31 juillet 2025 / Canadian Dimension | Photo : Sous Mark Carney, le gouvernement libéral du Canada est devenu l’instrument docile du pouvoir des grandes entreprises, ressuscitant la gouvernance en coulisses du Business Council et marginalisant la démocratie au passage. Photo : Mark Carney/Facebook)
La plupart des Canadien-nes n’ont aucune idée de ce qu’est le Business Council of Canada ni de qui il représente. Mais à Ottawa, l’organisation et ses lobbyistes sont reconnus comme des acteurs de poids, bénéficiant de plus d’influence et d’accès que jamais. Le PDG du Business Council, Goldy Hyder, a obtenu une rencontre en face à face avec le premier ministre Mark Carney quelques jours à peine après son élection et depuis, les lobbyistes du groupe sont en contact constant avec Carney et ses plus hauts responsables.
Par l’intermédiaire du Business Council, le Canada des grandes entreprises a formulé son cahier de doléances sans détour : accélérer l’extraction des ressources, réduire les impôts pour les géants du numérique et les riches, démanteler les services publics et injecter des fonds massifs dans l’industrie de l’armement.
Peut-être plus controversé encore : après une élection présentée comme un bras de fer face aux États-Unis, le Business Council a poussé en faveur d’un rapprochement avec le régime Trump — malgré les preuves accablantes de son caractère erratique et peu fiable.
Sur tous les dossiers majeurs, Carney a livré. Son gouvernement libéral s’est rapidement aligné sur les priorités du Council, laissant de nombreux partisans libéraux désorientés. Pourtant, à bien des égards, cela marque un retour à la normale dans l’alliance de longue date entre la classe politique canadienne et son élite corporative.
L’élection de Carney a déclenché une sorte de renaissance pour le Business Council, qui s’était senti marginalisé ces dernières années. Jadis force dominante dans la définition des politiques économiques des années 1980 et 1990, le Council — connu un temps sous le nom de Conseil canadien des chefs d’entreprise — avait vu son influence décliner sous le gouvernement Trudeau.
Aujourd’hui, avec Carney à la barre, Ottawa a connu ce que Politico décrit comme un profond « changement d’ambiance ». Finies les excuses larmoyantes et les consultations interminables de Trudeau. À la place, les libéraux de Carney, de concert avec les conservateurs, ont fait passer à toute vitesse des projets de loi controversés comme C-2 (Loi sur des frontières solides) et C-5 (Loi sur la construction du Canada), tout en réorientant rapidement les priorités fédérales vers les intérêts corporatifs et l’expansion militaire.
Ottawa : ouverte aux affaires
Alors que les Premières Nations, les groupes environnementaux et les défenseur-euses des droits des migrant-es sont exclu-es des lieux de pouvoir, les dirigeant-es d’entreprise profitent d’une politique de la porte ouverte, rencontrant régulièrement les principaux et principales ministres et conseillers-ères de Carney. Comme le rapporte Politico, « les pontes du monde des affaires veulent entrer — et obtiennent du temps face à face » alors que Carney pousse ses ambitieux projets « de construction nationale » prêts à l’emploi.
Aucun groupe n’a plus profité de cet accès que le Business Council of Canada. Selon Taylor-Vaisey et Djuric, Goldy Hyder affirme que le groupe peine à répondre à l’avalanche d’invitations de la part du nouveau gouvernement Carney, qui s’est montré « très ouvert… à tous les niveaux ».
Ces démarches portent leurs fruits. En quelques mois à peine, le gouvernement libéral de Carney a rayé un à un les points de la liste de souhaits du lobby patronal : suppression de la taxe carbone (que le Business Council soutenait autrefois comme un prix à payer pour obtenir des pipelines) et de la hausse de l’impôt sur les gains en capital ; accélération des projets d’extraction de ressources et affaiblissement des droits autochtones ainsi que des réglementations environnementales ; expansion massive des dépenses militaires, tout en annonçant les coupes budgétaires les plus profondes d’une génération.
Le Business Council n’est pas un lobby ordinaire. Il représente les PDG de plus de 170 des plus grandes entreprises du Canada, et son conseil d’administration réunit certain-es des dirigeant-es les plus puissant-es du pays. Le milliardaire de l’alimentation Galen Weston, incarnation de l’avidité corporative au Canada, y siège, aux côtés de PDG de compagnies pipelinières (TC Energy, Keyera), de grandes banques (CIBC, Banque Nationale) et d’autres institutions financières majeures (Blackrock, Power Corporation), y compris Brookfield Asset Management, où Carney était vice-président jusqu’à l’an dernier.
