Édition du 21 juin 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débats : quel soutien à la lutte du peuple ukrainien ?

La guerre en Ukraine en dix questions

Ces courts développements s’inscrivent dans la continuité des prises de position d’Ensemble ! depuis le début de l’agression impérialiste russe en Ukraine (communiqués et tract 4 pages spécial Ukraine).

Avril 2022 | tiré du site d’Ensemble

1. Quelles sont les responsabilités ?

S’il est vrai que l’extension de l’OTAN vers l’Est (adhésion de plusieurs pays d’Europe centrale à leur demande) constitue un élément contextuel non négligeable puisque ravivant à Moscou un sentiment d’encerclement, elle ne peut en aucun cas être considérée comme responsable de cette guerre.

La raison en est d’abord la négation de l’existence d’un peuple ukrainien distinct du peuple russe et de ses droits démocratiques. Il s’agit en fait de la part du Kremlin d’interdire à l’Ukraine – le souvenir de révolution démocratique de Maidan y est encore vif – de choisir en toute liberté ses alliances. Cela au nom d’une conception restrictive de la souveraineté des États de son environnement proche, qui rappelle la tristement célèbre doctrine de la « souveraineté limitée » de Leonid Brejnev. Ce, au mépris du droit des peuples à disposer d’eux- mêmes ! Une possible évolution démocratique en Biélorussie et en Russie pouvant délégitimer son pouvoir absolu n’est pas envisageable par le dictateur du Kremlin. Dans la perspective en outre de la construction d’une « Eurasie » qui, sans l’Ukraine, n’aurait plus grand sens ?

Mais plus profondément Poutine a pour objectif de remettre en cause un ordre mondial qui lui est défavorable. Recul des frontières vers l’Est et le Nord, avancée de l’OTAN du fait de l’intégration des pays d’Europe centrale appartenant à l’ex-bloc de l’Est, effacement diplomatique, régression militaire malgré la conservation d’un armement nucléaire considérable et recul économique du fait essentiellement d’une privatisation à marche forcée, réalisée par la nomenklatura communiste et applaudie par les puissances occidentales, tels étaient les caractères de ce déclin de la Russie dans la hiérarchie des puissances.

Sans retrouver, et de loin, la position qui était celle de l’Union soviétique avant 1991, elle est désormais réapparue en tant qu’acteur avec lequel il faut compter sur la scène internationale. Une restauration de la puissance grâce à ses immenses réserves de gaz naturel, certes partielle mais réelle, qui se traduit par des interventions militaires sanglantes en Tchétchénie d’abord (1999-2000), en Géorgie (Ossétie du Sud et Abkhazie) en 2008, en Crimée et dans le Donbass ukrainiens ensuite (2014), puis en Syrie (à partir de 2015) sur laquelle la Russie s’est instaurée en parrain et en bras armé d’un régime criminel, en Libye et dans certains pays africains (Centrafrique et Mali). C’est donc du côté de l’impérialisme russe qu’il faut chercher la clé.

En dernière instance, nous sommes renvoyés à la nature du régime. Élections plus ou moins arrangées ou faussées avec une très faible participation, persécutions à l’égard des opposants, assassinats de journalistes et d’opposants, élimination de transfuges à l‘étranger, nationalisme porté par un groupe de « nationaux-patriotes » conduit par Prokhanov et Douguine (organisé dans le club d’Izborsk) entourant Poutine, xénophobie et racisme, dont un antisémitisme larvé, largement répandus dans la société. Bref, un pouvoir despotique fondé sur un mélange de conservatisme et de nationalisme et au sujet duquel il est même possible de s’interroger sur l’isolement croissant d’un autocrate qui n’écoute plus que lui-même.

2. Où en est-on de cette folle guerre ?

La folle guerre d’agression de Poutine en est à sa troisième étape.
La première, depuis 2014-2015 a vu la Russie s’emparer de la Crimée et, avec l’aide des séparatistes du Donbass, organisés et financés par elle, mettre la main sur une partie de cette région. Une première phase qui a perduré et fait au moins 15 000 morts.

