Édition du 24 novembre 2020

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États-Unis

Etats-Unis. « Le coronavirus fait rage alors que Trump ne fait rien »

Une nouvelle reprise des cas d’infection signalés a débuté en septembre, a augmenté régulièrement, puis a commencé à s’accélérer. Le 26 octobre, mesuré en moyenne mobile de sept jours de nouveaux cas quotidiens (moyenne qui lisse les fluctuations quotidiennes de cas enregistrés), il y avait environ 70 000 nouveaux cas par jour et ce chiffre ne cesse d’augmenter.

Publié sur le site Alencontre
30 octobre 2020

Du « canular » à la pandémie : la rhétorique changeante de Trump sur le coronavirus

Par Barry Sheppard

Ce chiffre dépasse le record précédent d’environ 65 000 cas établi cet été. Les scientifiques prédisent qu’il sera de 100 000 par jour dans quelques semaines, mais ne s’arrêtent pas là.

Les hospitalisations, qui sont à la traîne par rapport aux nouveaux cas, ont commencé à augmenter. Les décès suivront [227’000 décès selon la Johns Hopkins University, Coronavirus Resource Center, au 28 octobre].

Depuis le début de la pandémie aux États-Unis, il y a eu deux pics de nouveaux cas et maintenant, nous nous dirigeons à nouveau rapidement vers une augmentation.

Le premier pic a été d’environ 30 000 cas par jour au début du printemps, puis l’administration Trump a ordonné la fermeture de tous les secteurs d’activité sauf les plus essentiels (santé, alimentation, transports, etc.). C’est la seule fois où l’administration Trump a agi pour réduire la diffusion du virus.

Le virus a continué de se propager à un rythme réduit, grâce à l’utilisation de masques et à la distanciation sociale, en évitant les grandes foules. Ces mesures ont été mises en œuvre dans certains États et pas dans d’autres, et de nouveaux cas ont été enregistrés parmi les travailleurs des secteurs dits essentiels, y compris parmi les infirmières.

Le nombre de cas s’est stabilisé à plus de 20 000. Trump a alors demandé la réouverture de toute l’économie avant la fin du mois de mai, ce qui a été fait sans précaution dans certains États et de manière plus prudente et mesurée dans d’autres, et une nouvelle recrudescence de cas a commencé, qui a atteint un pic au début de l’été, à un rythme plus de deux fois supérieur au pic précédent.

Dans de nombreux endroits, des restrictions ont alors été mises en place, suffisantes pour ramener la moyenne nationale à un peu plus de 30 000.

***

Depuis le début de la pandémie, Trump a minimisé la gravité de celle-ci, à une seule exception près en mars. Trump se moque continuellement du port du masque.

Même s’il a lui-même été victime d’une infection grave et a dû être hospitalisé, il continue à organiser de grands meetings de campagne, avec des gens rassemblés, la plupart ne portant pas de masque. Il utilise même sa maladie pour minimiser la gravité de la pandémie, en disant qu’il ne faut pas s’inquiéter si on l’attrape, car, comme lui, on se rétablira.

Comme Trump a de nombreux partisans et que le Parti républicain s’en tient à son message, il y a une grande différence entre les 26 États contrôlés par les républicains et les 24 États contrôlés par les démocrates quant à la manière dont les mesures visant à contenir le virus sont prises ou non dans certains cas.

Cela ne veut pas dire que les démocrates n’ont pas été aussi inconstants en assouplissant les mesures restrictives trop et trop tôt. Ils l’ont fait, mais pas autant que les États républicains.

Les personnes qui croient en Trump, et il y en a des dizaines de millions, qui sont ses principaux adeptes, contribuent également à la propagation de la maladie par leur mépris cavalier des moyens éprouvés pour aider à la contenir, comme le port de masques dans les lieux publics, en particulier à l’intérieur et le maintien d’une distance physique, sans mentionner l’hygiène des mains.
Evolution du nombre de cas journaliers enregistrés d’infection aux Etats-Unis (Johns Hopkins University)

Cela explique en partie la manière dont le virus s’est répandu géographiquement. Le premier pic s’est concentré dans le nord-est, en particulier à New York. Le second dans les États du sud de la « Sun Belt ». Ce troisième pic s’est étendu au Midwest et à l’Ouest, y compris dans les zones rurales. Dans ces dernières, les petites villes sont souvent à cent miles de l’hôpital le plus proche. Les hôpitaux n’ont souvent qu’un petit nombre de lits et sont menacés d’être débordés.

Dans presque tous les États, on constate une augmentation du nombre de nouveaux cas. La principale raison de la propagation continue est la nature même de ce virus : il est très contagieux. Aussi longtemps qu’il existe à un endroit, aucun autre endroit n’est à l’abri. C’est également vrai au niveau international.

