Édition du 18 juin 2019

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Afrique

L’ANC n’oublie pas les femmes pour les prochaines élections, et après ?

Les élections générales en Afrique du Sud auront lieu le 8 mai 2019. L’Anc promet de faire plus pour lutter contre les violences faites aux femmes, un fléau national. En septembre 2018, on dénombrait pour la période d’avril 2017 à avril 2018, un total de 40 035 viols déclarés et 6789 agressions sexuelles.

Tiré du blogue de l’auteure.

Le Président Ramaphosa avait dès le mois de novembre dernier annoncé que son parti ferait de la violence contre les femmes une priorité de sa politique. Mais les militantes attendent des actes concrets. Elles sont lasses des belles paroles et des promesses surtout quand les chiffres effrayants des statistiques leur donnent toutes les raisons de vouloir des changements sans attendre.

Les hommes de l’ANC sont loin d’être des modèles de vertu et le pouvoir leur donne une irrésistible envie de l’exercer sur les femmes de leur entourage. Après Jacob Zuma, accusé de viol, mais acquitté, les accusations de harcèlement sexuel, tentative de viols et violences à l’encontre des femmes proches des hommes de pouvoir sont innombrables, les dernières en date concernent l’ancien porte-parole de l’Anc et le porte-parole de la présidence ; tous deux ont quitté leur poste.

On aurait tort d’accuser l’ANC d’inertie, depuis son arrivée au pouvoir en 1994 quantité de lois ont été votées, des mécanismes pour assurer l’égalité de genres mis en place, 46% de femmes élues au Parlement, mais rien n’ a permis d’enrayer la violence dont les femmes sont victimes, dans la sphère privée comme dans la sphère publique. Héritage d’un passé violent, frustration, croyances, traditions, pauvreté, alcool, drogue, autant de raisons avancées qui viennent consolider un système patriarcal solide. Boys will be boys !

Les peines infligées aux tueurs de femmes, aux violeurs, aux agresseurs par des tribunaux majoritairement masculins sont presque toujours inférieures à la peine maximale qui pourrait être appliquée selon le code pénal sud-africain. Un récent rapport du Medical Research Study révèle que dans 88,3% des procès pour viols, les juges et les magistrats ont trouvé des circonstances atténuantes pour alléger la peine du coupable : soit c’est la première fois , soit il est soutien de famille, soit il a des enfants !!!! Dans un cas récent, les magistrats ont avoué leur perplexité : « bien que ce viol soit une affaire sérieuse…on ne peut d’aucune manière imaginer le décrire comme une des pires sortes de viol » et d ‘infliger 12 ans de prison au lieu de la perpétuité qu’ils auraient pu appliquer. Les hommes de loi semblent attacher plus d’importance aux droits des violeurs qu’à la personne violée.

Personne ne conteste l’horreur de la situation, alors pourquoi si peu d’action qui permettrait d’enclencher un mécanisme de lutte contre les violences genrées en appliquant la loi tout simplement ? On en parle à chaque élection, on attend la prochaine pour en reparler et entre temps les femmes tombent sous les coups de leurs proches, elles sont violées, agressées. On en cause, on en causera, on en a causé et après ?

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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