La seconde, du 24 février à fin mars, se solde par l’échec de la tentative d’écraser militairement l’Ukraine afin de mettre en place un état fantoche (ou de l’annexer) au prix de dizaines de milliers de morts de part et d’autre et de destructions massives de villes et de villages. Un échec, dû à l’admirable résistance des Ukrainiens, qui a conduit Poutine à se recentrer désormais sur l’Est et le Sud-Est de l’Ukraine (volonté de conquérir la totalité du Donbass et d’établir un lien pérenne entre la Crimée et le Donbass).

Cette troisième étape est en cours, prélude à une partition (annexion du Sud et de l’Est) ou – moins probable compte tenu des pertes humaines et de l’attrition du matériel – simple ajustement tactique avant une reprise de l’offensive généralisée à partir de ces gages, est de nature différente. À la différence de la précédente qui autorisait davantage les attaques de flanc, elle se fera selon toute vraisemblance front contre front, avec le risque d’encerclement, compte tenu du rapport et de la disposition des forces, et par défaut de munitions et de matériel, d’effondrement de l’armée ukrainienne.

Très vite s’est posée la question du nucléaire. Non tellement du fait des menaces indirectes de Poutine (mise en alerte des forces nucléaires) – encore que le risque de dérapage n’est pas à négliger – mais surtout du fait de l’occupation de centrales par l’agresseur. Zaporijia où un bâtiment administratif a été endommagé par un tir et Tchernobyl, où les soldats russes ont creusé des tranchées dans des terrains contaminés, faisant resurgir le risque de contamination. Vigilance donc, même si l’AIEA a été avisée que Zaporijia était sous contrôle !

L’échec de la guerre-éclair russe, l’enlisement et les pertes beaucoup plus importantes que prévu côté russe, sont déjà un élément majeur. On le doit pour l’essentiel à la qualité de la résistance ukrainienne qui s’appuie sur la force d’une conscience nationale ukrainienne renforcée de manière décisive par l’agression de Poutine, et sur les effets de l’onde longue de la révolution démocratique de Maidan en 2014. Mais cela ne signifie pas qu’un retournement de situation, sur le plan militaire, soit possible à court terme : l’asymétrie des forces en présence demeure très nette.

A défaut de la destruction de l’Ukraine, le projet russe pourrait être de parvenir à une partition sous prétexte du caractère partiellement russophone de plusieurs régions dont il faut rappeler les limites car même dans ces territoires, les populations y sont mélangées et souhaitent majoritairement rester dans le cadre de l’Ukraine-, et à une « finlandisation » de la partie ukrainienne non contrôlée par Moscou. La captation d’une partie des ressources notamment agricoles et minières ukrainiennes complète les visées géo-stratégiques globales de « neutralisation » de l’Ukraine. Cette optique impérialiste se donnera un visage d’apparence raisonnable de désescalade militaire -et d’éloignement de la menace nucléaire – et, pourrait avoir les faveurs des autres puissances impérialistes majeures. On peut supposer que l’UE s’y rallierait aussi. Une telle optique aura sans nul doute la faveur des courants pacifistes et néo-campistes.

Nous en sommes donc à une étape qui souligne plus que jamais de manière cruciale, même si l’on discerne des évolutions positives dans ce domaine, l’urgence d’une aide conséquente à la résistance armée du peuple ukrainien.

3. Destructions et massacres, quelle ampleur ?

Non seulement source de destructions massives du fait des bombardements et de nombreuses pertes en vies humaines, cette abominable agression s’est accompagnée d’exactions sans nombre.
Utilisation massive de bombes thermo-bariques ou à fragmentation, destruction systématique des villes (Marioupol quasiment rayée de la carte) – comme à Grozny (Tchétchénie) ou à Alep (Syrie) – et des villages occupés, pillages de toutes sortes dans les villages occupés, viols fréquents, individuels ou en groupe… Accompagnement habituel de la guerre ou renvoyant à la fois au virilisme de la société militaire et de la société russe tout entière ?

