Édition du 15 octobre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Environnement

Ensemble, par le débat démocratique, construisons un plan d’urgence pour la justice climatique

Les plans de transition se multiplient. Après, celui de Québec solidaire intitulé « Maintenant ou jamais » [1], la Déclaration d’Urgence climatique [La DUC) a proposé ses 11 chantiers. [2] Le Pacte.ca lancé à l’initiative de Dominic Champagne a initié une vaste consultation. [3] Il demande à la population de faire des propositions d’ici le 1er octobre. Les résultats de cette consultation seront repris par des experts qui remettront leur synthèse au gouvernement. Une équipe liée au Front commun pour la transition énergétique (celle du Projet 2050) a élaboré une feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité d’ici 2050. Non seulement cette équipe a esquissé une vision d’un Québec carboneutre pour 2050, mais elle a défini des pistes permettant d’y accéder. [4] On pourrait également ajouter le plan de la FTQ, Changeons le Québec, pas le climat ou les propositions de la CSN, sans parler des propositions des divers groupes environnementaux.

Ce sont des contributions importantes qui définissent des objectifs, des stratégies et des tactiques dans la lutte pour la lutte aux changements climatiques. Souvent, les plans prévoient des propositions à faire au gouvernement, aux municipalités, aux entreprises et aux citoyen-ne-s. Ces plans partagent plusieurs caractéristiques :

Ils proposent de nombreuses pistes d’action convergentes qui débouchent sur une remise en question du système économique actuel. Pourtant, ils restent dans l’ombre les fondements économiques et sociaux de la destruction de l’environnement par le capitalisme et sa logique productiviste et sa recherche de croissance continue ne tenant aucun compte de la réalité de la planète et de ses ressources. Ils ne précisent pas les acteurs économiques qui vont se dresser contre tous les changements proposés et les obstacles qu’il faudra surmonter pour actualiser les plans proposés. Il faut éclairer cette réalité. Ce sont les multinationales du pétrole, du gaz et du charbon, de l’automobile, de l’armement et de l’agriculture industrielle adossées au capital financier qui ont, aujourd’hui, le pouvoir d’imposer leur domination sur les choix de production et les modes de consommation et donc sur les types de rapports avec la nature. Tant que ces intérêts privés conserveront ce pouvoir, les choix antiécologiques, destructeurs de l’environnement, continueront à prévaloir.

Ils ne donnent aucune explication du refus des partis politiques dominants de prendre réellement le problème à la racine. On sait que les gouvernements des grandes puissances se contentent d’une démagogie facile sur l’importance de la lutte aux changements climatiques comme on n’a pu le voir chez Justin Trudeau qui est allé pourtant jusqu’à acheter un pipeline pour permettre l’exportation du pétrole tiré des sables bitumineux. Aujourd’hui, François Legault défend que le gaz naturel de l’Ouest canadien n’est pas une énergie fossile polluante, mais une « énergie de transition » (sic) malgré les indications données par les scientifiques. Les dirigeants des partis politiques néolibéraux connaissent bien la réalité du réchauffement climatique, mais il priorise la défense des intérêts économiques de la classe dominante.

Ces plans en déduisent l’idée que face à la crise climatique, nous sommes tout dans le même bateau et que la lutte aux changements climatiques n’est pas un enjeu fondamentalement politique et que le dialogue social doit être la stratégie à privilégier.

Pourtant, si on lit attentivement ces différents plans, on voit que si les convergences sont fort nombreuses, mais on peut identifier des divergences qui devraient être l’objet de débats ouverts et démocratiques qui permettraient de construire un large consensus sur les chemins de cette transition et sur un plan d’action pointant les luttes concrètes auxquelles donner la priorité et définissant des stratégies précises permettant d’arracher des victoires à partir des mobilisations de la population. L’élaboration démocratique et collective d’un tel plan de transition et d’action par le bas (ou les scientifiques et les experts pourraient apporter leurs conseils) pourrait unifier et élargir le mouvement. C’est pourquoi un congrès national (ou des États généraux) des différentes organisations participant du mouvement pour la justice climatique doit être tenu pour permettre de renforcer l’unité et la capacité d’action de ce mouvement.


