Édition du 21 juin 2022

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Amérique centrale et du sud

Haïti : le consensus avec le régime PHTK est impossible !

Alors que le quartier de Martissant, banlieue sud de Port-au-Prince donnant accès à trois départements est bloqué par les gangs depuis le 1er juin 2021, la commune de Croix-des-bouquets et ses quartiers périphériques se transforment depuis la fin du mois d’avril en théâtre d’intenses conflits sanglants entre les gangs 400 Marozo et Chen Mechan. Cette situation a déjà causé plusieurs centaines de morts et des dizaines de milliers de réfugiés. En outre, ce climat de terreur embrase d’autres quartiers, dont Cité Soleil dans un contexte général de kidnapping contre rançon depuis plusieurs années.

Ce niveau de terreur ne se limite pas à un enjeu de banditisme isolé. Il est vrai que l’on peut entendre des discours officiels et certains intellectuels proches du régime et de la bourgeoisie qui priorisent une telle démarche. C’est le cas de ceux qui reprennent l’approche selon laquelle la police serait sous équipée par rapport à la puissance de feux des gangs.

Cette approche ne tient pas compte du fait que la police nationale aussi bien que les autorités de commandement de la justice ne combattent pas vraiment les gangs armés. Elle ne permet pas de comprendre la complexité de la crise sécuritaire et encore moins saisir son articulation à la crise politique.

Dans les faits, la situation ne constitue pas un phénomène hors contrôle. L’ordre de la terreur demeure jusqu’à cette date un moyen efficace pour le maintien du régime au pouvoir. Rappelons que depuis le 2018, le régime s’est trouvé acculé par un intense mouvement de contestation populaire rejetant la gouvernance axée sur le crime et la corruption éhontée à grande échelle. Complètement enlisé dans le pillage et la spoliation des biens publics, le gouvernement PHTK a été incapable de répondre aux revendications populaires. Le choix de la terreur s’est révélé le moyen privilégié pour lui de sortir de l’impasse politique.

Le mouvement de la contestation sociale a été neutralisé par la remobilisation d’anciens chefs de gangs et la création de nouveaux gangs pour soutenir le régime. Ce soutien se manifeste par le contrôle de territoires des quartiers populeux dans la région de Port-au-Prince et dans les villes de province de manière à contenir par la peur la poursuite de la mobilisation populaire.

Depuis lors, ces gangs ont mené des raids sanglants dans les quartiers populaires de l’aire métropolitaine qui se sont soldés par plus d’une douzaine de massacres. Les données disponibles ont montré que l’opération des gangs se fait souvent avec l’active collaboration de hauts cadres du gouvernement et certaines unités de la police nationale. Dans le cas par exemple du massacre de La Saline, les rapports de l’ONU et des organismes des droits humains ont souligné la présence de hauts cadres du ministère de l’intérieur et des équipements de la police sur le théâtre des opérations en soutien aux gangs.

En outre, le pouvoir renforce les gangs également en leur fournissant de fortes sommes d’argent et de munitions. L’on se rappelle cette campagne de distribution d’argent de l’émissaire du palais national en novembre 2019 aux chefs gangs rivaux qui s’est mal terminé. En effet, l’ancien secrétaire d’état Fritz Jean Louis a été blessé par le chef de gangs Tilapli pour avoir financé des gangs ennemis.

Par ailleurs, la logique de consolidation des gangs a atteint son paroxysme lorsque le gouvernement PHTK et ses alliés ont procédé à leur fédération sous le label de « G9, familles et alliés ». Dans son rapport du mois d’octobre 2020, le secrétaire général de l’ONU, Guterres a salué l’initiative de la fédération des gangs comme un moyen de résoudre le problème de l’insécurité (1).

Si l’assassinat crapuleux de Jovenel Moise ajoute une nouvelle couche de pourrissement dans la crise politique, il semble que rien n’a changé dans la stratégie de garder le régime par la terreur des gangs dans les différents coins et recoins du territoire. Jovenel Moise qui, pendant toute sa présidence faisait plus office de parrain des gangs que de président de la république a été vite remplacé par de nouveaux parrains, dont M. Ariel Henri. Le Core group maintient le même mode opératoire consistant à soutenir des dirigeants illégitimes et corrompus au sommet de l’État.

Ce n’est pas un hasard si des membres du cabinet du premier ministre de facto ont exigé la libération de présumés membres de gangs arrêtés par la police (2). Il en est de même de l’implication présumée de plusieurs membres du gouvernement dans des actes de kidnappings et de drogues (3).

Il est important de sortir de l’approche manichéenne selon laquelle le pouvoir, à travers la police et la justice, est en train de combattre vraiment les gangs criminels. Le pouvoir PHTK et ses alliés reposent essentiellement sur la capacité des gangs à maintenir le climat de terreur. Ce régime honni et impopulaire ne peut se passer objectivement de la terreur des gangs.

Partant de ce constat, le REHMONCO se questionne sur la pertinence des discours préconisant le consensus entre les principaux acteurs pour résoudre la crise. Tout en appuyant l’idée de la convergence des organisations ouvrières et populaires en lutte pour le rétablissement de la souveraineté du pays et le renversement du régime PHTK et du système néocolonial, il est contreproductif de prioriser la recherche d’une entente avec les parrains des gangs comme stratégie de lutte. Comme on ne peut pas s’allier aux fascistes pour faire régner l’ordre démocratique, il est insensé de vouloir se mettre avec les faucons du PHTK, parrains des gangs et serviteurs aliénés du Core Group pour prétendre résoudre la crise haïtienne. L’alternative à cet ordre néocolonial est à construire dans la convergence des luttes des organisations ouvrières et populaires pour renverser le régime PHTK et la bourgeoisie compradore qui le soutient.

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