Massacres de civils à Boutcha, à Borodyanka, mais aussi dans d’autres localités de la région de Kyiv, que l’on peut, pour le moins, qualifier de crimes de guerre, sinon de crimes contre l’humanité si le caractère concerté est avéré. Sans compter le bombardement inqualifiable de la gare de Kramatorsk ou la probable déportation de dizaines de milliers d’Ukrainiens de Marioupol vers la Russie.
Cela appelle de notre part une condamnation sans appel, la mise en place, à l’instar de ce qui avait été fait sur les crimes de l’impérialisme étatsunien lors de la guerre du Vietnam (le « Tribunal Russell »), d’une instance d’enquête publique et surtout l’exigence d’une enquête du Tribunal pénal international. Ces crimes ne doivent pas rester impunis.

4. Quelles sanctions ?

Pour ne pas être négligeables, les sanctions prononcées contre la Russie, à l’égard des individus ou de manière plus générale concernant les flux de marchandises et de capitaux sont-elles suffisantes pour conduire un régime autocratique à mettre fin à cette guerre d’agression ?

Il faut entendre les critiques du Président Zelensky soulignant que tant que gaz et pétrole – les hydrocarbures assurent 25% du PIB et 40% des recettes budgétaires de la Russie – ne seront pas inclus dans les sanctions, les revenus afférents serviront à financer la guerre et les bombes ou obus qui frappent les Ukrainiens !
Il faut faire cesser ce scandaleux paradoxe d’une guerre qu’on condamne d’une main pour contribuer à son financement de l’autre ! Pas de sanctions à doses homéopathiques ! Il faut frapper l’agresseur au cœur. Et même s’il est clair que cette solution ne sera pas sans conséquences sur nos sociétés, un soutien internationaliste et altermondialiste exige de faire sauter les intérêts capitalistes croisés qui s’opposent à cette décision.
Et il faut d’autant plus tenir bon sur l’exigence de ces sanctions sur les hydrocarbures qu’elle a également, – à toute chose malheur peut être bon – c’est très important pour nous, une dimension écologique forte : réduire la dépendance aux hydrocarbures et aux énergies fossiles, c’est aussi faire d’autres choix énergétiques et donner aussi aux sanctions une dimension écolo-climatique plus nécessaire que jamais. Une perspective de bifurcation écologique dont le dernier rapport du GIEC souligne le caractère crucial et plus qu’urgent !

5. Que dire du ou des campisme(s) et du pacifisme ?

L’un et l’autre ne sauraient être confondus, même s’ils posent problème par leurs conséquences concrètes sur la guerre et la résistance ukrainienne. Avec le pacifisme, nous partageons une préoccupation fondamentale commune : la perspective d’un monde sans armes, le refus de la militarisation des sociétés et des esprits, la proposition de la reconversion des productions d’armement – à commencer par l’armement nucléaire – en production civile dans une double optique écologiste et autogestionnaire. Il est hors de question pour nous d’un reniement et du moindre renoncement à cette perspective et à ces objectifs ! Mais dans le contexte actuel, nous disons à nos ami·es pacifistes : ce n’est pas de cela qu’il s’agit aujourd’hui, mais bien de l’aide concrète à un mouvement de résistance, comme ce fut le cas, certes dans des contextes différents, dans l’Espagne de 1936, durant la seconde guerre mondiale, à l’occasion des révolutions coloniales ou, plus près de nous, en Syrie. Aucune de ces résistances n’a pu faire l’économie des armes, non pour des raisons idéologiques mais bien pour des raisons pratiques liées directement au droit des populations agressées de se défendre et de protéger leur population ! Soutenir aujourd’hui ces résistances armées et non-armées peut et doit s’articuler à des options fondamentales pacifistes.

