Édition du 24 janvier 2023

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

La Grèce a le choix...

L’auteur de l’article ci-dessous, paru sur le site de « c » journal financier quotidien – et évidemment de Droite - arrive à des conclusions pour le moins surprenantes. Il faut savoir que cette publication se veut « contrarienne », c’est-à-dire qu’elle refuse de suivre le troupeau de moutons que sont, pour la très grande majorité à travers le monde, les analystes et reporters financiers.

La publication regarde systématiquement « l’autre côté de la médaille ». Le fondateur de la publication, Bill Bonner, invite d’ailleurs les investisseurs avec la phrase suivante :

« Des mensonges, encore des mensonges, toujours des mensonges ! Comment vous protéger de la langue de bois, des fausses informations, des manipulations et de l’intox qui pourrissent l’économie actuellement — en mettant votre patrimoine en danger ?

C’est ce qui fait que parfois la Gauche y trouve de bonnes explications d’événements qui parfois sont assez incompréhensibles, voire opaques.

Dans le cas de la Grèce, l’auteur Dan Denning, considère les options disponibles aux Grecs et à l’UE (Union européenne) - tant sur le plan politique que financier et monétaire - face aux difficultés actuelles du pays. Il dit en guise de conclusion :

« Il nous semble qu’ils ONT LE CHOIX. Ils peuvent dire aux banquiers d’aller se faire cuire un oeuf... puis voir venir la suite des événements. Si c’est ce qui arrive en Grèce, il y a fort à parier qu’il s’agira d’une répétition générale de ce qui se passera ailleurs dans le monde. »
L’auteur suggère donc que les citoyens grecs ont le pouvoir politique de choisir une option économique-financière-monétaire différente de ce que les diverses institutions préconisent ou exigent. Si les Grecs exercent directement ce pouvoir – tout comme les Arabes d’Afrique du Nord l’ont fait dans le cadre du Printemps arabe – la contagion pourrait courir rapidement de pays en pays aux frais des banquiers.

La Gauche ne pleurerait certes pas ces banquiers, car ce que les banquiers et financiers considèrent « dette improductive », citée dans l’article, c’est la dette encourue pour financer les programmes sociaux et les entreprises d’État qui assurent un salaire stable et adéquat pour leurs employé-e-s. Elle est non-productive parce qu’elle ne génère pas de profits tout en ignorant totalement les retombées humaines. Là où le gouvernement socialiste de la Grèce a faibli c’est en n’imposant pas suffisamment les citoyens richissimes (penser aux armateurs !) et les grandes entreprises privées et en ne se protégeant pratiquement pas contre les paradis fiscaux. Était-ce un pacte avec le diable afin de pouvoir rester au pouvoir ?

Reprenant la question sur le plan québécois : est-ce ce genre de pacte qu’a tacitement conclu le Parti Québécois tant sur le plan de son orientation originale de gauche que sur celui de la souveraineté ?


Ci-dessous, l’article intégral tiré de LA CHRONIQUE AGORA.
Paris, Lundi 20 juin 2011

La Grèce, répétition générale pour le reste du monde ?

Dan Denning

▪ La Grèce n’est qu’une économie parmi d’autres, et pas particulièrement une grande économie, bien que ce qui arrive là-bas importe certainement pour les Grecs. Mais les problèmes de la Grèce deviennent des problèmes mondiaux du fait de la connectivité du secteur bancaire mondial, qui est bien un autre effet de globalisation (la globalisation de la finance).

Bon nombre de banques européennes possèdent de la dette grecque. Et beaucoup de banques mondiales possèdent de la dette des banques européennes. L’os de l’orteil est connecté à celui du nez, pour paraphraser Bill Bonner (ci-dessous). C’est pourquoi les décideurs à la Banque centrale européenne sont déterminés à empêcher une restructuration de la dette grecque. Ce n’est pas parce que les agences de notations considèrent une restructuration comme un défaut de facto.

