Édition du 20 février 2024

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Afrique

La marche vers un monde multipolaire et la fin de l’hégémonie de l’impérialisme occidental

En 2009, à l’initiative de la Russie bourgeoise étaient lancés sur les fonds baptismaux les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) élargis en 2011 à l’Afrique du Sud dont le but affirmé est de sortir le monde de l’unilatéralisme pour le multilatéralisme, de l’hégémonisme pour un monde multipolaire où les peuples sont égaux. Les impérialistes fort de leur arrogance hégémonique sous-estimaient ce regroupement de pays en lui prédisant un « avenir éphémère ». Mais la volonté d’étendre aux peuples la devise de la révolution bourgeoise anti-féodale selon laquelle « les hommes naissent libres et égaux en droit et en dignité » venait d’être portée par les vrais pays émergents puissances en devenir d’alors.

Tiré d’Afrique en lutte.

En effet les BRICS se veulent porteurs de la devise selon laquelle « les peuples sont libres et égaux en droit et en dignité ».

Pour aller vers cet objectif « ils affirmaient leur volonté de mettre en place un monde multipolaire qui mettrait fin à la domination du dollar, de réformer les institutions internationales – ONU et Conseil de sécurité, institutions financières Banque mondiale (BM), Fonds monétaire international (FMI), de favoriser un développement global durable et soutenir les pays du « sud global » par une coopération équitable » (Afrique Asie) .

De sommets en sommets, les BRICS ont mis progressivement en place :

– une « nouvelle Banque de Développement, dont l’objectif est de financer des projets d’infrastructures par des prêts « propres » en opposition aux prêts « scélérats » de la BM et du FMI qui ont ruiné par le système inique de la dette usuraire les pays dits du « tiers monde ». C’est une banque « démocratique » dont le président est élu par rotation – l’actuelle présidente est la brésilienne Dilma Rousseff – et dont les décisions sont prises sur la base du système ‘un État/Un vote’ » (Afrique Asie).

– « les échanges commerciaux entre eux et avec leurs partenaires en devises locales... sont des gros producteurs d’or, constituent des réserves massives du précieux métal jaune ».

Comme l’écrit le journal en ligne Afrique Asie « Forts de leur poids économique et démographique, unis, pragmatiques et efficaces, les BRICS ont donc fait un nouveau pas en intégrant l’Argentine, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis… D’un point de vue démographique, avec 3,6 milliards de personnes, soit quatre fois plus que le G7 qui regroupe les sept puissances économiques occidentales, la population des nouveaux BRICS représente près de la moitié des habitants de la planète tandis que leurs territoires cumulent 48,5 millions de km2, soit 36 % de la superficie du globe. Trois de ses membres – l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Iran – sont membres de l’OPEP, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. Deux, la Russie et l’Arabie saoudite, occupent au coude à coude, les deuxième et troisième places du classement des plus gros producteurs, derrière les États-Unis, tandis que la Chine, les Émirats, l’Iran et le Brésil, sont respectivement aux 6ème, 7ème, 8ème et 9ème rang. La Chine est le premier producteur d’or, la Russie arrive en 3ème position, l’Afrique du Sud, en 9ème, le Brésil en 13éme. La Chine est le plus gros producteur mondial de métaux rares stratégiques, loin devant les États-Unis et est l’acteur majeur dans la production de nombreux minerais. La Russie, le Brésil ou l’Afrique du Sud occupent une position dominante, chacun avec sa spécificité, les BRICS couvrant ainsi l’ensemble des besoins en minéraux. Outre l’Afrique-du-Sud, le continent africain particulièrement intéressé par la stratégie des BRICS, comme l’a montré le 15ème Sommet, regorge de ressources stratégiques variées, minéraux, combustibles fossiles, ressources halieutiques et énergies renouvelables. La République démocratique du Congo RDC, l’Afrique du Sud et le Nigeria occupent les premières places du classement africain ».

