Édition du 11 mai 2021

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Mexique

Initiative syndicale pour un mouvement politique de la classe ouvrière

Devant plus de 50 000 travailleurs de l’électricité, leurs familles et les organisations solidaires, réunis le 30 octobre 2010 sur le stade Azteque de Mexico, le secrétaire général du Syndicat mexicain des électriciens (SME), Martín Esparza, a proposé un regroupement politique national dans la perspective de la construction d’une organisation qui lutte pour les droits et le pouvoir du peuple et des travailleurs.

Devant plus de 50 000 travailleurs de l’électricité, leurs familles et les organisations solidaires, réunis le 30 octobre 2010 sur le stade Azteque de Mexico, le secrétaire général du Syndicat mexicain des électriciens (SME), Martín Esparza, a proposé un regroupement politique national dans la perspective de la construction d’une organisation qui lutte pour les droits et le pouvoir du peuple et des travailleurs. Cette initiative ouvre la voie pour avancer ce projet nécessaire et urgent afin de défendre les intérêts historiques de la classe ouvrière dans notre pays.

Le PRT considère que cette initiative constitue une avancée très importante dans la direction d’un instrument qui permette d’atteindre l’indépendance politique des travailleurs mexicains. C’est ce que nous mettions à l’ordre du jour lors des travaux de notre XIIe congrès en août 2010, en particulier dans notre résolution Chemins menant vers la réorganisation d’un parti révolutionnaire (1).

Martín Esparza, secrétaire général du Syndicat mexicain des électriciens énergétique Luz y Fuerza del Centro (LyFC) 3, dont la dynamique a été clairement oppositionnelle, prolétarienne et en rupture radicale avec le pouvoir actuel. L’intransigeance et l’arrogance de Calderón ont ouvert un important processus de radicalisation et de prise de conscience.

Nous savons qu’il n’est pas seulement question d’une décision conjoncturelle, d’un moment d’enthousiasme des dizaines de milliers qui se sont réunis pour démontrer qu’ils ne sont ni vaincus, ni défaits. C’est un projet qui gagne du terrain dans la conscience de différents secteurs sachant que les luttes isolées ne permettent pas de gagner ni d’éviter les coups autoritaires, répressifs, et que les actes anti-ouvriers font partie d’une politique de l’oligarchie au pouvoir et qu’ils imposent une riposte et une alternative politique.

Si la lutte sociale ne dispose de ses propres instruments politiques elle sera dépendante des alliances avec des organisations et des forces politiques qui n’ont pas une perspective ouvrière à long terme et encore moins un programme anticapitaliste ou socialiste, comme cela a eu lieu durant des années n’ayant pas permis de produire une rupture organique de la majorité des travailleurs avec les partis bourgeois et les courants réformistes. C’est pour cela qu’un projet de lutte pour le pouvoir, et pas seulement contestataire ou défensif, est si important.

Ce processus peut avancer dans une dynamique non seulement antilibérale, mais aussi anticapitaliste, dans la mesure où les orientations programmatiques seront clairement définies en partant des besoins concrets des mouvements, comme celui du SME, qui visent à réaliser leurs revendications, telles que l’emploi ou le respect de leurs acquis historiques, en liens avec les luttes d’autres secteurs de la population travailleuse contre les politiques capitalistes.

L’invitation du SME permet également d’avancer la clarification politique à un moment où les contradictions sociales vont en s’accélérant. Dans ce sens, le fait que Martín Esparza ait employé la formule de regroupement politique national a toute son importance, car elle est distincte de celle du parti politique, c’est-à-dire d’un parti électoral.

Le fait qu’il ne soit légalement pas possible d’enregistrer un nouveau parti avant 2012 lui fournit l’avantage de ne pas se définir comme un parti électoral, mais bien comme un « regroupement politique », ce qui ouvre une perspective de lutte bien au-delà d’une campagne électorale conjoncturelle avec des méthodes de lutte qui ne se limitent pas aux urnes, mais impliquent des actions de rue, ce qui a caractérisé le SME cette année.

C’est d’autant plus important que tout indique que le système politique mexicain et ses règles actuelles seront aussi en crise en 2012. Comme dans toute crise, le choix sera clairement énoncé : soit le renforcement du système antidémocratique, dominé par la bureaucratie des partis de la bourgeoisie et de leurs alliés, qui veulent maintenir leur hégémonie ; soit l’émergence d’un mouvement social puissant, qui modifie les rapports de forces en faveur de la classe ouvrière et des mouvements de résistance sociale.

En décidant de participer aux élections de 2012, Esparza a aussi ouvert la porte d’une alliance électorale de l’organisation future avec la campagne d’Amlo (2). Cela permettrait une unité plus large, non seulement pour les revendications des mouvements, mais aussi pour une perspective politique propre aux travailleurs. Dans un grand bloc politique portant Amlo en tête, le mouvement politique des travailleurs que propose la direction du SME serait ainsi capable de renforcer sa présence et son expression propre, tout en réalisant une large unité contre le régime antidémocratique.

Il faut ouvrir un large débat dans le mouvement social dans son ensemble pour renforcer cette perspective prolétarienne. Un projet de cette nature, s’il parvient à pénétrer profondément dans les rangs de la classe ouvrière et des mouvements sociaux, aura tendance à remodeler les relations sociales et politiques en partant d’en bas, sans subir les limites et la marginalité d’une protestation isolée. Il peut devenir un instrument essentiel permettant la modification des rapports de forces entre les classes sociales.

Le PRT se félicite de cette initiative et s’engage, avec ses forces militantes, à participer à la construction d’un instrument politique capable d’organiser de larges secteurs des travailleuses et des travailleurs, à travers l’unité et l’indépendance de classe.

Pour un gouvernement ouvrier et paysan !

Ville de Mexico, novembre 2010

* Nous publions ici la déclaration du comité politique du Partido Revolucionario de los Trabajadores (PRT, Parti révolutionnaire des travailleurs, section mexicaine de la IVe Internationale).

Notes

1. « Caminos en la ruta hacia la reorganización de un partido revolucionario », http://www.prt.org.mx/node/160

2. Il s’agit des initiales de Andrés Manuel López Obrador, politicien du Parti
révolutionnaire institutionnel (PRI), un des fondateurs du Parti de la révolution démocratique (PRD) issu d’une rupture au sein du PRI en 1989, ancien président du PRD (1996-1999). De 2000 à 2005 il a été à la tête du gouvernement de la ville de Mexico (2000-2005), puis candidat à l’élection présidentielle en 2006 (dont les résultats n’ont pas été reconnus par la gauche mexicaine, et Amlo a pris la tête d’un « gouvernement légitime » fantôme, par opposition à celui, réel, de Felipe Calderón, déclaré illégitime). Il a annoncé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2012, avec le soutien du PRD, du Parti du Travail (PT) et de Convergencia.

3. Lire au sujet de la lutte des salariés de LyFC la déclaration du 16e congrès mondial de la IVe internationale.

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