Édition du 30 novembre 2021

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États-Unis

L’obsession malsaine des États-unis pour Cuba

On a de nouveau secoué la tirelire. En septembre 2021, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a accordé $ 6,669,000 en subventions à des projets visant le « changement de régime » à Cuba, euphémisme pour « intervention directe d’une puissance étrangère ». L’administration démocrate de Biden a particulièrement favorisé le IRI (Institut républicain international), grâce à une générosité bipartite que Donald Trump n’a jamais eue. D’autres groupes à Miami, Washington, et Madrid, qui ont également reçu de généreuses sommes, font partie de ceux qui appellent à une invasion de l’île. Ces groupes brossent un tableau apocalyptique de la Havane dans l’espoir d’obtenir encore plus de financement l’année prochaine.

Rosa Miriam Elizalde est vice-présidente de l’Union des journaliste cubain.e.s (UPEC)

Ce financement public de l’industrie anticastriste aux États-Unis semble inépuisable. Au cours de la dernière année, au moins 54 organisations ont bénéficié des programmes visant Cuba du Département d’État, de la National Endowment for Democracy (NED) et de l’USAID.

Au cours des vingt dernières années, cette dernière agence a donné à Creative Associates International, une façade de la CIA, plus de $1.8 milliard pour l’espionnage, la propagande et le recrutement d’agents du « changement », y compris sur l’île. L’un de ses projets les plus connus, le soi-disant « Twitter cubain » ou « ZunZuneo », a produit un superbe échec, exposant un complot de corruption et des violations flagrantes de la loi américaine. « ZunZuneo » a coûté au directeur de l’USAID son poste, mais Creative Associates International continue de fonctionner, quoique maintenant sous couverture.

Changement de régime comme secret commercial

La chercheuse américaine Tracey Eaton, qui a suivi pendant des années la route de ces fonds, a commenté dans une récente interview que nombreux programmes de financement pour le « changement de régime » à Cuba sont si furtifs que nous ne saurons probablement jamais qui sont tous et toutes les bénéficiaires, ou quel est le montant total.

À en juger par les millions de dollars qui sont connus, ce montant doit atteindre un chiffre encore plus colossal. Selon des lettres du Département d’État et de l’USAID qu’Eaton a obtenues, les stratégies de « construction de la démocratie » sont considérées comme des « secrets commerciaux » et sont donc protégées de divulgation en vertu de la Loi sur la liberté d’information des E-U.

Le gouvernement et les médias américains deviennent fous à l’idée d’une intrusion présumée de la Russie, de la Chine, ou d’organisations islamiques dans la politique domestique et dans les plateformes numériques de leur pays. Mais ils n’hésitent pas une minute à intervenir brutalement à Cuba, comme l’a exposé le quotidien numérique MintPress News, qui a documenté comment des groupes privés de Facebook ont fomenté des émeutes le 11 juillet dans plusieurs villes cubaines. « L’implication de ressortissant.e.s étrangers et étrangères dans les affaires intérieures de Cuba est à un niveau qu’on ne peut guère imaginer aux États-Unis, » écrit la publication, ajoutant que « les personnes qui ont incité les manifestations du 11 juillet à Cuba prévoient des actions similaires pour octobre et novembre. »

Les États-Unis sont une superpuissance militaire dont les plans de subversion politique sont une honte et un scandale. Mais rien n’indique que Washington va maintenant comprendre la futilité de qu’il a pu faire pendant les derniers 60 ans. L’obsession du gouvernement américain pour Cuba date, en fait, de deux siècles, comme l’a montré Louis A. Pérez, historien à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, dans un brillant essai intitulé « Cuba comme trouble obsessionnel compulsif ».

« Le sujet de Cuba a rarement fait l’objet d’une discussion raisonnée. Cela défie toute explication facile et ne peut certainement pas être compris uniquement - ou même principalement - dans la logique du calcul politique qui sert autrement à informer les relations étrangères des États-Unis, principalement parce que ce n’est pas logique », écrit l’historien.

Ce qui a du sens, c’est la permanence dans le temps de « l’intransigeance » cubaine. Ernesto Che Guevara répétait dans ses discours des premières années de la révolution de 1959 que « Cuba ne sera pas un autre Guatemala ». En d’autres termes, son indépendance vis-à-vis l’empire américain ne pouvait pas être détruite par des bombardements médiatiques d’abord, par l’instigation de mobilisation internes, et par des attaques militaires plus tard.

La coutume américaine de renverser des alternatives étrangères indépendantes est si longue et l’arrogance de cette force militaire et médiatique écrasante est si aveugle que le gouvernement américain ne peut prendre la mesure de ses défaites répétées ni surmonter le traumatisme d’une île rebelle « presque à portée de vue de nos rivages », comme l’a observé John Quincy Adams. Et pour couronner le tout, c’est une île qui n’a pas le moindre intérêt à être « l’état qui nous manque entre l’entrée du Golfe et la sortie de la vaste vallée du Mississippi ».

Comme l’a sagement commenté Louis A. Pérez, « La grande vérité en tout cela est que les Cubain.e.s ont appris de l’histoire, tandis que les Washington refuse de le faire. ».

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