Édition du 2 juin 2026

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Asie/Proche-Orient

L’essor du mouvement citoyen au Liban

Il y a présentement au Liban un nouveau mouvement social, qui est essentiellement spontané, Il exprime la colère des jeunes contre les conditions sociales qui se sont gravement détériorées dans ce pays.

On observe en effet que le gouvernement est enfoncé dans la corruption. Il est incapable de répondre aux besoins élémentaires de la population, telle l’électricité et l’eau potable. Plus encore, les télécommunications, les routes et les transports publics sont dans un état lamentable.

L’élément déclencheur des manifestations depuis l’été dernier a été l’indignation au fait que les déchets ne sont même plus ramassés. Tout a commencé quand le contrat entre l’entreprise privée qui détient le monopole de ce travail et les municipalités de Beyrouth et d’autres villes environnantes est venu à terme. Depuis, les déchets s’empilent, ce qui menace la santé publique.

Les jeunes ont pris les rues en criant aux autorités : « vous puez » !

Ce mouvement social a maintenant acquis beaucoup de crédibilité. On le voit dans l’amplitude des manifestations où les gens sont de plus en nombreux, et plus seulement les jeunes. Parallèlement, le mouvement a réussi à passer par-dessus le sectarisme des partis, notamment ceux qui se partagent le pouvoir et qui tentent toujours d’instrumentaliser les revendications populaires à leur avantage.

Les revendications du mouvement concernant la gestion des déchets sont largement appuyées. La population refuse que la même entreprise détenant le monopole de ce service remplisse un autre site d’enfouissement. On demande un processus transparent de manière à ce que le nouveau contrat soit connu et qu’il y ait un appel d’offres en bonne et due forme, et non pas un « deal » en cachette, d’autant plus qu’entre l’entreprise qui avait le monopole et certains partis politiques au pouvoir, il y a des accointances douteuses. D’autre part, les gens veulent que cette question des déchets retourne sous l’autorité des municipalités, et non du gouvernement central. Ces deux recommandations reflètent en fait la tendance du mouvement de pousser vers l’adoption des reformes qui mèneront à des changements structurelles dans l’administration libanaise corrompue.

À date, le gouvernement a préféré utiliser la force pour confronter les manifestations. Cependant, suite à des incidents violents fomentés par les forces de sécurité, le gouvernement a été obligé de reculer. Des officiers et des employés de firmes de sécurité privées ont été condamnés pour brutalité. D’autres tactiques sont actuellement utilisées par le gouvernement tel que des enquêtes policières et d’autres moyens pour intimider les jeunes manifestants dans les postes de police.

Le président du Parlement, Nabih Berri, a proposé un dialogue impliquant les dirigeants des partis composant les coalitions principales au parlement et le premier ministre pour résoudre la crise politique qui a éclaté depuis l’été. Cet appel reflète la gravité de la crise et l’impasse politique devant ces partis. Les mouvements sociaux par ailleurs reprochent ce dialogue d’être limité au Parlement et à ses dirigeants. Pour résoudre cette crise, il faut redonner un rôle important aux institutions constitutionnelles ainsi qu’à l’administration au lieu de se limiter aux dirigeants qui cherchent à défendre leurs intérêts propres. Elle ne peut être résolue que par de nouvelles élections, ce qui exige une nouvelle loi électorale et de nouvelles institutions.

En fin de compte, le mouvement cherche à échapper à la politisation artificielle inscrite dans le système politique et la répartition du pouvoir entre divers groupes confessionnels. Pour autant, le mouvement reste hétérogène, avec des composantes politiques et sociales diverses, de droite et de gauche, venant de diverses régions et sectes. Pour le moment, le consensus est à l’effet de préserver l’unité et la capacité de continuer les avancées réalisées depuis quelques mois en se focalisant sur la crise des égouts, pour le moment en tout cas.

Il serait prématuré de parler d’un « printemps libanais ». Il faut savoir que d’autres « printemps arabes » ont dérapé à cause de l’intervention des régimes corrompus et répressifs et du manque de vision et de clarté chez les forces populaires alternatives. Les protestations doivent s’organiser pour compléter le changement. Au Liban pour y arriver, il faudra surmonter davantage les divisions et la tendance à considérer les intérêts de tel ou tel groupe au-dessus des autres et élaborer une vision globale et des objectifs communs suite à des débats inclusifs et démocratiques.

Ziad Abdel-Samad est le coordonnateur du Réseau des ONG arabes basé à Beyrouth.

Ziad Abdel-Samad

Auteur sur le Liban. Lebanese American University, Asia Pacific Research Network, Plateforme civile Euromed.

http://ziadas.blog.co.uk/

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