Édition du 24 mai 2022

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Monde du travail et syndicalisme

La victoire syndicale des travailleurs et des travailleuses de Starbucks à Mesa

Starbucks Workers United (SWU) a remporté une troisième élection dans un café le 28 février à Mesa en Arizona. Le vote a été un écrasant 25 contre 3, avec 3 bulletins contestés, cela malgré la forte pression antisyndicale de la part de l’entreprise et dans un État où le taux de syndicalisation n’est que 5,4 %.

5 mars 2022 | tiré de Labor Notes

« Nous avons mené la lutte avec gentillesse et avec soin et nous avons simplement accomplis notre travail, malgré les attaques antisyndicales venant de la haute direction », a déclaré la superviseure de quart Liz Alanna, qui a participé à la direction l’effort. Les superviseur.e.s de quart coordonnent le fonctionnement quotidien d’un café, mais peuvent être syndiqué.e.s, parce qu’ils et elles ne participent pas à l’embauche ou au licenciement.

Le magasin à Mesa est le premier en dehors de Buffalo à être syndiqué lors de la récente vague de syndicalisation chez Starbucks. SWU a remporté maintenant trois sur les quatre élections tenues jusqu’à présent. Les travailleuses et les travailleurs de plus de 110 autres cafés ont déposé des demandes d’élection ou ont annoncé leur intention de se syndiquer. Un Starbucks canadien a également demandé à se syndiquer avec les Métallos (USW) en janvier.

À Mesa, les représailles de l’entreprise contre une gérante atteinte de cancer ont poussé les travailleurs et les travailleuses dans les bras des Métallos et de SWU United, syndicat affilié aux Service Employees (SEIU), qui soutient les campagnes syndicales à l’échelle nationale.

Effondrée au travail

« C’était une énorme claque au visage. Notre gérante est malade de leucémie, mais le café n’a jamais reçu l’aide d’un gérant adjoint. C’était la saison des fêtes. Et la direction nous critiquait », a déclaré Alanna.

La gérante, Brittany Harrison, 29 ans, avait reçu un diagnostic de leucémie en octobre. Elle a demandé un congé avec solde, mais cela a été refusé. Elle a donc demandé un directeur ou directrice adjoint.e pour l’aider, ce qui a également été refusé. Elle voulait pouvoir prendre des rendez-vous médicaux et prendre soin d’elle-même.

Mais en novembre, lorsque Harrison a pris connaissance, lors d’une réunion d’entreprise, de la stratégie antisyndicale planifiée pour le café à Buffalo, elle l’a dénoncér. Elle a parlé anonymement aux médias du plan visant à envoyer des centaines de gérant.e.s à Starbucks de Buffalo. Elle a également pris contact avec des membres de SWU de Buffalo.

Les gestionnaires supérieurs ont alors couopé toute communication elle. « Mon directeur m’ingorait. C’était très difficile, » a déclaré Harrison. « Ma santé se détériorait. »

Les cafés appartenant à l’entreprise Starbucks sont dirigés par des gérant.e.s, comme Harrison, qui ont le pouvoir d’embaucher et de licencier et ne peuvent donc pas devenir membre du syndicat des baristas. Au-dessus d’eux et d’elle sont des directeurs et des directrices de district, qui sont responsables de plusieurs cafés dans une même région. En dessous des gérant.e.s. se trouvent des directeurs et des directrices adjoint.e.s de café, des superviseur.e.s de quart et des baristas, qui ont tous et toutes ont le droit de participer au vote de syndicalisation.

Une épidémie de bronchite a frappé le magasin le 10 novembre et plusieurs travailleurs et travailleuses ont appelé malades. Harrison s’est sentie mal le 11 novembre et s’est déclarée malade. Mais le directeur de district lui a dit cette nuit-là qu’elle ne pouvait prendre congé maladie, même s’il y avait plusieurs superviseur.e.s de quart disponibles. Et il a remis en question sa capacité de leadership. Il est allé jusqu’à lui ordonner de travailler le lendemain même si cela n’avait pas été prévue.

