Édition du 4 octobre 2022

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États-Unis

États-Unis Le débat de la gauche sur la guerre de la Russie en Ukraine

S’il y a eu des manifestations antiguerre contre l’invasion russe de l’Ukraine par Vladimir Poutine, elles ont surtout été organisées par des immigrantEs ou des descendantEs d’immigrantEs ukrainiens dans de nombreuses villes étatsuniennes. La gauche étatsunienne a été lente à organiser des initiatives antiguerre, et celles qui ont eu lieu ont donné lieu à des débats sur les stratégies et les principes, dans le cadre de la discussion politique plus large sur le rôle des États-Unis dans cette guerre.

Hebdo L’Anticapitaliste - 607 (17/03/2022)

On peut essayer d’esquisser un aperçu des personnes qui participent à ces manifestations et de leurs points de vue.

UkrainienEs et «  Églises pour la paix  »

Actuellement, les UkrainienEs sont donc souvent au centre de ces initiatives. Historiquement, les immigrants ukrainiens de l’après-Seconde Guerre mondiale, comme les autres EuropéenEs de l’Est, avaient tendance à être anticommunistes et généralement conservateurs. Aujourd’hui, ils et elles protestent contre Poutine avec des affiches qui le dépeignent en Adolf Hitler ou en diable, et ils et elles demandent souvent non seulement que la Russie mette fin à la guerre et retire toutes ses troupes, mais aussi que les États-Unis et l’OTAN viennent à l’aide de l’Ukraine avec une zone d’exclusion aérienne et des armes. Ils arborent le drapeau ukrainien et chantent leur hymne national, mais on ne voit pas d’UkrainienEs arborant des symboles ou des slogans fascistes. Au fil de la guerre, leurs demandes de soutien sont devenues plus fortes et plus furieuses.

Les mouvements antiguerre états­uniens remontant à plusieurs décennies ont souvent été impulsés par les historiques «  Églises pour la paix  », comme on les appelle, telles que les Quakers et l’Église des Frères. Ces églises et d’autres pacifistes absolus s’opposent à tout militarisme et à toute violence. Leur revendication est toujours la même  : «  La paix maintenant. Mettez fin à la guerre  ». Une fois de plus, ils sont de retour pour protester contre la guerre en Ukraine. Naturellement, ils s’opposent non seulement à la Russie, mais aussi au militarisme des États-Unis et de l’OTAN.

Mouvements campistes

Le mouvement antiguerre contemporain a été créé après les attaques terroristes contre les États-Unis le 11 septembre 2001, la montée du chauvinisme étatsunien et les guerres militaires américaines en Afghanistan et en Irak. Certains de ces mouvements ont été dirigés par des groupes tels que le Parti des travailleurs du monde (WWP) qui, par le passé, avait soutenu l’écrasement soviétique de la révolution hongroise de 1956 et du mouvement démocratique tchécoslovaque de 1967-1968. En 2001, le WWP a fondé la Coalition ANSWER, qui est devenue le principal groupe antiguerre des années 2000. Tout en s’opposant à l’impérialisme US, certains membres de la coalition ont également soutenu Bachar al-Assad en Syrie ou le régime iranien, arguant qu’ils étaient anti-impérialistes. Ils ont tendance à considérer que la Russie et la Chine sont également anti-impérialistes parce qu’elles s’opposent aux États-Unis.

D’autres groupes, tels que le groupe de femmes Code Pink et US Labor Against the War, ont tenu des positions campistes similaires jusqu’à l’invasion de l’Ukraine. Après l’invasion de l’Ukraine, la position de nombre de ces groupes a évolué  : ils se sont alors opposés à la Russie en même temps qu’aux États-Unis et à l’OTAN. Certains cependant, même s’ils s’opposent à l’invasion russe, ont tendance à en rejeter la responsabilité sur les États-Unis et l’OTAN, en excusant et en disculpant Poutine.

Défendre des positions internationalistes

Enfin, il y a aussi dans ces manifestations des internationalistes comme moi qui, pour le moment, mettent l’accent sur Poutine et l’agression russe, tout en affirmant que les États-Unis et l’OTAN sont également impérialistes. Beaucoup d’entre nous pensent qu’il est important de soutenir à la fois la résistance ukrainienne et son droit à se procurer des armes et nous sommes solidaires des manifestantEs russes qui manifestent malgré les coups et les emprisonnements. Si nous pensons que les UkrainienEs ont le droit de se procurer des armes pour se défendre partout où ils le peuvent, nous nous opposons à la zone d’exclusion aérienne ou aux troupes de l’OTAN, mesures qui pourraient conduire à une troisième guerre mondiale, voire à une guerre nucléaire.

Ces débats sur les principes et les stratégies au sein de la gauche américaine, du mouvement anti­guerre et de la société en général ont lieu lors de rassemblements, sur des sites web et dans les médias sociaux. C’est positif. Grâce à ces débats, nous pouvons gagner une nouvelle génération à une position internationaliste. Celles et ceux qui aux États-Unis, en Europe et dans le monde partagent la position internationaliste doivent s’unir pour la défendre partout. Il y a un monde à gagner.

Dan La Botz

L’auteur est un professeur d’université américain et un militant de l’organisation socialiste Solidarity.

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