Édition du 16 décembre 2025

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Réplique

En réponse à Scott Mc Kay : Le casse-pipe pétrolier ou l’art des demi-vérités d’un certain écologisme

Dans Le Devoir du 19 novembre dernier, le député Scott Mc Kay nous présente sa vision d’un Québec « vert et bleu », ou plutôt il tente de peindre en vert et bleu une réalité qui risque d’être bien plus sombre : l’exploitation pétrolière au Québec.

Monsieur Mc Kay utilise des arguments d’autorité pour justifier son analyse. Ainsi, le ban et l’arrière-ban du mouvement écologiste sont sommés de comparaître au tribunal de sa logique justifiant le développement pétrolier au Québec. André Bélisle serait, parait-il, inscrit au palmarès des mal-cités. Mais qu’importe, puisqu’il met du pétrole dans sa voiture, cela ne constitue-t-il pas la preuve que le pétrole est non seulement nécessaire, mais qu’il doit encore être produit au Québec, période de transition l’exigeant ?

Que ce type de syllogisme boiteux doive être utilisé pour justifier tout et n’importe quoi montre bien le type d’acrobatie intellectuelle devant être mobilisée pour justifier l’injustifiable : la transformation, dite temporaire ou transitoire, du Québec en pétroéconomie.

Cependant, les pirouettes d’un argumentaire trop court pour être convaincant cachent mal son défaut fondamental : il repose essentiellement sur une donnée que l’on ne saurait divulguer sans que toute la logique bancale d’un édifice si patiemment érigé ne s’effondre et que la réelle couleur du projet ne soit révélée.

En effet, qu’en est-il vraiment de cette exploitation pétrolière pour le Québec ?

On pourrait sans doute invoquer que des économistes sérieux ont montré le peu d’avantages économiques, sinon les dangers et les risques d’un tel développement pour la société québécoise (voir les textes d’Éric Pineault, de l’IRIS, de Jean-François Spain et François L’Italien et de plusieurs autres).

On pourrait encore objecter que des études ont montré que d’autres façons d’envisager cette fameuse période de transition sont non seulement possibles, mais plus judicieuses (voir Jean-François Blain, Le Devoir, 21 octobre 2013, p. A-7).

On pourrait de même insister sur le fait que les perspectives politiques, en termes de gouvernance souverainiste, n’y trouvent pas leur compte.

L’espace nous étant compté, nous allons nous concentrer sur une autre réalité : l’exploration et l’exploitation pétrolière au Québec veut d’abord dire la fracturation du sous-sol et l’usage, à une très large échelle, de procédés non-traditionnels d’extraction des hydrocarbures fossiles, incluant des forages extracôtiers dont une étude récente a montré les faiblesses et les dangers.

Malgré tous les efforts rhétoriques des compagnies pétrolières et gazières et de leurs hérauts, fervents zélateurs et autres thuriféraires, la réalité est têtue précédée de projets de normes juridiques qui permettront sinon favoriseront les projets chers à M. Mc Kay. Car nos écologistes patentés, gagnés par les rentes du pouvoir, préfèrent taire une réalité bien embêtante pour eux : obtenir le pétrole non-conventionnel implique d’accepter de prendre le risque de sacrifier les sources d’eau potable de nombreuses municipalités rurales, puisque le gouvernement s’apprête à promulguer son projet de Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection.

Or, que prévoit ce projet ? Il autorise la fracturation sur l’ensemble du territoire du Québec pour rechercher du pétrole non-conventionnel en n’assurant aucune protection réelle pour les sources d’eau potable, puisque les distances séparatrices qu’il impose entre les installations pétrolières et gazières et les sources d’eau sont nettement insuffisantes.

Et pour être certain que les communautés locales ne seront pas un obstacle aux projets irresponsables des sociétés industrielles impliquées dans la recherche des hydrocarbures fossiles, il annihile la capacité des municipalités locales de gérer les puisements d’eau réalisés sur leur territoire dans un tel contexte et stérilise leur réglementation qui assure la protection de leurs sources d’eau par le biais du Règlement dit de Saint-Bonaventure/Gaspé et de ses diverses variantes.

Et comme on veut exploiter ce pétrole aussi sale que celui des sables bitumineux, on favorisera le quadrillage du territoire par des oléoducs (dont certains sont obsolètes et dangereux) qui pourront toujours servir au moment où l’exploitation pétrolière aura été lancée sur une vaste échelle.

Voilà une réalité qu’il vaut mieux passer sous silence ou cacher, de crainte que les rêves en bleu et vert ne se révèlent être plutôt le cauchemar des marées noires prévisibles avec un tel développement.

Richard E. Langelier

Richard E. Langelier est juriste (docteur en droit) et sociologue (doctorant en sociologie). Il est l’un des auteurs du Règlement dit de Saint-Bonaventure/Gaspé adopté par 70 municipalités québécoises et visant la protection des sources d’eau potable.

Richard E. Langelier

juriste et sociologue intéressé aux question entourant la fracturation hydraulique et le mouvement opposé aux gaz de schiste.

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