Cette nuit à trois heures du matin, Harrison lui a téléphoné pour dire qu’elle était trop malade pour venir au travail. Mais le directeur de district n’a pas répondu au téléphone. Harrison lui a même envoyé des photos du thermomètre pour démontrer sa fièvre, mais elle n’a eu de réponse.

Le magasin manquait de personnel, et Harrison a dû comparaitre au travail. Elle a fini par s’effondrer après six heures de travail. Incapable de se lever, elle n’a pu atteindre la toilette. Mais dans cet état elle a été forcée de rester une heure de plus, parce que son directeur de district n’a pas envoyé un.e remplaçant.e en temps opportun.

« Cette entreprise ne sera pas contente tant que je ne serai pas mort au travail », a-t-elle pensé. Elle a donné son préavis de deux semaines de démission ce jour-là, cela à la société où elle avait pensé travailler jusqu’à la retraite.

Trois jours plus tard Starbucks l’a licenciée, invoquant une « enquête ouverte » - on ne lui a pas divulgué les accusations. Ses prestations de maladie ont été coupées le 16 novembre.

Ce géant du café a réalisé des bénéfices de $816 millions entre octobre et janvier et a ajouté 484 cafés pendant ce trimestre.

Ne quittez pas – syndiquez-vous !

Starbucks a fini par tenter de revenir sur le licenciement, expliquant dans un e-mail aux employé.e.s que rien de cela ne s’est jamais produit. Mais le chat était déjà sorti du sac.

Lorsque la nouvelle s’est répandue dans un groupe de discussion en ligne, « nous étions tous et toutes vraiment bouleversé.e.s, » a déclaré Michelle Hejduk, chef de quart et une leader des travailleuses et travailleurs. « Les gens parlaient de quitter. Mais quelqu’un a prononcé le mot « syndicalisation » - et tout le monde savait que j’étais celle qui en parlerait avec tout le monde. »

Hejduk avait été membre de l’IATSE (Alliance internationale des employé.e.s de la scène théâtrale) quand elle a travaillé dans les services de garde à Universal Studios en Californie, puis elle a été membre de SEIU (Services Employees Interntional) à Disneyland.

Elle a appelé Alanna cette nuit-là. Les deux avaient déjà parlé de politique. Alanna est membre de l’American Guild of Musical Artists de par son travail dans le passé en tant que chanteuse d’opéra.

Nous avions toutes les deux peur d’être cpmgédiées », a déclaré Alanna. Elle était enceinte et allait bientôt accoucher ; elle ne voulait pas risquer de perdre son assurance maladie et avoir à payer des milliers de dollars en factures d’hôpital.

Mais après que les deux aient parlé avec un conseiller de Workers United des protections juridiques qui existent pour les travailleurs et les travailleuses qui tentent de se syndiquer, elle se sont senties suffisamment rassurées pour procéder.

Le 16 novembre, quatre jours seulement après que Harrison se soit effondrée dans le café, les travailleurs et les travailleuses avaient signé suffisamment de cartes pour déposer une demande de syndicalisation.

Starbucks Workers United a ramassé $30,000 $ par moyen de financement participatif afin de soutenir Harrison, la dénonciatrice non assurée et atteinte de cancer. C’était une démonstration saisissante de solidarité.

Le magasin à Mesa n’est pas le seul où les travailleurs et les travailleuses allèguent un licenciement en représailles. En février, Starbucks a licencié sept travailleurs et travailleuses syndiqué.e.s d’un café à Memphis. Cassie Fleischer, membre du comité de négociation, a également été licenciée du café à Buffalo Elmwood, le premier à se syndiquer.

Personnel insuffisant

Comme d’autres travailleurs et travailleuses de Starbucks qui s’organisent à travers le pays, les baristas de Mesa étaient motivé.e.s par le manque de personnel, la pression pour venir au travail même lorsque malade, la refus de l’entreprise à cesser d’accepter les commandes par téléphone lorsqu’un café est débordé, et le manque de voix des travailleurs et des travailleuses.

