Édition du 3 décembre 2019

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Politique canadienne

Est-ce que le Canada est déjà en guerre contre l'Iran ?

COUNTERPUNCH.ORG,
31 août 2012,
Traduction, Alexandra Cyr

(À la mi-août), un tremblement de terre dans le nord de l’Iran a fait 300 mortEs et 3,000 blesséEs et a touché 300,000 personnes en tout. Pourtant, les CanadienNEs ont peu contribué à l’aide matérielle à cette population. Les raisons : il y a peu d’organisations canadiennes humanitaires en Iran et selon le North Shore Outlook, l’indifférence des médias pour les souffrances dans un pays « ennemi » y est pour quelque chose. Il titrait : « La confusion autour des sanctions retient l’argent de l’aide canadienne pour l’Iran au pays ». Il semble qu’une bonne partie de l’importante diaspora iranienne de North Vancouver a peur que ses dons puissent contrevenir aux règles des sanctions imposées par Ottawa.

Ils ont raison de s’inquiéter. Au début de juillet, la banque Toronto Dominion a fermé tous les comptes des CanadienNEs qui avaient reçu des fonds d’Iran. Elle a invoqué s’ajuster aux obligations créées par les « Règlements sur les mesures économiques spéciales visant l’Iran ». Dans leur politique d’étouffement de l’économie iranienne, les Conservateurs, de concert avec les États-Unis et la Grande Bretagne, ont annulé pratiquement toutes les possibilités de transactions financières avec ce pays.

Les sanctions font parti de la guerre de basse intensité que mènent les États-Unis et Israël contre ce pays depuis quelques années. Certains scientifiques iraniens ont été assassinés, la structure de communications électroniques à été sabotée et Washington a distribué des dizaines de millions de dollars à des groupes d’opposition violents ou non.

Au-delà des sanctions économiques, Ottawa contribue à la guerre de diverses façons. Les porte-paroles conservateurs ont comparé le président M. Ahmadinejad à Hitler et le premier ministre lui-même a déclaré que les dirigeants iraniens lui faisaient peur. Le 23 août dernier, dans une lettre au Secrétaire général des Nations-Unies, M. Ban-Ki-Moon pour lui demander de réviser le choix de Téhéran comme lieu de réunion du mouvement des pays non-alignés, M. John Baird, le ministre des Affaires étrangères, écrivait : « Les actuels dirigeants iraniens vont se servir de votre présence pour soutenir leurs propres objectifs haineux…Cette réunion ne servira qu’à légitimer et conforter ce régime que le Canada considère comme le seul et le plus important risque à la paix et à la sécurité mondiale en ce moment ».

En mars, le ministre de la défense, M. Peter McKay, a dit que l’armée se préparait à une possible attaque contre l’Iran : « Nous utilisons tous les moyens diplomatiques mais il n’en reste pas moins que nous devons nous préparer à ce qui pourrait arriver. La défense nationale prend cela très au sérieux ». Il a aussi déclaré à Sun News : « Nous sommes toujours dans la planification, à nous préparer ».

Et il ne s’agit pas de planification théorique. Il y a toujours des soldatES canadienNEs en Afghanistan qui a une frontière avec l’Iran. En février, la Presse canadienne rapportait qu’un petit nombre d’instructeurs militaires avaient été déployés à Herat, dans l’ouest du pays, non loin de la frontière iranienne. La marine canadienne navigue près des eaux iraniennes presque depuis le début des mandats du premier ministre Harper. En janvier dernier, un navire de guerre est aussi parti patrouiller en Méditerranée près des eaux iraniennes. L’Ottawa Citizen soulignait qu’au moins au cours de la prochaine année il devait assurer une présence non loin d’éventuels points de contacts. Il y a deux mois, le HMCS Regina a aussi été envoyé dans la région pour se joindre à la présence militaire américaine qui grandit toujours près des côtes iraniennes. Le National Post écrivait : « La présence du Charlotte et des autres vaisseaux de guerre près de l’Iran est en accord avec la profonde opposition du gouvernement Harper à celui de l’Iran qu’il soupçonne de vouloir se doter d’armes nucléaires ».

Beaucoup de médias ont rapporté, en 2008, des manœuvres provocatrices de la part de la flotte canadienne près des côtes iraniennes. En juillet, un reporter du National Post à bord d’un de ces bateaux expliquait : « Nous avons assisté cette fin de semaine aux petits jeux de provocation de la part des bateaux de guerre canadiens. Ils sont responsables des pleins d’essence et du ré approvisionnement de la flotte de la coalition dans l’Océan indien. Ils sont passé, à la faveur d’une brume épaisse, à travers d’un des points les plus dangereux du monde. Les opérateurs-radio iraniens ont tenté d’avertir le bateau canadien « Protecteur » qui a finalement été arrêté par les gardes côtes du Sultana d’Oman qui ont fermement expliqué à leurs voisins qu’il s’agissait d’un « passage anodin » à travers les eaux territoriales omaniennes ».