« L’entrée des nouveaux membres a, également, élargi la présence géographique des BRICS. Le continent latino-américain aura, désormais, deux représentants avec le Brésil et l’Argentine, couvrant ainsi plus de la moitié de la surface du sous-continent. Le monde arabe fait son entrée avec l’Arabie saoudite et les EAU ; l’Iran, entre Chine et Russie, soumis aux sanctions occidentales drastiques, ouvre les portes d’un immense territoire, l’Égypte, au 6ème rang en Afrique en terme de réserves pétrolières et au 3ème pour le gaz naturel, occupe une place géopolitique stratégique par rapport au Moyen-Orient et à l’Afrique, entre Orient et Occident ».

Afrique Asie ajoute : « L’intégration de ces six nouveaux membres dans les BRICS – qui dépasse maintenant le G7 en termes de PIB cumulé – et leur extension BRICS Plus, renforcera leur présence dans les grandes alliances régionales et bilatérales à travers les continents, comme le Mercosur, l’Union douanière d’Afrique australe, l’Eurasian Economic Union, la SAARC (Association sud-asiatique pour la coopération régionale) ou l’ASEAN Free-Trade Agreement ».

Ces évolutions géopolitiques chamboulent les alliances soumissions forgées historiquement par les impérialistes états-uniens et européens d’abord contre l’URSS et le camp socialiste qui regroupait les Démocraties populaires d’Europe de l’est plus la Chine, la Corée du nord, le Vietnam, le Laos et Cuba, puis qui a servi à prolonger et étendre leur hégémonie mondiale après la défaite du camp socialiste d’Europe. Elles préparent progressivement par le biais des échanges commerciaux en monnaies nationales la fin prochaine du monopole monétaire commercial du dollars et la future grande dépression de la dette du pays le plus endetté du monde les USA.

Les BRICS Plus incorporent des États à orientation socialiste comme la Chine, des Etats capitalistes ayant des niveaux différents de développement comme la Russie, l’Inde, le Brésil, l’Argentine, l’Iran, des États des pétro-dollars comme l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, des États relativement sous développés comme l’Égypte, l’Éthiopie.

Le coup de poker diplomatique chinois favorisant le retour à des relations diplomatiques entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, la montée en puissance diplomatique et militaire défensive de la Russie et les velléités de desserrer, voire de sortir de la dépendance vis à vis des USA et de l’Europe des autres pays prennent la forme du ralliement aux BRICS.

Plusieurs dizaines d’autres pays sont candidats pour rejoindre cette alternative aux institutions de Brettons Woods (FMI, Banque Mondiale, OMC) pour contraindre celles-ci à « se reformer et se démocratiser » d’abord, puis plus tard à lui donner l’estocade.

C’est le début de la fin de l’exclusivité qu’ont détenue les institutions de Brettons Woods comme sources de financements, d’investissement et d’emprunts. La nouvelle banque des BRICS vient prolonger la stratégie de « coopération gagnant gagnant » que la Chine populaire communiste a déjà mis en branle à travers les financements bilatéraux des infrastructures et « la nouvelle route de la soie ».

Le 15éme sommet des BRICS est donc une accélération à grande vitesse de l’avènement du monde multipolaire contre le monde unipolaire dominé par l’impérialisme Otano/US/UE.

Assommé dans un premier temps, il faut néanmoins s’attendre à ce que l’Occident impérialiste réagisse par une agressivité totalitaire redoublée tout en cherchant à diviser les États à régimes socio-économiques différents qui s’unissent pour mettre fin à leur hégémonie.

Rappelons que 10 ans après Bandung 1955, c’est au pays même, l’Indonésie, où s’était tenu la conférence fondatrice du Tiers Monde, que l’impérialisme et ses valets bourgeois et féodaux locaux avaient massacré ‪500.000‬ communistes annonçant ainsi que le « neutralisme tiers mondiste » n’était qu’apparent entre camp capitaliste et camp socialiste. L’opportunisme de droite titiste dans le mouvement communiste d’alors est venu conforter les bourgeoisies tiers-mondistes dans l’opposition au camp socialiste conformément aux injonctions des impérialistes US et européens dans le cadre de leur « guerre froide ».

Les luttes de libérations nationales armées d’alors allaient jusqu’à un certain point s’opposer à ce « neutralisme » en fondant à Cuba la Tricontinentale.