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Tout au long de la pandémie, Trump a refusé de mettre en place un plan national pour contenir le virus. Cela laisse aux différents États, qui sont à court d’argent en raison de l’absence d’aide fédérale, le soin d’élaborer leurs propres plans. Certaines villes essaient également de le faire.

Ce que fait l’administration Trump a maintenant été explicitement expliqué. Le 25 octobre, Mark Meadows, le chef de cabinet de la Maison Blanche, a déclaré sur CNN : « Nous n’allons pas contrôler la pandémie. » Cela signifie que le virus va continuer à se propager sans contrôle fédéral. Trump insiste maintenant sur ce point lors de ses rassemblements de campagne. « Ne vous inquiétez pas » – il va disparaître de lui-même.

L’idée est que si nous permettons au virus de continuer à se propager de sorte qu’une grande majorité l’attrape, nous aurons alors une « immunité collective ». Quel que soit le nombre de personnes qui doivent être infectées, celui-ci est largement supérieur à 50%. Disons qu’il se situe à 70% [pour autant que l’immunité collective se concrétise]. Cela signifie 245 millions de personnes aux États-Unis. Si le taux de mortalité est de 1%, cela signifie 2,45 millions de morts. C’est immoral et inacceptable, digne du nazi Dr Mengele [avec en innuendo l’idée que les personnes au-delà de 60 ans et plus seront la cible privilégiée et « offerte » au virus].

De plus, on ne sait pas combien de temps dure l’immunité contre la maladie. Elle n’est pas éternelle pour de nombreux virus, comme la grippe. Les vaccins antigrippaux produisent des anticorps contre le virus au même titre que le fait d’avoir la maladie, et cela ne dure que six mois. Et, comme pour la grippe, le virus SARS-CoV-2 peut muter et les anticorps développés peuvent devenir inopérants.

***

Mark Meadows a également déclaré que l’administration se concentrera sur la mise au point d’un vaccin et de traitements. Trump fait pression sur les entreprises travaillant sur les vaccins pour qu’elles en trouvent un « à la vitesse de la lumière ».

La « vitesse de distorsion » [1] est un terme de science-fiction imaginant un voyage entre les étoiles, ce qui est très difficile car rien de ce qui a une masse ne peut jamais atteindre la vitesse de la lumière. Pour que la lumière traverse notre galaxie, la Voie lactée, il faut 107 000 ans. Ces auteurs imaginent donc une « distorsion » dans l’espace-temps qui permettrait aux objets de passer et de sortir dans un espace et un temps différents, contournant ainsi la limitation de la vitesse de la lumière. Bien que cela puisse être possible d’une manière mathématique, cela n’a jamais été observé. De plus, le fait de passer par un tel « trou » détruirait tout objet.

Pour poursuivre l’analogie, le danger est que le développement d’un vaccin à la « vitesse de distorsion » – c’est-à-dire aussi rapidement que l’exige Trump – puisse également nuire au receveur ou ne pas être efficace ou ne l’être qu’en partie, car cela signifiera qu’il faudra faire des économies sur les tests d’effets secondaires nocifs et d’efficacité.

Il n’est donc pas étonnant que de nombreuses personnes disent qu’elles ne prendront pas un vaccin développé à la vitesse de Trump. Je ne le ferai pas. J’attendrai d’être convaincu que des scientifiques véritablement indépendants, avec un examen par les pairs, l’approuvent. Si un nombre insuffisant de personnes prennent un vaccin, il ne peut pas entraîner une immunité collective, même si elle est temporaire.

C’est ce à quoi nous sommes confrontés au moins tant que l’administration Trump est au pouvoir : une nouvelle recrudescence de cas, puis des hospitalisations et des décès sans aucun plan fédéral pour contrôler le virus. Le système médical sera débordé.

Nous pouvons espérer qu’un nombre suffisant d’États et de collectivités locales se réveilleront et prendront des mesures correctives, ce qui permettra à la grande majorité, soit 90% environ des citoyens et citoyennes, de faire ce qui fonctionne – comme nous le savons – pour faire baisser le nombre de cas : porter des masques et adopter la distanciation physique, et éviter les rassemblements importants. Ou alors qu’un nombre suffisant d’individus fassent cela de leur propre chef. (Article envoyé par l’auteur le 28 octobre 2020 ; traduction rédaction A l’Encontre)


[1] Dans l’univers de fiction de Star Trek, la distorsion ou propulsion exponentielle est une déformation de l’espace qui modifie les lois de la physique pour permettre à un vaisseau d’atteindre une vitesse supraluminique. (Réd.)

Barry Sheppard

Barry Sheppard était l’un des militants du mouvement pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam, actif au MIT. Par la suite, il occupa un poste de direction au sein de l’historique Socialist Workers Party des Etats-Unis, avec lequel il a rompu suite à sa dégénérescence organisationnelle et politique. Un premier volume de ses mémoires politiques est paru The Socialist Workers Party 1960-1988 ?A Political Memoir, Volume 1 : The Sixties, Published by Resistance Books, 2005.

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