Édition du 12 novembre 2019

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La révolution arabe

Élections en Égypte : Le candidat des Frères musulmans et l'ancien premier ministre de l'ex-président Moubarak pourraient s'affronter au deuxième tour

Democracynow.org,
25 mai 2012,
Traduction, Alexandra Cyr,

Democracy Now, Aaron Maté : Les résultats préliminaires du premier vote pour la présidence égyptienne nous parviennent en ce moment. Plusieurs décomptes indépendants donnent le candidat des Frères musulmans, M. Mohammed Morsi en tête des 13 autres candidats. Les Frères ont évalué leurs appuis dans chacun des bureaux de vote du pays. Selon eux, avec 90% des votes exprimés, M. Morsi serait en avance et M. Ahmed Shafik, le dernier premier ministre de l’ex-président Moubarak, arriverait en deuxième place. Ils pourraient donc s’affronter au deuxième tour.

Democracy Now, Amy Goodman : Le décompte des votes se poursuit toujours en ce moment et des nouveaux rapports indiquent que M. Hamdeen Sabahi, candidat socialiste, fondateur du Parti nassériste, pourrait gagner la seconde place. On estime la participation à 40% et les résultats officiels devraient être publiés mardi prochain.

Pour en savoir plus nous rejoignons notre correspondant au Caire, Sharif Abdel Kouddous : bonjour Sharif ; dites-nous ce qui se passe…

S.A. Kouddous : les bureaux de vote ont été fermés hier à 21hres et le décompte a commencé dès ce moment. La plupart des ÉgyptienNEs étaient agglutinéEs devant leur téléviseur ; la télé d’État diffusait des images depuis les divers gouvernorats, le décompte des voix dans les bureaux de vote.

Ce que l’on retient des résultats préliminaires donnés par certains journalistes et par l’organisation de la campagne du candidat des Frères musulmans, M. Morsi, c’est qu’il sera probablement en tête et participera au deuxième tour. C’est le résultat de l’organisation des Frères, de son efficacité, du poids de sa machine politique et de sa campagne vigoureuse auprès des électeurs et électrices à la base. Il a fait campagne avec une plateforme conservatrice, se décrivant comme le seul candidat islamiste qui pourrait implanter la charia dans le pays. Souvenons-nous qu’il n’est pas le premier choix des Frères musulmans. Il a pratiquement promis d’exécuter les plans et la plateforme de leur premier choix, leur stratégiste en chef et leur financier, M. Khairat El-Shater.

Il se peut que M. Ahmed Shafik soit en seconde place. Il semble, au fil de la divulgation des résultats, qu’il mène une course serrée face à M. Hamdeen Sabahi. M. Shafik est le général d’aviation qui a été le dernier premier ministre de M. Moubarak. Il avait été nommé quelques jours après le début de la révolte (de 2011). Il était premier ministre lors de l’invasion de la place Tahrir par une escouade à dos de chameaux pour tenter de la vider de ses manifestantEs. Après trois semaines de protestations populaires, il a été forcé de démissionner. Il se présente maintenant comme le candidat de la loi et de l’ordre mais c’est le désordre qui semble s’installer partout où il passe. Lorsqu’il est sorti du bureau où il a voté il a été assailli par une foule de protestataires. Ils lui ont lancé des chaussures et divers objets et il a dû être escorté jusqu’à sa voiture. …il est très proches des militaires (qui assurent l’intérim en ce moment) et très anti révolutionnaire. Son porte parole a déclaré au New York Times ce matin que la révolution était finie. Il va y avoir beaucoup de colère du coté des révolutionnaires si jamais il arrive au deuxième tour.

Il ne faut pas oublier que le décompte n’est pas terminé. L’inconnu dans cette affaire est M. Hamdeen Sabahi qui talonne M. Ahmed Shafik pour la deuxième place. C’est un opposant au régime Moubarak depuis longtemps. C’est un socialiste dans la tradition de Gamal Abdel Nasser. Il a formé le parti nassériste, Karama. Il est le seul candidat dans le peloton de tête à n’avoir jamais fait parti de l’ancien régime et qui n’est pas islamiste. Il est un révolutionnaire convaincu. Une vidéo le montre traversant les barricades le 25 janvier (2011).

Alors, nous vivons des temps très excitants. Tout le monde surveille la sortie des résultats, mais il faut attendre pour savoir qui sera vraiment au deuxième tour.

A.M. : Sharif, si je comprends bien, les « libéraux » et la gauche sont divisés quant à savoir qui appuyer. Vous avez parlé de M. Sabahi mais il y a aussi M. Aboul Fotouh. Pouvez-vous nous donner une idée de ce qu’en disent les résultats actuels et si, mis ensemble, ces trois candidats reçoivent plus d’appuis que les autres. Peut-être leurs deux candidatures ont-elles divisé le vote ?

S.K. : Certains ont souligné avec tristesse que M. Fotouh a été membre des Frères musulmans. Il a quitté le groupe l’an passé pour devenir candidat. Il a constitué une coalition comprenant quelques révolutionnaires, des laïques libéraux et quelques musulmans conservateurs pour faire de sa campagne une sorte de regroupement arc-en-ciel. Et certains soulignent que les trois mis ensemble auraient pu battre M. Morsi. Malheureusement ce n’est pas le cas. Je dois insister pour dire qu’il faut se rendre compte qu’en Égypte, la carte politique est très fluide ; elle n’est pas découpée rigidement. On peut dire que M. Sabahi a privé M. Shafik de certains votes. On peut dire aussi que certainement M. Fotouh a bénéficié de votes qui autrement seraient allés à M. Morsi. Le paysage politique est très compliqué ici. Beaucoup de débats portent sur la laïcité et l’Islamisme mais l’histoire des candidats entre en ligne de compte de même que le vote strictement anti Frères musulmans. On peut se demander si les votes qui sont allés à M. Sabahi auraient bénéficié à M. Fotouh dans le cas ou le premier n’aurait pas été candidat. Et on ne sait pas ce qui se serait passé pour les autres.

A.G. : Finalement Sharif, qu’en est-il de la fiabilité du vote et de la liberté qui l’a ou pas entouré ?

S.K. : Je pense que tout compte fait, ce fut une élection de bonne tenue. Le Carter Center et d’autres groupes d’observateurs ont déclaré qu’elle avait été mieux organisée et menée que les élections parlementaires qui n’avaient pas été tout ce qu’il y a de « libres et justes ». Mais on avait déclaré qu’elles n’avaient pas été entachées d’irrégularités telles qu’elles ne reflétaient pas la volonté populaire.

N.D.T. Sharif Abdel Kouddous est le correspondant de Democracy Now en Égypte et fellow du Nation Institute.

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