« Ceux et celles qui sont assis.e.s derrière un ordinateur ne savent pas comment faire un café latté, comment nettoyer les toilettes. Nous le savons et nous devons avoir notre mot à dire, » a déclaré Alanna.
De nombreux employé.e.s de Starbucks à travers le pays ont déclaré que les gens sous-estiment la quantité de travail physique qu’ils et elles doivent faire dans un environnement où on est pressé.e pour être efficace et toujours satisfaire les client.e.s. Ce travail comprend tout, y inclus lever des charges lourdes et rester debout toute la journée, cela, pour certains quarts de travail, pendant près de six heures avec seulement une pause de dix minutes.

Intimidation

Le magasin à Mesa avait 25 travailleurs et travailleuses le jour où ils et elles ont fait une demande d’élections. Pour l’opposer, Starbucks a commencé à entreprendre des embauches, apportant le nombre d’électeurs et d’électrices éligibles à 43.

L’entreprise a également inondé le magasin de cadres, une autre tactique qu’elle a répétée à travers le pays. Alors que lorsque Harrison a reçu son diagnostic de cancer, Starbucks ne voulait ajouter même un seul directeur ou directrices adjoint.e, l’entreprise en a maintenant ajouté trois, plus deux directeurs.

« Nous les appelions « les baby-sitters », a déclaré Hejduk. « Nous n’étions pas autorisés à être dans le café sans eux et elles. » Elle était programmée un jour pour commencer le matin. Mais comme un nouveau directeur ne pouvait pas être présent, le magasin n’a ouvert qu’à 13 heures.

La direction a organisé des réunions captives (« séances d’écoute ») et des entretiens individuels pour faire pression sur les travailleurs et les travailleuses contre ls syndicalisation. Une des responsables a pleuré lorsqu’elle disait à une employée : « Je veux que vous votiez « non ». Selon Hejduk l’épisode était « totalement bizarre ». « La direction a fait tellement de choses folles que nous avons été désensibilisé.e.s par rapport à tout ce qu’elle disait. »

Comme à travers le pays, Starbucks a fait valoir auprès du NLRB (National Labor Relations Board) que l’unité de négociation appropriée devait être l’ensemble de la région, pas un seul magasin. La société a perdu sur cette question, mais la direction a ensuite déposé un recours auprès du siège social du NLRB. Une décision sur l’appel n’a pas encore été rendue le 16 février, le jour où le vote de Mesa devait être compté. Mais Starbucks avait déjà perdu sur cette question au NLRB à Buffalo.

En conséquence, le décompte final des votes pour Mesa a été reporté, en attendant une décision du siège social du conseil d’administration. Il a finalement eu lieu le 28 février.

La décision du NLRB contre Starbucks a fixé l’unité de négociation au niveau du magasin, plutôt qu’au niveau du district. Cela permettra le NLRB d’arrêter plus rapidement les retards de procédure entrepris par la société sur cette question à l’avenir.

Une nouvelle camaraderie

Alors que la campagne de syndicalisation se poursuit, SWU établit des contacts entre travailleurs et travailleuses à travers le pays. Le jour où les travailleurs et les travailleuses de Mesa ont déposé leurs cartes auprès du NLRB, ils et elles ont rencontré via Zoom Colin Cochran, un membre de la SWU basé à Buffalo. Il leur a expliqué à quelles tactiques antisyndicales s’attendre. « Starbucks utilise le même livre de jeu partout, et nous en connaissons les tenants et les aboutissants, », a déclaré Cochran par e-mail. « C’est vraiment gratifiant de pouvoir aider d’autres magasins. »

Et parmi les travailleuses et les travailleurs de Mesa, raconte Alanna, le processus d’organisation a forgé un nouveau sens de la communauté. « Avant cela, les travailleurs et les travailleuses de nuit ne parlaient peut-être jamais aux travailleurs et travailleuses de jour. Maintenant, ils et elles sont tous et toutes sur le même chat de groupe, sortent ensemble pour manger, et assistent à des fêtes ensemble. J’ai travaillé dans quatre cafés magasins et je n’ai jamais ressenti ce genre de camaraderie auparavant. »

Dans quelques semaines après des élections, SWU saura s’il a réussi à reproduire les succès de Mesa et de Buffalo dans d’autres magasins dans d’autres parties du pays.

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