Mais disons-le tout net : avec le campisme, nous n’avons rien de commun. Le campisme atlantiste est in fine celui de la défense du capitalisme et de l’impérialisme occidental, états-unien mais aussi français. Ce campisme est acritique sur l’OTAN et la militarisation des sociétés et des esprits. On le retrouve à droite, du côté de la gauche sociale libérale et d’une partie des écologistes. En outre il parasite un certain nombre d’initiatives de solidarité avec l’Ukraine.
L’autre campisme, que l’on peut considérer comme un néo-campisme, est, incluant celui qui procède d’un attachement à la Russie en tant que prolongement fantasmé de l’Union soviétique, « patrie du socialisme », celui qui renvoie dos-à-dos les deux « belligérants », oubliant l’existence d’un agresseur et d’un agressé, considère que l’OTAN est la première responsable de la guerre en Ukraine et reprend de fait la propagande russe. Dans l’hostilité à l’impérialisme états-unien (qui se confond souvent avec une haine des États-Unis qui, elle, n’a rien de progressiste), ce néo-campisme suit le vieux raisonnement selon lequel les ennemis de nos ennemis seraient nos amis ! Terrible erreur qui le pousse au mieux à abandonner la résistance ukrainienne à la terreur russe, au pire à souhaiter la reddition ukrainienne ou à soutenir ouvertement l’agression impérialiste russe ! Dans quelques forces politiques ou certains secteurs du syndicalisme nostalgiques de la Fédération Syndicale Mondiale et du « socialisme réellement existant » tout ce que le mouvement ouvrier compte comme derniers nostalgiques du stalinisme dans le monde se retrouve dans ce néo-campisme, souvent en lien avec des secteurs complotistes et la propagande russe. Son expression est symbolisée par le refus d’une partie des dockers italiens bloquant les livraisons d’armes à la résistance ukrainienne.
Dans l’hypothèse où ce néo-campisme serait porteur d’un projet de société – ce qui reste à démontrer -, il est clair que ce projet n’a rien à voir avec le nôtre.

6. Quelle solidarité avec l’opposition en Russie ?

Le soutien à apporter au peuple russe et aux forces qui s’opposent à la guerre c’est d’abord d’informer de leur existence et de faire connaître leurs prises de position. Cela veut dire non seulement affronter un régime dictatorial et une répression qui peut se traduire par des années d’emprisonnement, mais aussi aller à contre-courant d’une propagande nationaliste très puissante.

Le réalisateur russe Kirill Serebrennikov le dit : « En Russie, il est absolument impossible d’afficher son opposition à la guerre » (in Le Monde 17-18 avril 2022). Il convient de saluer le courage de ces voix oppositionnelles, qui affrontent le régime de Poutine et subissent la répression. Des militantes féministes prennent la parole pour dire leur refus de la guerre, et dénoncer les mensonges du pouvoir.

Des syndicalistes, des artistes et des universitaires, des membres de corporations professionnelles signent des textes pour dire que cette guerre n’est pas leur guerre. Sans oublier les dizaines de milliers de Russes qui s’exilent. Ni les appelés réfractaires à l’embrigadement dans l’armée, ni les soldats qui désertent… Tous ces « invisibles » de l’opposition à Poutine, qui sauvent l’honneur de la Russie et ont besoin de la solidarité internationale.

Toutes ces voix sont étouffées et on leur oppose les sondages qui montrent une opinion publique très majoritairement favorable à la politique de Poutine. Mais sous dictature, quelles sont les voix qui comptent ?

Pour nous ce sont celles qui, avec détermination et sous de multiples formes, disent que cette guerre est injuste, qu’elle doit cesser.

7. Quel soutien à la résistance ukrainienne ?

Un premier contraste est frappant entre l’importance de la sensibilité et de l’émotion dans l’opinion publique française d’une part, et d’autre part la faiblesse de la mobilisation, sur le plan politique, en faveur du peuple ukrainien.