Le Business Council a depuis longtemps défendu un programme d’extractivisme, de déréglementation et d’austérité, programme que les gouvernements canadiens successifs ont progressivement fait leur. « Si vous voulez savoir ce que le gouvernement fédéral prépare pour demain, écrit le journaliste Donald Gutstein dans son livre The Big Stall, il suffit de regarder ce que [le Business Council of Canada] réclame aujourd’hui. »
Les coudes baissés
Alors, que réclament aujourd’hui le Business Council of Canada et son omniprésent PDG ? L’item numéro un de leur agenda est que le gouvernement fédéral adopte une politique de rapprochement avec le président américain Donald Trump. Selon le Globe and Mail, le puissant lobby corporatif a « poussé agressivement le gouvernement Carney en coulisses » sur la bonne approche à adopter vis-à-vis de Trump. La campagne de pression a commencé presque aussitôt après la réélection de Carney et des libéraux.
Lorsque Carney s’est rendu à Washington pour sa première rencontre avec Trump, Hyder était sur place pour le voir (« une coïncidence, mais aussi une occasion fortuite », selon ses mots). Alors que Carney affirmait poliment mais fermement à Trump et aux médias que le Canada « n’était pas à vendre », les PDG représenté-es par Hyder ont clairement estimé que l’époque des « coudes levés » était terminée. « Nous devons nous rappeler que, sous certains aspects, nous voulons effectivement être davantage intégrés aux États-Unis », a écrit Hyder en revenant de sa visite.
Hyder avait rencontré des responsables de l’administration Trump, dont le secrétaire au Trésor Scott Bessent, et a fait rapport au premier ministre sur ce qu’il faudrait pour « réaffirmer » la relation économique du Canada avec l’Amérique de Trump :
« On nous a beaucoup parlé à la fois de sécurité nationale et de sécurité économique. L’expression Forteresse Amérique du Nord a été répétée de nombreuses fois par plusieurs responsables. On nous a parlé de l’importance de l’Arctique et de la nécessité d’un “dôme doré” pour protéger nos deux pays. Et on nous a parlé de l’importance des ressources naturelles du Canada. Dans chacun de ces domaines, il existe beaucoup de terrains d’entente et de partenariats à développer. »
Dans un pays supposément démocratique comme le Canada, on pourrait croire naïvement que la construction d’une Forteresse Amérique du Nord serait politiquement inacceptable — surtout après une élection polarisante centrée sur l’opposition à Trump. Les sondages montrent de façon constante qu’une écrasante majorité de Canadiens rejette toute concession et favorise une ligne dure face aux États-Unis, se disant prête à assumer le coût de la résistance. Peu de Canadiens souhaitent rejoindre le projet de défense antimissile Golden Dome. Et rares sont ceux et celles qui accepteraient que l’eau, les minéraux critiques ou d’autres ressources naturelles servent de monnaie d’échange dans l’espoir (de plus en plus vain) que Trump renonce à ses tarifs.
Pour les PDG du Canada, cependant, il ne s’agit que d’un problème de communication à gérer. Équilibrer les attentes des Canadien-nes — qui pensaient que le gouvernement Carney prendrait ses distances avec une intégration accrue aux États-Unis — tout en se rapprochant dans les faits de l’Amérique de Trump est « un exercice d’équilibrisme » nécessaire, selon Hyder.
Lier toujours plus le Canada aux États-Unis
Faire en sorte que le Canada se lie toujours plus étroitement aux États-Unis est au cœur de la raison d’être du Business Council. Fondé en 1976 sous le nom de Business Council on National Issues, le groupe de pression a mené la charge pour un accord commercial avec les États-Unis dans les années 1980, a soutenu des ententes similaires verrouillant les politiques pro-entreprises comme l’ALÉNA, l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI) et la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) dans les années 1990, et a exigé dans les années 2000 une intégration économique plus profonde, des liens militaires plus étroits et des politiques d’immigration harmonisées avec les États-Unis au moment où ceux-ci menaient une série de guerres désastreuses au Moyen-Orient.
En fin de compte, être en décalage avec l’opinion publique ne gêne en rien le Council. Celui-ci « se fiche de ce que pense le public, car son audience est le gouvernement »,expliquait Gutstein au National Observer en 2020. « Ils ciblent le premier ministre. Les premiers ministres provinciaux. Les hauts fonctionnaires. »
Hyder et le Business Council ont en effet su cibler Carney et ses principaux et principales conseiller-ères avec efficacité. La rencontre « fortuite » du 6 mai à Washington entre Carney et Hyder n’a pas été un coup isolé. Depuis l’élection de Carney, le Business Council a fait pression sur des responsables gouvernementaux à 22 reprises. La plupart de ces rencontres ont eu lieu avec le chef de cabinet du premier ministre et ses principaux et principales conseiller-ères, ou avec la ministre des Affaires étrangères Anita Anand et l’ambassadrice du Canada aux États-Unis Kristen Hillman — les personnes clés dans la définition de la stratégie de Carney vis-à-vis de Trump. D’après le registre des lobbyistes, ces démarches ont porté massivement sur les relations canado-américaines et la renégociation imminente de l’Accord Canada–É.-U.–Mexique (ACEUM).
