiner le pays au nom de la justice environnementale ».

Dans sa croisade contre « la religion du changement climatique », il vise en particulier les normes édictées par l’administration de Joe Biden pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des voitures et camions, accusées d’augmenter le prix des véhicules neufs et de renchérir les factures énergétiques des ménages.

« En révoquant cette conclusion scientifique fondamentale, Trump fait passer la loyauté envers les grandes compagnies pétrolières avant la science et la santé des populations. Il s’agit purement et simplement d’une capitulation politique  », dit Dan Becker, directeur de campagne pour l’ONG Center for Biological Diversity, dans un communiqué.

« Les fondements juridiques [de cette décision] sont très fragiles »

Pour motiver sa décision, qui se dessine depuis le mois de mars, le ministère étasunien de l’Énergie a publié le 29 juillet un rapport commandé à cinq scientifiques c connus pour nier les causes anthropiques et minimiser les conséquences du réchauffement climatique. Ils dénoncentdans ce texte les « stratégies d’atténuation agressives ».

De nombreux observateurs s’alarment des conséquences importantes d’une suppression de l’endangerment finding sur les réglementations passées et futures en termes d’émissions de gaz à effet de serre. La bataille ne fait toutefois que commencer : une période de consultation publique de quarante-cinq jours s’ouvre, ainsi qu’une guérilla juridique, avec des recours qui pourraient aboutir à l’annulation de la décision annoncée le 29 juillet.

« Les fondements juridiques sont très fragiles  », dit Richard Revesz, expert en politique environnementale à la faculté de droit de l’université de New York, interrogé par le Guardian. Il estime notamment que les fondements théoriques sur lesquels s’appuie l’administration Trump pour motiver sa décision risquent de ne pas tenir, face à cinquante ans de travaux scientifiques démontrant la dangerosité des gaz à effet de serre.

Lire aussi : Climat : pourquoi la décision de la Cour internationale de justice est « historique »

Bien que fragile juridiquement, la décision annoncée le 29 juillet risque d’avoir des conséquences inaltérables, soulignent les ONG : «  Ça va prendre des années » pour remonter jusqu’à la Cour suprême, estime Dena Adler, spécialiste du droit de l’environnement interrogée par l’Agence France-Presse. «  Pendant ce temps, les entreprises polluantes auront infligé des dommages irréversibles  », dit Lena Moffitt, directrice de l’ONG Evergreen Action, également citée par le Guardian.

Six mois d’attaques contre l’environnement

Cette décision est l’une des plus violentes attaques de Donald Trump contre les politiques climatiques, qu’il multiplie depuis son retour à la Maison Blanche en janvier.

Il a notamment pris plusieurs mesures pour favoriser les énergies fossiles : levée, dès son investiture, d’interdictions de forage décidées par son prédécesseur ; détricotage en juin de la réglementation sur les rejets des centrales au charbon, au pétrole et au gaz, incriminées dans une pollution massive de l’environnement au mercure ;attaque, devant les tribunaux, des États qui tentent de faire payer aux compagnies pétrolières et gazières les conséquences du changement climatique ; affaiblissement des procédures d’autorisation environnementale pour les projets extractivistes ; retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat ; autorisationde l’exploitation minière des fonds marins…

En une seule journée, le 12 mars, il a démantelé 31 réglementations environnementales, dont beaucoup portaient sur l’extraction d’hydrocarbures.

Lire aussi : En 100 jours, Trump a plongé les États-Unis dans une dystopie climatique

Donald Trump a également baissé les garde-fous contre le déversement de polluants dans les zones navigables et l’EPA s’est illustrée, en mai, par un affaiblissement des mesures visant à lutter contre la présence de PFAS, ces « polluants éternels » dérivés du fluor, dans l’eau potable. Les seuils de concentration maximale de la plupart des polluants ont été supprimés, tandis qu’une loi est en préparation pour supprimer la quasi-totalité des protections d’habitat pour les espèces menacées.

Au total, 20 milliards de dollars (environ 18 milliards d’euros) de subventions destinées à la lutte contre la crise climatique ont été supprimés depuis son retour au pouvoir en janvier. L’Agence étasunienne d’observation océanique et atmosphérique a dû licencier 900 de ses employés(20 % de son effectif) et doit cesser de répertorier les grandes catastrophes climatiques. Des subventions aux universités Harvard et Columbia ont été gelées et les chercheurs ont été forcés, sous peine de perdre leurs financements, de bannir 120 mots de leurs travaux, dont «  climat » et «  femme ».

Les États-Unis sont le deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre mondial après la Chine et le plus important de l’histoire. Ils représentaient à eux seuls 11 % des gaz à effet de serre mondiaux en 2021.

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