Pour justifier leur attitude agressive, les Conservateurs ont tenté de créer l’impression que l’Iran préparait une attaque nucléaire contre Israël. Au cours d’une visite dans ce pays, il y a six mois, le ministre des affaires étrangères, M. John Baird a comparé l’enjeu face à l’Iran à l’holocauste nazi : « Il est évident que l’on peut comprendre que le peuple juif et l’État d’Israël prennent (l’Ayatollah Ali Khameneï) au sérieux. Hitler a écrit Mein Kampf plus de dix ans avant de devenir chancelier de l’Allemagne. Alors, ici, ils prennent ce qui se passe très au sérieux ».

Même si les services de renseignements américains et israéliens disent qu’il n’y a pas de preuves de programme nucléaire iranien, le premier ministre déclare à Peter Mansbridge, en février, qu’« il n’y a aucun doute » que l’Iran travaille à développer des armes nucléaires. Il est allé jusqu’à dire qu’il était « absolument convaincu (que l’Iran) n’aurait aucune hésitation à utiliser des armes nucléaires ».

Comme l’a souligné Derrick O’Keefe co-président de Canadian Peace Alliance, « ce dernier commentaire est spectaculaire. M. Harper prétend savoir, comme s’il en avait des preuves, que le régime de Téhéran est suicidaire…Quelle qu’attaque que ce soit, même sans armes nucléaires, mènerait à sa destruction ».

Le plus étrange : c’est Israël qui possède la bombe nucléaire et menace de l’utiliser contre l’Iran. Pas l’inverse ! Curieux alors qu’Ottawa considère que le programme nucléaire iranien soit une menace majeure et que les 100 bombes que possède Israël ne provoquent rien de semblable. Au cours de plusieurs réunions de l’AIEA (Agence internationale sur l’énergie atomique) le gouvernement canadien s’est abstenu lors des votes demandant que le programme d’armement nucléaire israélien soit soumis à son contrôle.

En septembre 2009, Ottawa a condamné la résolution de l’AIEA qui demandait à Israël d’adhérer au Traité de non-prolifération des armes nucléaires et de se soumettre aux inspections inhérentes, en invoquant qu’il était tendancieux. Les Conservateurs ont tenté de bloquer ce vote. Finalement, 100 pays l’ont approuvé et Israël a voté contre. Le Canada, l’Inde, la Géorgie et les États-Unis se sont abstenus. En septembre 2010, l’agence Bloomberg mentionne que le Canada est un des trois pays qui s’est opposé à une inspection des installations nucléaire israéliennes par l’AIEA. Cela faisait parti d’une tentative des pays arabes pour créer un Proche-Orient libre d’armes nucléaires.

Depuis des décennies, les gouvernements américain et israélien clament que l’Iran est au bord de la production d’armes nucléaires. En avril 1984, United Press publiait un article titré : « La bombe de l’Ayatollah est en production en Iran ». Il précisait que le pays se dirigeait « prestement » vers la possession d’une arme nucléaire. Trois ans plus tard, le Washington Post en publiait un titré : « Les Ayatollahs et le nucléaire : la bombe iranienne, exactement ce dont le Proche-Orient a besoin ». À deux reprises, en 1990, les premiers ministres israéliens de l’époque, M. Shimon Peres et Benjamin Netanyahu ont tous les deux déclaré que l’Iran aurait une bombe nucléaire en quelques décennies.

Les doubles standards et le pouvoir du déséquilibre dans les évaluations dans le conflit entre d’une part les Etats-Unis et Israël et l’Iran d’autre part, persistent. L’Iran n’a pas de bombe atomique alors qu’Israël en a plus de cent et les Etats-Unis détiennent cinq mille têtes nucléaires. En 2011, le Carnegie Endowment for International Peace arrivait à la conclusion que Washington dépensait plus d’argent pour le nucléaire que tous les autres pays du monde réunis. Il y consacre soixante milliards par années ce qui est plus de quatre fois le budget militaire iranien au grand complet.

Les législateurs-trices américains et israéliens ne sont pas menacéEs par des armes nucléaires iraniennes. Ils et elles craignent plutôt que ce pays ne mette en cause leur domination dans la région. Et comme d’autres suivistes, S. Harper a adhéré avec enthousiasme à la guerre de ses amis.

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