Gageons que cette fois l’échec des tentatives de division à partir des différences de système socio-économique et politique – socialisme, capitalisme d’État, capitalisme privé – résultera de la sous-estimation par les impérialistes occidentaux du besoin d’indépendance des bourgeoisies des pays capitalistes émergents.

D’autres problématiques sont sous-jacentes à la présence de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis dans les BRICS : que vont devenir les djihado-terroristes financés par eux et le Qatar, le Koweit et armés par les impérialistes US/UE ? Peuvent-ils jouer double jeu avec la Russie, la Chine, l’Inde ? Ces États, créations artificielles de la colonisation occidentale pour séparer les peuples et le pétrole et le gaz du monde arabo-musulman, ne sont-ils pas contraints d’arrêter d’alimenter en lien avec l’impérialisme occidental les fanatiques islamistes Ouïghours, Tchétchènes et Indiens ? Ne vont-ils pas cesser le double jeu qu’ils ont joué quand ils étaient alliés stratégiques de l’Occident impérialiste contre le communisme en Afghanistan puis contre les Etats laïcs irakien, libyen, syrien, malien, burkinabe, nigérien, nigérian, camerounais, etc ? Leur adhésion aux BRICS pose la question cruciale du sort même de la théorie et la stratégie impérialiste de la « guerre contre le terrorisme djihadiste » et des « chocs, des guerres des cultures, des religions, des civilisations » ?

Il suffit de poser ces questions pour se rendre compte de la portée stratégique de ces adhésions par rapport au dispositif déroulé jusqu’ici par les impérialistes US et UE pour continuer à dominer le monde.

Dans le texte intitulé « sortir des années 80/90 », nous écrivions en décembre 2006 : « Les résistances actuellement victorieuses sont parfois dirigées par les représentants politiques des classes féodales, aux contenus idéologiques moyenâgeux. Ce fait objectif est souvent instrumentalisé par l’impérialisme pour empêcher toute solidarité avec ces résistances nationales dans les pays faibles et dépendants. Les révolutionnaires prolétariens doivent toujours garder en vue que ces luttes, au delà de la nature idéologique et de classe de ceux qui les dirigent, participent objectivement à l’affaiblissement de l’impérialisme, du capitalisme et donc facilitent jusqu’à un certain point le changement du rapport des forces au bénéfice des forces révolutionnaires, patriotiques et de progrès. En ce sens, les résistances nationales mêmes dirigées par des bourgeoisies et/ou des féodalités nationalistes sont éminemment plus progressistes que les sociaux libéraux, les révisionnistes et autres renégats « modernes » qui capitulent devant l’impérialisme ».

C’est comme cela qu’il faut comprendre le ralliement des féodaux des monarchies des pétro-dollars et même l’Iran des Mollahs aux BRICS : affaiblir l’impérialisme hégémonique étape vers une phase ultérieure dans la longue marche des travailleurs et des peuples vers l’émancipation nationale et sociale.

Objectivement la montée en puissance du monde multilatéral contre le monde unilatéral prédateur montre, peu à peu, aux yeux des travailleurs et des peuples que « La crise du capitalisme et le consensus libéral à droite et à « gauche » de l’échiquier politique dans presque tous les pays en disent long sur les rapports ataviques presque symétriques et de compagnonnage entre social-démocratie, réformisme, populisme, démagogie poujadiste, national-social-fascisme. Les partis politiques représentants de la dictature de classe du capital qu’ils soient de droite, de « gauche » ou d’extrême droite n’ont plus rien à offrir aux citoyens électeurs que le libéralisme » (idem).

Les forces patriotiques et les révolutionnaires communistes africains ne doivent pas se laisser distraire par l’affolement hystérique de l’impérialisme et de ses laquais relais, y compris de « gauche », voire prétendument communistes, sur les soi-disant « alliances contre-nature » et « l’impérialisme » supposé de la Russie capitaliste ou/et de la Chine populaire socialiste.

Tout en comptant avant tout sur nos propres forces, en définissant notre propre orientation indépendantiste, le camp patriotique doit intégrer dans sa lutte pour libérer l’Afrique l’exigence d’un monde multipolaire fondé sur le principe selon lequel « les peuples sont libres et égaux en droit et en dignité » dont la condition est la souveraineté nationale des peuples, des nations et des États.

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