[1Les axes de ce plan se déclinent ainsi : 1. Améliorer la mobilité des personnes et opérer un virage vers le transport collectif ; 2. Vers un transport écoresponsable des marchandises ; 3. Aménagement du territoire et agriculture favorisant les circuits courts ; 4. Valorisation des matières résiduelles et économie circulaire ; 5. des bâtiments durables et résilients ; 6. Pour une politique industrielle pour accélérer la transition énergétique ; 7. Vers une plus grande indépendance énergétique ; 8. Une transition solidaire et démocratique ; 9. Source de revenus pour financer la transition. (Québec solidaire Maintenant ou jamais, septembre 2018 - https://v.fastcdn.co/u/7dad2151/35434796-0-maintenant-ou-jamais.pdf )

[2Voici les 11 chantiers proposés par la DUC : 1. politiques et lois carboneutres, 2. Zéro soutien aux énergies fossiles ; 3. consommation respectant les capacités de la planète ; 4 Sortie du chauffage fossile : bâtiments carboneutres ; 5. Réaménagement du territoire pour un environnement carboneutre ; 6. Endiguer le gaspillage ; 7. mobilité terrestre carboneutre ; 8. Des industries à faible empreinte écologique et carboneutres ; 9 Sols en santé et agriculture ; 10. Autosuffisance et souveraineté alimentaire ; 11. Un système public de santé et services sociaux prêts pour les crises. ( Les chantiers de la DUC, https://www.groupmobilisation.com/les-chantiers-de-la-duc)

[3Le Pacte.ca soumet dix grandes priorités à la discussion 1. Déclarer l’urgence climatique, 2. Un plan d’action pour atteindre une cible de 45% de réduction des émissions de GES par rapport à 2010 ; 3. Le retrait du pétrole et du gaz ; 4. L’électrification du Québec (transport, industrie et bâtiment) ; 5. Mise en place d’un bureau de transition relavant directement du premier ministre ; 6. Réduction du gaspillage ; 7. Mise en place d’une économie verte et circulaire. 8. Déploiement d’une vaste campagne d’information et de consultation populaire sur les changements climatiques. 9 Impliquer les municipalités dans une politique nationale de mobilité durable. 10. Mise sur un plan de transition socialement et économiquement juste et qui respect les droits. (Le pacte.ca https://www.101ideespourleclimat.ca/)

[4L’équipe du projet 2050 définit une feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité : 1. Nous réapproprier les leviers de notre destin et au destin des écosystèmes dont dépend notre survie ; 2. Nous donner d’urgence une Loi climat, un plan d’action cohérent ; 3. Planifier et réaliser la transition en mode coconstruction ; 4. Ne laisser personne derrière ; 5. Inclure les communautés touchées, y compris les groupes issus des peuples autochtones, dans les processus décisionnels ; 6. Faire tout de suite des efforts financiers de temps de crise ; 7. Opérer un virage radical vers la circularité des matières et de l’énergie ; 8. Prioriser les initiatives qui jumellent sobriété et 100% renouvelable ; 9. Stopper sur-le-champ l’étalement urbain et protéger les milieux naturels ; 10. Choisir sans compromis les transports actifs, collectifs et partagés couplés à l’électrification ; 11. décarboniser la production de chaleur et les procédés ; 12. Bannir à court terme tout système de chauffage au gaz ou au mazout ; 13. Investir massivement dans la santé des sols, le bio, l’autosuffisance alimentaire, l’écologisation de l’alimentation ; 14. Prioriser sans équivoque la réduction des déchets à la source. (Projet 2050, Feuille de route pour la transition du Québec vers la carboneutralité, version 1.0)

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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