C’est parce que si la Grèce restructure sa dette et oblige les créditeurs à prendre leurs pertes sur les bons (de la manière la moins obligatoire, naturellement), un précédent aura été fixé pour toutes les autres banques et tous les autres émetteurs de titres de dettes souveraines en difficulté en Europe. Certes, tout le monde ne fera pas faillite mais tout le monde restructurera et, ce faisant, le capital de beaucoup de banques européennes, y compris la BCE elle-même, partira en fumée.

"La Grèce pourrait avoir un effet contagieux", a déclaré le vice-président de la BCE Vitor Constancio à Francfort la semaine dernière. "C’est la raison pour laquelle nous sommes contre tout sorte de défaut avec des décotes et contre toute forme d’événement du secteur privé qui pourrait conduire à un événement de crédit ou un événement de notation".

▪ "L’événement de crédit" serait encore pire pour les marchés. L’événement de notation n’est qu’un détail. Ce qui est véritablement intéressant c’est de savoir si l’Europe encaissera toutes ces pertes aujourd’hui... ou bien remettra cela à plus tard et tolérera un euro beaucoup plus faible dans le processus. Mais remettre à plus tard signifierait plus de prêts pour la Grèce et les autres par la BCE et peut-être des achats massifs d’obligations avec du nouveau cash (monétisation de la dette).

Les Européens doivent rapidement se reprendre. La cinquième partie du prêt accordé par le Fonds monétaire international à la Grèce est due à la fin de ce mois. Mais le FMI, de par ses propres règles, n’a pas le droit de donner cet argent si la Grèce n’a pas déjà la valeur d’un an de financement au moment où le FMI est prêt à donner l’argent. Sans cet argent, le gouvernement grec a environ six jours de liquidités disponibles avant de faire faillite.

La méta-histoire ici est que tout ce que les banquiers centraux ont fait depuis 2007 a été conçu dans le but d’empêcher une réelle mise à plat des comptes. Cette mise à plat n’est ni morale ni philosophique. Elle est financière. L’économie mondiale s’est retrouvée avec trop de dette improductive sur les bras. Il est difficile de servir les intérêts de cette dette (la mondialisation a rogné les recettes fiscales, les revenus moyens ayant chuté) et elle ne sera sans doute jamais remboursée.
A la BCE, tout le monde doit savoir cela. Pourquoi alors prétendent-ils le contraire ? La réponse évidente est : pour empêcher un effondrement systémique et la chute de l’euro. Les enfants malades de l’Europe — en termes de dette et d’économie — pourraient être obligés d’avoir recours à une sorte de monnaie de seconde classe. Dans le but de sauver l’euro, il faudra peut-être le détruire.

Ou bien — et cela est peut-être profondément ancré dans leurs convictions transnationales, à la fois centralisatrices et progressistes — les têtes pensantes de la BCE et de l’Union européenne croient que la seule façon d’atteindre une union politique et économique plus intégrée est de détruire complètement la souveraineté nationale. Si tel est leur but, alors ils sont certainement sur le bon chemin en Grèce, où le gouvernement a été obligé de procéder à un vote de confiance et est encore plus obligé par le FMI et le BCE de mettre en place des mesures d’austérité fiscale qui ne sont pas du tout populaires auprès des Grecs. Ces derniers, pour montrer leur mécontentement, jettent des yaourts dans la rue.

Qu’arrivera-t-il ensuite ? Les lanceurs de yaourts feront-ils tomber le gouvernement et empêcheront-ils leurs chefs politiques de vendre la Grèce à la servitude européenne ? Ont-ils le choix à ce stade ? Hmm.
Un débiteur seul qui est esclave de son banquier/prêteur/suzerain n’a probablement guère le choix. La loi est contre lui. Ses ressources sont nulles. Et après tout, c’est lui qui a contracté la dette.

Mais qu’en est-il lorsqu’il s’agit de toute une nation de débiteurs ? Ou, plus spécifiquement, lorsqu’on demande à toute une nation de rembourser les dettes accumulées au fil des générations ? Il nous semble qu’ils ONT LE CHOIX. Ils peuvent dire aux banquiers d’aller se faire cuire un oeuf... puis voir venir la suite des événements. Si c’est ce qui arrive en Grèce, il y a fort à parier qu’il s’agira d’une répétition générale de ce qui se passera ailleurs dans le monde.

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