Édition du 4 octobre 2022

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États-Unis

États-Unis : la gauche marginalisée dans la campagne de mi-mandat

Le président Biden et son prédécesseur Donald Trump échangent des attaques alors que débute la campagne des élections de mi-mandat, mais la gauche est largement hors jeu dans cette bataille politique. Trump traite les Démocrates de socialistes, tandis que les Démocrates poussent les quelques socialistes réels à la marge. Ce qui manque à la gauche, c’est un mouvement de masse doté d’une stratégie politique.

Hebdo L’Anticapitaliste - 627 (08/09/2022)

Par Dan La Botz

S’exprimant le 1er septembre depuis l’Independence Hall de Philadelphie, où la Déclaration d’indépendance et la Constitution ont été rédigées, Biden a déclaré : « Alors que je me tiens ici ce soir, l’égalité et la démocratie sont prises d’assaut. […] Donald Trump et les Républicains MAGA représentent un extrémisme qui menace les fondements mêmes de notre République  » (MAGA fait référence au slogan de Trump « Make America Great Again ».) Auparavant, Biden avait qualifié leurs opinions de « semi-fascisme ». Il a prononcé ce discours à la veille du week-end de la fête du travail, date à laquelle débutent les ­campagnes électorales nationales.

« Monstres vicieux »

Quelques jours seulement avant le discours de Biden, Trump avait exigé que l’on fasse de lui un président sur-le-champ, puisqu’il continue à soutenir qu’il a effectivement remporté l’élection de 2020, ou que l’on organise une nouvelle élection.

L’ancien président fait face à de sérieuses menaces juridiques avec des enquêtes en Géorgie pour ingérence dans l’élection et une enquête fédérale sur 11 179 documents, dont 18 marqués top secret et 54 secrets, qu’il a illégalement pris à la Maison Blanche lorsqu’il a quitté ses fonctions. Il pourrait être accusé du délit d’entrave à la justice. Trump a qualifié le ministère US de la Justice et le FBI de « monstres vicieux » pour avoir fouillé son domicile. Ses partisans se sont ralliés à lui et les sondages montrent que 40 % des électeurs le soutiennent et que 10 % pensent que le recours à la violence serait ­approprié pour changer le gouvernement.

Quelque 69 % des Démocrates et des Républicains pensent que la démocratie étatsunienne est en danger mais pour des raisons différentes. Alors que Biden parle de sauver la démocratie, Trump organise des rassemblements « Sauver l’Amérique » auxquels participent des milliers de fidèles partisans et au cours desquels il traite Biden d’«  ennemi de l’État » et attaque les candidatEs du Parti démocrate en les qualifiant de socialistes. Trump a qualifié le discours de Biden à l’Independence Hall de «  discours le plus vicieux, haineux et diviseur jamais prononcé par un président américain  ». Il a ajouté : « Les Républicains du mouvement MAGA ne sont pas ceux qui essaient de saper notre démocratie. Nous sommes ceux qui essaient de sauver notre démocratie. Le danger pour la démocratie vient de la gauche radicale, pas de la droite. »

Changer le rapport de forces

La gauche radicale aux États-Unis constitue en fait une petite minorité, bien qu’il y ait plus de socialistes au Congrès aujourd’hui qu’à n’importe quel moment de l’histoire des États-Unis. Tous ces socialistes se présentent aux élections en tant que Démocrates. Il y a en tout 535 membres du Congrès, 100 sénateurs et 435 représentants, dont cinq sont socialistes : un sénateur, Bernie Sanders, et quatre représentantes, Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaib, Cori Bush et Jamaal Bowman. Dans l’État de New York, il y a trois socialistes sur 213 législateurs, et peu d’autres États ont des socialistes élus au niveau de l’État. Lors des élections primaires démocrates de cette année, les candidats socialistes et autres progressistes ont ­généralement perdu face aux modérés.

Les plus grands groupes socialistes de la gauche américaine, les Socialistes démocratiques d’Amérique (DSA), qui revendiquent 94 000 membres, et le Parti communiste, dont le nombre de membres est estimé à 5 000, participent tous deux aux élections sous l’étiquette démocrate. Les petits groupes d’extrême gauche appellent parfois à la création d’un parti ouvrier ou présentent des candidatEs en tant que socialistes, ils sont rarement élus : Kshama Sawant du conseil municipal de Seattle est presque la seule exception. Le parti des Verts, dont le nombre de membres est estimé à 50 000, présente des candidatEs sous sa propre étiquette et a élu quelques candidatEs à des postes locaux, mais il n’a pas de législateurs au niveau des États ou au niveau fédéral. Le dernier candidat vert à la présidence, Howie Hawkins, n’a obtenu que 0,2 % des voix en 2020.

La plupart des gens de gauche ont tendance à considérer la construction d’un mouvement de masse des travailleurEs, des femmes et des personnes racisées comme le moyen de défendre la démocratie et d’obtenir des conquêtes sociales, bien qu’ils votent en général pour les Démocrates. Quelque 15 à 20 millions de personnes ont participé au mouvement Black Lives Matter de 2020, et des mouvements comme celui-là doivent se mêler de politique pour changer le rapport de forces.

Traduction Henri Wilno

Dan La Botz

L’auteur est un professeur d’université américain et un militant de l’organisation socialiste Solidarity.

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