Édition du 24 mai 2022

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Médias

Francine Pelletier et Le Devoir

Notes liminaires sur l’efficacité des vaccins et la liberté d’expression

À la suite de la publication d’un article paru le 26 janvier 2022, la direction du Devoir estimait que les contributions de la chroniqueuse chevronnée Francine Pelletier n’étaient plus requises. Son article que j’ai lu attentivement, faisait la synthèse d’un texte du docteur Doidge questionnant le récit dominant entourant la pandémie. Si certains propos de ce psychiatre ontarien sont contestables, mon objectif n’est pas ici d’en faire la critique.

Dans un texte intitulé « Mise au point », la direction reproche à Mme Pelletier de manquer de nuances et de précision et d’affirmer à tort que Pfizer n’a pas publié son essai clinique.

Les intertitres constituent en quelque sorte un résumé des critiques de la direction.

Un manque de précision, un essai clinique non publié et un article qui n’a pas été revu par les pairs

En effet, Mme Pelletier a omis de préciser qu’il existe une controverse autour de l’antidépresseur fluvoxamine, un traitement expérimental contre la covid-19.

S’il fallait se passer des services des journalistes qui omettent de telles nuances, notamment en raison de ces inévitables et agaçantes contraintes d’espace, il y a longtemps que les journaux et les médias électroniques auraient mis la clef dans la porte.

Depuis le début de la pandémie, les plus grands experts, notamment à l’OMS, se sont contredits sur le masque, les aérosols, les origines du covid, etc., etc. Faut-il les sanctionner ? Quant aux modèles des prévisionnistes, ils étaient à peu près aussi fiables que l’horoscope. Ils prédisaient jusqu’à 35 000 hospitalisations lors de la première vague au Québec.

Rigoureusement parlant, Pfizer n’a pas publié les résultats de son essai clinique, mais un résumé de quelques pages. Les documents fournis à la FDA pour l’autorisation d’utilisation d’urgence de son vaccin, le cominarty, comptent 392 000 pages.

La « Mise au point » estime que ces documents doivent rester secrets pour protéger la formule du vaccin. Or, ce n’est pas ce qui intéresse les chercheurs qui demandent l’accès aux données non publiées. J’y reviens.

Quant à la révision par les pairs, un article du Journal of the Royal Society of Medicine est coiffé du titre évocateur : « Révision par les pairs, un processus vicié au cœur de la science et des journaux ». Le Devoir du 7 février 2022, cite un spécialiste universitaire : « Un article scientifique qui n’a pas été revu par les pairs vaut « à peu près » la même chose qu’un article paru dans une revue prestigieuse… ».

Une efficacité de 39% en Israël

Mme Pelletier n’a pas précisé que la baisse de couverture du vaccin autour de 39% à 42% s’appliquait au cas israélien avec l’arrivée du variant Delta ; on devine qu’il s’agirait de la protection contre les infections et qu’Israël serait un cas isolé.

Récemment, le New England Journal of Medicine (NEJM) et The Lancet Infectious Diseases, ont publié plusieurs articles au sujet de la Grande-Bretagne, de l’Angleterre, du Qatar et d’Israël sur la baisse d’efficacité des vaccins contre les infections au moment où Delta menait le bal. Après la deuxième dose, le pic de protection du cominarty atteignait les 77,5% au cours du premier mois pour chuter à 20% dans les 5 à 7 mois suivant la deuxième dose (https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa2114114).

Des chercheurs indépendants arrivent à des conclusions similaires pour la Suède. En moyenne, l’efficacité relative des vaccins contre les infections chutait à 23% après sept mois et celle du vaccin d’AstraZeneca était indétectable après 12 à 16 semaines et pourrait atteindre 0% (https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(22)00089-7/fulltext).

Omission de préciser que l’efficacité des vaccins était de 95% au départ contre les formes graves de la covid

Premièrement, l’efficacité dont il est question est « l’efficacité relative », exprimée en pourcentage. Au cours d’un essai clinique vous traitez 100 personnes à risque cardiovasculaire et un nombre égal qui reçoivent un placebo. Dans le groupe traité, une seule personne souffre d’un événement cardiovasculaire ; dans le groupe placebo deux personnes en sont victimes. L’efficacité relative du médicament, exprimée en pourcentage, est de 2-1 X 100, soit 50%. Qu’en est-il de son efficacité absolue ? Elle est de 2-1, soit 1 sur cent. Autrement dit, il faut traiter 100 personnes pour qu’une seule bénéficie du médicament.