Les expressions pratiques de cette sensibilité et de cette émotion se traduisent dans de nombreuses initiatives parfois prises en charge par les collectivités territoriales, mais aussi par le mouvement associatif et citoyen, à l’écart des forces politiques gauche comprise.

Ce soutien doit être relié aux questions de la collecte des dons, de l’accueil, du logement, de la scolarisation des enfants. On peut le qualifier de soutien humanitaire : il est indispensable et révélateur de la sensibilité et de l’émotion évoquées mais aussi, au-delà, d’un réel élan de solidarité dans la population. C’est un élément positif mais on n’est pas dupe, pour autant, de l’absence d’une telle solidarité dans d’autres circonstances et vis-à-vis d’autres populations du Sud.

Mais aussi positif et indispensable soit-il, ce soutien ne suffit pas : il faut l’articuler à un soutien politique et c’est sur quoi doivent porter les efforts d’Ensemble ! et plus largement de celles et ceux qui ont fait le choix du soutien à la résistance ukrainienne, armée et non-armée.

8. Quelle activité dans le Réseau européen « Ukraine Solidarity » et sa déclinaison en France ?

C’est par le biais de ce Réseau constitué sous l’impulsion de différentes forces, dont Ensemble !, que s’effectue, coordonné par l’équipe de la commission internationale d’Ensemble !, une dimension essentielle du travail de notre mouvement.

Ce n’est pas le seul : la production collective des textes a permis la publication de plusieurs communiqués et d’un tract 4 pages consacré à l’Ukraine, à la suite du débat du CN introduit par Stefan Bekier, membre de la Commission internationale d’Ensemble !, dont le texte a beaucoup circulé dans les réseaux militants à l’extérieur d’Ensemble !,.
Avec la participation de forces et de militant·es issu·es de nombreux pays, ce Réseau se fixe comme objectifs de populariser et soutenir les activités, de socialiser les informations, de mettre en relation les un·es et les autres, de donner toute sa place à la dimension féministe. Une délégation du Réseau – composée de parlementaires, de syndicalistes et de militant.es – doit se rendre prochainement en Ukraine pour y rencontrer des syndicalistes, des militant·es politiques, des élu·es de la gauche ukrainienne. Le Réseau soutient ce type de démarche et participe par certains de ses membres à la programmation des convois notamment intersyndicaux.

Les bases claires -dont le soutien à la résistance armée et non-armée du texte d’appel du Réseau constituent une avancée politique très précieuse et une expression alternative au pacifisme intégral comme au campisme atlantiste ou au néo-campisme des nostalgiques des pays de l’est. C’est donc, sur le plan politique, un point d’appui majeur et une contribution essentielle au débat politique en cours, dont il faut prendre la mesure.
Les camarades des pays de l’Europe centrale, baltique et orientale qui sont partie prenante du Réseau ne s’y trompent pas : ce point d’appui est important pour elles et pour eux, pour conforter et appuyer les forces de gauche en Ukraine comme en Russie, et consolider des liens à la hauteur de nos références internationalistes et altermondialistes.

9. Quelles perspectives ?

Celles-ci sont bien entendu très incertaines car nul ne sait l’issue de cette guerre. Ses dégâts et humains, écologiques et sociaux, sont d’ores-et-déjà déjà considérables. Il y a aussi de possibles dégâts politiques dont, entre autres, le risque d’accentuer le réveil du conflit dans l’ex-Yougoslavie.

