Édition du 11 février 2020

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Le Monde

Monde : quatre années de crise

Près de quatre ans après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, la crise est loin d’être terminée. Outre la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, la zone euro affiche une croissance en berne. Dans le monde, même la Chine connaît un ralentissement de son activité.

« Nous sommes devant une crise d’une gravité exceptionnelle, une crise longue qui dure depuis maintenant plus de quatre ans et aucune des grandes puissances économiques, même les émergentes, n’est désormais épargnée  ».

On peut pour une fois être d’accord avec ce diagnostic de François Hollande dans son discours prononcé à Châlons-en-Champagne, le 31 août dernier (ce qui ne veut pas dire que l’on soutienne les remèdes qu’ils propose). Nous approchons de l’anniversaire de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, sans qu’aucune sortie de crise ne se dessine.

La croissance mondiale en berne

Les prévisions du Fonds monétaire international (FMI) publiées à la mi-juillet témoignent du nouveau ralentissement de l’économie. La croissance des pays «  avancés  » (Amérique du Nord, Union européenne, Corée du Sud, etc.) est deux fois moins élevée qu’en 2010. Le marasme est particulièrement fort dans la zone euro avec une croissance négative en 2012 (-0,3 %). La France s’en tire donc un peu mieux que ses voisins (+0,3 %) mais, avec ce chiffre, le chômage va exploser  : le ministre du Travail, Michel Sapin a annoncé que le seuil des 10 % de chômeurs était déjà franchi. En fait, la France se dirige vers son record de chômage depuis 1975  : 10,8 % au 1er semestre 1997 (pour la seule France, sans les DOM-TOM). Du côté du reste du monde, le ralentissement est limité mais réel. La croissance du Brésil est trois fois moins élevée qu’en 2010. Celle de l’Inde baisse aussi et sera sans doute en 2012 plus faible que celle prévue par le FMI (de l’ordre de 5,5 %). Il en est de même pour la Chine qui devrait être à 7,5 % de croissance.

Derrière ce paysage, trois phénomènes principaux  :

• La faiblesse de la croissance aux États-Unis et en Europe est l’indice que les causes initiales de la crise n’ont pas été surmontées  : tendance à la suraccumulation, poids des dettes accumulées, incertitudes sur le bilan des banques qui entretiennent la méfiance, ingéniosité des spéculateurs et financiers.

• Les principales classes dominantes des pays occidentaux sont déchirées par leurs divisions sur la stratégie économique  : républicains ultralibéraux contre démocrates aux USA, divisions entre pays en Europe.

• La fin de l’illusion selon laquelle les économies émergentes, et notamment la Chine, pouvaient venir à la rescousse des économies de l’OCDE.

Aux USA et en Europe, les bourgeoisies et leur représentation politique sont divisées sur la manière de gérer les finances publiques (aux USA) et la question monétaire (dans la zone euro)  ; mais unifiées sur les politiques d’austérité sociale et salariale et la volonté de maintenir le cadre néolibéral. Aucun basculement d’ensemble de cette orientation n’est à l’ordre du jour.
Aux USA, Obama et Romney sont tous les deux, chacun à leur façon, des candidats du «  1 %  », selon la formule du mouvement «  Occupy Wall Street  ». Cependant, une victoire du républicain Romney marquerait un retour à des politiques ultra-réactionnaires et bellicistes.

L’Europe, maillon faible de la situation

L’Europe apparaît comme un maillon faible dans la configuration du capitalisme actuel. Sa croissance, on l’a vu, est la plus calamiteuse de toutes les grandes zones économiques. Sa récession en 2012 affaiblit le commerce mondial par le biais du ralentissement de ses importations, et donc l’activité des autres pays, tandis que sa crise financière (situation des banques, dettes publiques) accroît l’incertitude mondiale. Après tant de sommets européens présentés comme décisifs, la crise bancaire espagnole combinée avec la situation de la Grèce a marqué une nouvelle étape.

Les mesures d’austérité accentuent la faiblesse de la croissance et le chômage, mais aucun secteur essentiel des classes dominantes ne soutient un tournant d’ensemble des politiques économiques et il n’y a pas de pression effective du mouvement ouvrier européen en ce sens. Certes, pour la première fois, la Confédération européenne des syndicats s’oppose à un traité européen en rejetant le Traité budgétaire. Mais il y a une marge entre de telles déclarations et la préparation de mouvements d’ensemble des salariés européens. Mouvements d’ensemble qui iraient au-delà de journées d’action auxquelles les pouvoirs ne sont pas prêts à faire la moindre concession. Enfin, les antilibéraux radicaux et les anticapitalistes sont trop faibles et trop peu coordonnés pour peser pour des solutions radicales au niveau européen.

Ceux qui profitent de la crise et la masse des autres

À l’échelle mondiale, 25 millions de millionnaires, représentant 0,5 % de la population, concentrent à eux seuls 36 % des richesses, selon le rapport 2011 sur la richesse mondiale du Crédit suisse. Un rapport du Centre de recherche du Congrès des États-Unis montre que les Américains les plus fortunés se sont enrichis depuis 2001  : 10 % de la population possède désormais 75 % de la richesse nationale et, parmi eux, les 1 % les plus riches en détiennent près de 35 %.

D’autres payent les pots cassés comme le montre un rapport récent du Bureau international du travail. En se limitant aux pays développés (ce qui ne veut pas dire que le reste du monde est épargné)  :

• Le chômage ronge les sociétés et la situation des jeunes est particulièrement critique. Le taux de chômage des jeunes dépasse 45 % en Grèce et en Espagne (en Espagne, il est passé de 18 % en 2007 à 45,8 % aujourd’hui). Le chômage de longue durée a progressé.

• La qualité des emplois s’est détériorée. La part des emplois à temps partiel et des CDD (de divers types, y compris l’intérim) a progressé entre 2007 et 2011. Les emplois des CDD et intérimaires ont été les premiers supprimés au début de la crise mais, depuis, les recrutements se font en plus forte proportion sous cette forme. Ces emplois sont à revenus plus faibles que les emplois stables.

• Moins d’accès à la santé. En Europe, le cas de la Grèce est le plus dramatique avec les coupes de 40 % du montant du budget des hôpitaux publics. Aux États-Unis, des ménages doivent supporter désormais des frais de santé ruineux après la perte de leur emploi et de l’assurance-maladie qui lui est liée et l’impact de la réforme Obama ne se fera réellement sentir qu’en 2014

• Des brèches dans le droit du travail. De nombreux pays ont connu des réformes du droit du travail qui ont fréquemment assoupli les règles du licenciement. La proportion de salariés couverts par des conventions collectives s’est affaiblie. En Grèce, Espagne et Portugal, des lois introduites depuis 2010 permettent de déroger aux accords de branche et réduisent les garanties individuelles et collectives en cas de licenciement.

• Austérité budgétaire. Vingt-deux des vingt-sept pays de l’UE ont bloqué ou réduit les salaires des fonctionnaires. Le même nombre d’entre eux a réduit les prestations sociales  : allocations chômage et retraites (report de l’âge, diminution des pensions, accès plus difficile).

* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 160 (06/09/12).

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