Deuxièmement, en matière d’essais cliniques il existe un énorme déficit de transparence. En comparant l’information publiée aux sources inédites — obtenues exceptionnellement par des chercheurs — ils ont constaté que seulement 39% de l’information concernant 101 essais cliniques était disponible dans les journaux médicaux et les registres gouvernementaux (http://journals.plos.org/plosmedicine/article?id=10.1371/journal.pmed.1001526).

Les parties occultées des essais cliniques constituent une mine de renseignements indispensables pour établir l’efficacité et l’innocuité des produits de santé.

Le marketing du fabricant de l’antiviral Tamiflu acheté à coups de milliards par les gouvernements, clamait que ce médicament permettait d’éviter les complications liées au virus de l’influenza, notamment les hospitalisations. Or, les données non publiées de la compagnie obtenues par une équipe de chercheurs contredisaient cet énoncé.

L’article d’un journal médical prestigieux soutenait que le Paxil est « efficace et sécuritaire » pour traiter la dépression chez les adolescents. L’analyse des données inédites dévoilait que le médicament n’était pas plus efficace qu’un placebo. Onze des 93 adolescents qui testaient le Paxil ont développé des idées et/ou des comportements suicidaires et plusieurs ont été hospitalisés (https://www.bmj.com/content/351/bmj.h4320#:~:text=Principal%20findings%20and%20comparison%20with,in%20harms%20with%20both%20drugs).

La plupart des études négatives ne sont pas publiées. Un article paru dans le NEJM montrait que sur les 74 études soumises à la FDA pour approbation des nouveaux antidépresseurs, 38 étaient positives et 36 étaient négatives. Or, 37 des 38 études positives ont été publiées contre trois études négatives qui ont fait l’objet d’une publication. C’est ce qu’on appelle le biais de publication
(http://opentrials.net/2016/08/10/opentrialsfda-unlocking-the-trove-of-clinical-trial-data-in-drugsfda).

Au Québec : après six mois, une efficacité de 85% contre les hospitalisations et la mort

En entrevue à CNBC le 10 janvier 2022, Albert Bourla, PDG de Pfizer, déclarait : « …la protection contre les hospitalisations et la maladie grave, c’est, c’est [sic] raisonnable à l’heure actuelle, avec les vaccins dont nous disposons dans la mesure où vous allez chercher, disons une troisième dose » (cnbchttps://www.cnbc.com/2022/01/10/first-on-cnbc-cnbc-transcript-pfizer-chairman-and-ceo-albert-bourla-speaks-with-cnbcs-squawk-box-today.html).

Ces précautions oratoires (à « l’heure actuelle », « raisonnable », « disons »), sont révélatrices. Si la dose de rappel offre un surplus de protection à l’heure actuelle contre les formes graves de la maladie, Bourla semble entendre que cette protection est destinée à s’effriter. Qu’en sera-t-il dans trois, dans six mois, particulièrement au vu des nouveaux variants qui ne semblent pas vouloir prendre de vacances. Au Québec, au cours de la cinquième vague, les hospitalisations qui s’accompagnaient d’un diagnostic de covid, avant ou après l’entrée à l’hôpital, n’étaient pas loin du double de celles qu’on a connues lors de la première vague.

Faudra-t-il une quatrième dose ? À cette question, Bourla répond : « Et laissez-moi commencer en disant que j’ignore s’il y a besoin d’un quatrième rappel (booster) ».

Il parlait sans aucun doute d’une quatrième dose comme l’indique le contexte.

Selon des études récentes, après deux doses la protection contre les formes graves se « maintient mieux » que la protection contre les infections, mais cette protection s’érode.

Des études au sujet du Brésil et de l’Écosse ont rapporté une baisse d’efficacité du vaccin d’AstraZeneca contre les formes graves après trois mois. L’étude suédoise citée plus haut révèle que la protection du comirnaty en Suède, un mois après la deuxième dose, est passée de 89% pour atteindre 64% après quatre mois. Une étude commanditée par Pfizer BioNTech, dont plusieurs auteurs sont des employés de la multinationale, affiche une efficacité qui atteindrait 84% après quatre mois (https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/nejmoa2110345NEJM).

Un rapport des autorités sanitaires britanniques, couvrant les semaines du 22 novembre au 19 décembre 2021, alors qu’Omicron était déjà en circulation, présentait les taux d’hospitalisations par 100 000 personnes selon l’âge et le statut vaccinal.