Au-delà, deux questions majeures seront posées :
le retour du débat sur la nature de la construction européenne et la nécessité de refonder radicalement un projet européen par le bas, social et écologique, basé sur la démocratie active et citoyenne, renonçant à ses pratiques néo-coloniales notamment en Afrique, et débarrassé de ses orientations néo-libérales et atlantistes, ouvert à de nouvelles adhésions (Ukraine, Géorgie, Moldavie), et pourquoi pas ? – il est permis de rêver – associations lorsque les conditions en seront réunies ( Biélorussie et même Russie l) correspondant à la volonté des populations de l’Europe orientale et à leur droit à l’auto-détermination.

le retour de la réflexion, en partant des problèmes et des limites criantes de l’ONU, sur la nécessité d’une nouvelle architecture des pouvoirs à l’échelle mondiale ; la mise en place de nouvelles instances internationales pour la paix et la sécurité des peuples et d’un espace public mondial, dans le sillage des pistes de réflexion du mouvement altermondialiste et des débats du Forum Social Mondial (voir aussi les contributions de Monique Chemillier-Gendreau et les propositions contenues dans la brochure internationale d’Ensemble ! de 2020)

A défaut de la destruction de l’Ukraine, le projet russe pourrait être de parvenir à une partition sous prétexte du caractère partiellement russophone de plusieurs régions. Cette option n’est pas la nôtre car elle sacrifierait tout simplement la souveraineté de l’Ukraine, son droit à l’auto-détermination et notamment celui de choisir elle-même ses alliances politiques, diplomatiques et militaires. Si nous sommes favorables depuis toujours à la liquidation des blocs et de leurs alliances militaires – et donc de l’OTAN et du bloc autour de Moscou -, nous considérons que c’est à la population ukrainienne d’en décider et à personne d’autre.

Mais rien n’est joué dans un sens ou dans un autre. La résistance ukrainienne a surpris le monde entier et force l’admiration et le respect. Et le soutien à la résistance armée et non-armée en Ukraine, combinée au soutien aux oppositions en Russie et en Biélorussie, n’en a que plus d’importance.

10. Quelles conséquences pour la gauche ?

Pour nous qui nous situons dans la double perspective de l’élaboration d’un projet alternatif de société, à la fois social et écologique, féministe et autogestionnaire, antiraciste, internationaliste et altermondialiste, mais aussi de la construction d’une nouvelle alliance à gauche et d’une nouvelle force politique de gauche alternative, il est clair que les fractures observées à gauche par la guerre en Ukraine ne sont pas accidentelles.
En effet, cette guerre aux conséquences encore imprévisibles, risque de laisser des traces profondes, à la fois quand on considère la complaisance passée vis-à-vis du régime russe dans sa politique intérieure (aspect très souvent oublié) et internationale, et bien sûr les différents positionnements dans la situation concrète de l’agression militaire et de la résistance ukrainienne.

Car le régime russe est un régime mafieux et raciste, tolérant un antisémitisme larvé, sexiste et homophobe, et ce de longue date. Les oppositions et les résistances à un tel régime, ignorées par une partie de la gauche, forcent l’admiration et le respect. Mais pas seulement : elles nous rappellent aussi tout ce qui nous sépare de cette partie de la gauche parfois peu regardante sur les discriminations et les atteintes au droit des femmes et des LGBT, le racisme, l’absence du respect des droits et des libertés, du droit des minorités et du droit à l’auto-détermination des peuples qui composent la Russie.

Et il y a la dimension internationale, mieux connue depuis de nombreuses années, de la Tchétchénie à l’Ossétie du Sud, de la Syrie à l’Ukraine en passant par la Biélorussie… et mise en lumière par la guerre en cours.
Notre projet alternatif ne peut rien concéder à ces aveuglements et à ces complaisances. Jamais nous ne transigerons sur les droits et les libertés, le respect de la démocratie et des minorités, le droit à l’auto-détermination des peuples.
S’il est possible et nécessaire de concevoir de larges alliances portant sur des perspectives plus générales, avec toute la gauche, incluant donc des courants campistes et néo-campistes, notre participation à de telles alliances sera conditionnée à la garantie de l’expression de nos propres orientations internationalistes et altermondialistes, en particulier sur ces questions essentielles.
Et le partage de ces orientations marquées par l’autogestion et l’émancipation – et tout ce qui en découle – sera, lui, absolument nécessaire dans le cadre d’une force de gauche alternative plus large qu’Ensemble !

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