Édition du 1er décembre 2020

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États-Unis

Élection présidentielle aux États-Unis : le débat à gauche

L’organisation des socialistes démocrates d’Amérique (DSA), qui revendique désormais 70 000 membres, participera à l’élection présidentielle nationale de novembre 2020 en ne soutenant aucun candidat.

photo et article tirés de NPA 29

La dernière convention de DSA a voté que si Bernie Sanders n’était pas candidat, elle n’approuverait personne. La motion n’empêche toutefois pas les membres de DSA, en tant qu’individus, de travailler ou de voter pour Biden. Certains travailleront effectivement pour Biden et beaucoup voteront pour lui, bien que pratiquement aucun membre de DSA ne lui apporte un réel soutien politique.

OrphelinEs de Sanders

Pour les militantEs et sympathisantEs d’extrême gauche, socialistes, anarchistes et anticapitalistes – qui représentent moins d’un pour cent de la population – Biden est problématique.

L’extrême gauche avait rejoint les progressistes pour soutenir le sénateur Bernie Sanders, un libéral [ce qui désigne aux USA quelqu’un de gauche] dans le moule du New Deal, qui s’est présenté comme un « socialiste » contre la « classe milliardaire ».

Mais depuis que Sanders a abandonné la course et a approuvé Biden, beaucoup à l’extrême gauche ont estimé qu’ils n’avaient plus de candidat. Biden est qualifié, à juste titre, de néolibéral. En tant que législateur, il a soutenu les politiques réactionnaires et racistes de Bill Clinton réduisant la protection sociale et créant de nouvelles mesures pénales qui ont augmenté les cas d’emprisonnement de Noirs et de Latinos. Biden fait également face à une accusation d’agression sexuelle, même si cela n’a pas beaucoup affecté son soutien.

Certains disent que Biden se déplace maintenant vers la gauche, et ils avancent deux arguments. Premièrement, Biden et Sanders ont créé un groupe de travail unitaire (Unity Task force) qui a rédigé un programme politique, à gauche des positions passées de Biden, au moins rhétoriquement.

Deuxièmement, la crise du coronavirus et la crise économique qui l’accompagne peuvent forcer Biden, s’il est élu président, à des interventions économiques gouvernementales à grande échelle. Pourtant, il est clair que la plate-forme du Parti démocrate a rarement eu une influence significative sur les présidents une fois qu’ils sont élus. Néanmoins, la plupart des gens de la « gauche large » voteront pour Biden en novembre.

Que faire du Parti démocrate ?

En dehors de DSA, il y a ceux qui soutiennent le Parti vert, un parti de gauche dont les candidats à la présidence et à la vice-présidence sont Howie Hawkins, chauffeur de camion à la retraite, et Angela Walker, militante de la classe ouvrière.

Ralph Nader a obtenu le meilleur score du Parti Vert avec 2,7% des voix en 2000, accusé alors d’avoir coûté la présidence à l’ancien vice-président Al Gore en lui enlevant des voix démocrates.

Lors des élections de novembre prochain, certains à gauche voteront pour les Verts dans des « États sûrs » où les Démocrates sont certains de gagner, mais beaucoup seront réticents à voter pour le Parti vert dans les États contestés.

Les membres de DSA ne sont pour la plupart pas intéressés par le Parti Vert, qu’ils considèrent comme inadapté et inefficace. Tout cela renvoie à un débat plus large au sein de DSA sur le Parti Démocrate.

Historiquement, des années 1980 aux années 2010, DSA a généralement soutenu le candidat du Parti Démocrate. Le fondateur et leader politique de DSA, Michael Harrington, pensait que les syndicats et le mouvement noir pouvaient acquérir une influence prédominante et « réaligner » le Parti démocrate en le transformant en parti socialiste.

Une nouvelle génération de jeunes membres de DSA, dans la vingtaine et la trentaine, a soutenu Bernie Sanders, mais est opposée au Parti démocrate dans son ensemble.

Dans la période récente, l’opinion dominante au sein de DSA était qu’il était possible pour les militants de DSA d’utiliser l’écho électoral du Parti démocrate pour présenter des candidatEs socialistes ou soutenir d’autres candidatEs progressistes, dans l’attente d’un avenir où ils se sépareraient et formeraient un parti socialiste.

Une minorité voulait créer un parti socialiste maintenant et une partie de la vieille garde préférait toujours se concentrer sur la transformation des Démocrates en un parti plus progressiste.

Pour le moment, avec Sanders hors course et avec Biden comme candidat, le débat sur l’avenir du Parti démocrate semble abstrait.

Fondamentalement pragmatiques, la plupart des membres de DSA voteront discrètement pour Biden, travailleront pour réélire la députée Alexandria Ocasio-Cortez et d’autres candidats socialistes ou progressistes, et continueront leur travail dans les mouvements sociaux.

La question de la construction d’un parti socialiste est considérée comme reportée. D’autres à gauche voteront Vert ou, ignorant l’élection, travailleront pour renforcer les mouvements.

Traduction Henri Wilno Mardi 21 juillet 2020 Dan La Botz

https://npa2009.org/

Dan La Botz

L’auteur est un professeur d’université américain et un militant de l’organisation socialiste Solidarity.

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