Je souligne une des limites de cette analyse dans la mesure où elle ne spécifie pas la durée du séjour hospitalier, la gravité des symptômes, le ou les diagnostics du patient au moment de son admission.

Malgré les difficultés d’interprétation, ces données constituent un signal important concernant la protection contre les formes graves de la covid après deux doses. Les taux d’hospitalisations par 100 000 personnes de 50 ans et plus des vaccinés deux doses sont de 5,95 à 6,31 fois plus élevés que ceux des non-vaccinés. Ce rapport s’inverse chez les 0 à 49 ans dont les taux d’hospitalisations des non-vaccinés sont de 2,61 à 4,35 fois plus élevés que ceux des vaccinés (https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/1043608/Vaccine_surveillance_report_-_week_51.pdf).

Cette même source a évalué les taux d’admission aux urgences pour la période du 16 janvier au 6 février 2022, alors qu’Omicron se soit répandu. Après trois (3) doses, le taux d’admission des personnes de 50 ans et plus s’élevait à 128,5 sur 100 000, contre 389,1 pour les non-vaccinés. Le 11 février 2002, un rapport préliminaire des Centres de contrôle des maladies des États-Unis, révélait une baisse de protection contre les hospitalisations à quatre mois après la dose de rappel.

Investir dans la recherche pour un vaccin universel

Le codécouvreur du vaccin contre l’Ébola, conseiller auprès de l’OMS, Gary Kobinger qui enseignait à l’Université Laval, estimait, dans une entrevue au Devoir du 14 janvier 2022 que les vaccins actuels n’empêchent pas la réplication du virus. Bien qu’ils réussissent à « diminuer la maladie et à sauver des vies », ils ne nous permettront pas « de sortir de la pandémie ». Selon Kobinger, il faut investir dans de nouveaux vaccins universels.

Un dernier point qui a fait couler beaucoup d’encre. D’après un article du Lancet : « L’impact de la vaccination sur la transmission communautaire ne semble pas significativement différent de l’impact des non-vaccinés ». Contrairement aux élucubrations des chasseurs de boucs-émissaires, la pandémie n’est pas une pandémie de non-vaccinés. (https://www.thelancet.com/journals/laninf/article/PIIS1473-3099(21)00768 4/fulltext# : :text=Transmissibility%20of%20SARS%2DCoV%2D2%20among%20fully%20vaccinated%20individuals).

Épilogue

Comme il est de mise depuis un certain temps, passons au confessionnal, cette activité terrifiante à laquelle nous nous soumettions dans notre jeunesse. Je suis adéquatement vacciné, en public je porte un masque médical doublé d’un masque en tissu. Je n’ai jamais rencontré ni parlé à Mme Pelletier.

La chronique de Mme Pelletier se faisait l’écho d’une activité prisée des scientifiques en questionnant les affirmations de certains représentants de la science, ces humains, trop humains, que nos sociétés ont tendance à élever au rang de divinités. Or, il convient de ne pas confondre la science avec ceux et celles qui s’en font les porte-voix. Rappelons que beaucoup de scientifiques ont des intérêts financiers inavouables … à l’instar de ceux que l’industrie du tabac embauchait. Ils ont pondu pas moins de 6400 articles niant tout effet indésirable du tabac.

La science est un processus complexe qui se nourrit de lenteur et de débats contradictoires. Elle s’accommode mal de la peur et de la panique.

La vitesse tue parfois. C’est tout le contraire de ce que nous observons depuis deux ans. C’est à une vitesse affolante que la science a été mise à mal, que la vérité et la liberté d’expression ont été écorchées durant cette pandémie.

Pour des considérations d’espace, je n’ai pas nommé les auteurs que je cite et je m’en m’excuse. Je remercie le Devoir qui a publié certains de mes articles, pour les entrevues et les critiques généralement positives de mes livres. Je doute que ces occasions se représentent à nouveau.

Avertissement : ce texte ne constitue en aucune façon un conseil ou un guide médical. Il représente la version condensée d’un article à paraître sur une autre plateforme.

J.-Claude St-Onge, Auteur de : L’envers de la pilule ; Les dérives de l’industrie de la santé ; DSM : fiabilité et validité des diagnostics ; Tous fous ? ; TDAH ?

Professeur de philosophie à la retraite (difficile à congédier), ni médecin, ni épidémiologiste, qui a profité au cours des 25 dernières années d’un excellent professeur privé en la personne d’un médecin pharmacologue qui enseignait dans une grande université.

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