Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Haïti : non à l’intervention de toutes forces d’occupation

Il y a environ deux semaines, le gouvernement de facto d’Ariel Henry a déclaré à l’Assemblée générale de l’ONU que tout était sous contrôle. Pourtant, les classes populaires se mobilisaient et continue à se mobiliser à l’échelle du pays pour réclamer la fin de l’État d’apartheid, de la gouvernance par la terreur des gangs et de la rareté artificielle de l’essence. La répression reste jusqu’aujourd’hui la seule réponse du gouvernement.

Le 8 octobre 2022, Ariel Henry et ses ministres ont demandé formellement l’intervention d’une force armée étrangère spéciale en Haïti. Sous prétexte de combattre des gangs, le gouvernement de facto viole une fois de plus la Constitution : il n’a aucun pouvoir légal de solliciter une telle intervention.

Une fois de plus Ariel Henry fait montre d’une volonté inébranlable d’avilir la souveraineté du pays, d’en tenir qu’aux diktats de l’impérialisme.
Soulignons qu’Ariel Henry a été imposé comme premier ministre suite à une injonction des ambassades occidentales dont celle des États-Unis, il y a de cela 15 mois. Ce choix a été fait en dépit de l’implication présumée d’Henry dans l’assassinat de l’autocrate Jovenel Moise. Depuis lors, il poursuit la politique de son prédécesseur consistant à renforcer les gangs armés pour se maintenir au pouvoir.

On se rappelle qu’en octobre 2020, le secrétaire général de l’ONU avait salué la création de la fédération des gangs comme un moyen efficace pour réduire la criminalité dans le pays. L’action des gangs ne dérangeait ni le gouvernement haïtien ni le bureau de l’ONU en Haïti. Pourtant, les quartiers populaires subissaient presqu’au quotidien des tueries à répétition. Aujourd’hui, les massacres de masse recensés sont au nombre de 16. Selon les rapports des organismes de droits humains, les gangs se servent parfois de l’équipement et de certaines unités de la police lors de ses raids dans les quartiers populaires.

Les actions punitives des bandits contre les classes populaires répondent à un besoin urgent de répression politique. Ce n’est pas un hasard si ces différents massacres ne sont pas documentés par la justice et la police. Le gouvernement ne se donne même pas la peine d’annoncer une enquête. C’est le cas par exemple du massacre de Cité Soleil au mois de juillet 2022 qui a fait environ 300 morts et presqu’autant de blessés. Ces raids ont entrainé le déplacement de plusieurs centaines de personnes qui se trouvent contraintes de dormir à la belle étoile. Le gouvernement fait fi de ces actions criminelles et tombe dans le déni. Ce qui illustre concrètement son appui aux gangs.

Cette collaboration avec les bandits armés s’est dévoilée clairement avec plus d’acuité lorsque ces derniers ont pris le contrôle du palais de justice en juin 20221. Les gangs vandalisent l’espace de travail des juges et autres personnels du système judiciaire, et se sont appropriés des dossiers pour entraver toute initiative de demande de justice de la population. Malgré l’évidence des faits, le gouvernement s’est contenté une fois de plus de répondre par le déni.

Aujourd’hui, Ariel Henry a du mal à casser la grande mobilisation des classes populaires qui réclament depuis plus d’un mois non seulement sa démission, mais également la fin de l’État d’apartheid dans le pays. Impuissant, il sollicite formellement une intervention étrangère. Une décision scandaleuse, même venant d’un pouvoir de facto ! Le gouvernement étant affaibli, les grandes ambassades occidentales et l’ONU font tout pour criminaliser la mobilisation populaire en l’associant aux gangs. Une façon pour justifier l’intervention militaire. Malgré tout, les classes populaires poursuivent la mobilisation dans les différentes villes du pays et dénoncent toute sollicitation d’occupation militaire.

La demande d’une force militaire d’occupation témoigne de l’échec du gouvernement PHTK à neutraliser la contestation populaire. La continuité du régime mafieux du PHTK et le maintien du statu quo ne sont plus garantis. Pour l’oligarchie et le pouvoir, seule une force militaire étrangère peut assurer la pérennité de leur domination.

En appui au peuple haïtien en lutte, nous dénonçons vigoureusement et condamnons la décision du gouvernement de facto de solliciter une occupation militaire sous le fallacieux prétexte de crise humanitaire.

Depuis 2018, l’État haïtien, avec l’appui de l’ONU et des grandes ambassades occidentales, contribue à créer une situation de crise humanitaire dans plusieurs quartiers dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. Cette crise est dans les faits le résultat de leur appui inconditionnel aux gangs armés, de l’imposition d’une politique économique infamante, du pillage systématique de la richesse nationale. Nous nous opposons avec la plus grande fermeté à toute idée de retour des bottes en Haïti et encourageons les classes populaires à poursuivre la lutte pour la construction d’un État démocratique et souverain.

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