Carney cède, nous en payons le prix
Les principaux conseiller-ères de Carney semblent avoir été particulièrement réceptifs à l’influence du Conseil canadien des affaires. Bien que le premier ministre ait fait campagne sur la réduction de la dépendance du Canada envers les États-Unis, son gouvernement a gardé secrètes les premières négociations avec le régime Trump après l’élection du 28 avril. Dès juin, des rapports ont commencé à circuler sur un passage rapide de la défiance à l’accommodement.
Malgré les attaques répétées de Trump, qualifiant le Canada de « 51e État », et ses lourds tarifs sur l’acier, l’automobile et l’aluminium canadiens, le Canada a assoupli ses mesures de représailles. Carney, pour sa part, s’est efforcé de bâtir une relation plus étroite avec Trump. Lors de pourparlers en coulisses sur un projet « d’accord global de commerce et de sécurité », il a multiplié concession sur concession face aux exigences erratiques et changeantes du président américain.
Le revirement de Carney laisse perplexes de nombreux analystes. « Rien dans la stratégie américaine de M. Carney, en particulier sa quête d’un accord “global” de commerce et de sécurité, n’a le moindre sens », écrivait Blayne Haggart dans le Globe and Mail du 9 juillet, après l’abrogation par Carney de la taxe sur les services numériques — un cadeau de 7 milliards de dollarsaux géants technologiques américains comme Google et Meta :
« L’abandon de la TSN, qui annulait une loi votée au Parlement, n’a rien rapporté au Canada. En échange de cette abdication si servile de notre souveraineté, M. Carney a obtenu la promesse d’un menteur en série de poursuivre les négociations sur un accord qui, n’étant pas un traité, dépendra entièrement des caprices de l’autocrate de la Maison-Blanche…
La recherche même d’un tel traité pose le même problème. Vu le caractère éphémère de tout accord potentiel, pourquoi pense-t-il qu’un accord global est possible, même sans tout céder d’avance ? »
Cette confusion se dissipe pourtant si l’on comprend que chacune de ces concessions à Trump — de l’abolition de la taxe numérique à l’affaiblissement des réglementations environnementales pour les industries extractives, en passant par l’augmentation massive des dépenses militaires — constitue aussi une concession à l’agenda corporatif du Conseil canadien des affaires et de ses membres, qui réclament précisément ces changements depuis des années (et, sans surprise, les directeurs générauxde Google et de Meta sont membres du Conseil).
Hyder, le Conseil et la classe dirigeante des affaires dans son ensemble adoptent une stratégie « pile je gagne, face tu perds » dans leurs négociations avec Trump. Si un accord de commerce et de sécurité est conclu, les concessions à Trump seront présentées comme le prix nécessaire à payer pour faire lever les tarifs — en passant sous silence le levier considérable que le Canada pourrait exercer contre les États-Unis s’il le voulait.
Si l’accord échoue, ces mêmes politiques pourront immédiatement être rebrandées comme des « mesures fermes » pour tenir tête à Trump et rebâtir notre souveraineté économique. Dans les deux cas, ce sont les travailleur-euses, les migrant-es, les Premières Nations et l’environnement qui en paient le coût. À cet égard, Carney s’avère un vendeur idéal de l’agenda corporatif.
La stratégie du Conseil canadien des affaires pourrait toutefois exploser au visage de Carney. Le chef libéral bénéficie encore d’une lune de miel politique, mais son agenda radicalisé en faveur des grandes entreprises suscite rapidement de l’opposition.
Les Premières Nations, les groupes de défense des droits des migrant-es, les défenseur-euses des droits civiques et les organisations environnementales commencent déjà à exprimer leur frustration d’être exclu-es des cercles du pouvoir, dénonçant les initiatives de Carney comme dangereusement antidémocratiques — voire ouvertement trumpistes. Un chef autochtone a décritle récent sommet des Premières Nations sur le projet de loi C-5, convoqué à la hâte après son adoption, comme une « séance de subjugation — pas de consultation ».
Les travailleur-euses du secteur public, les défenseur-euses des services publics, ainsi que les groupes de solidarité avec la Palestine et les mouvements anti-guerre risquent de se joindre bientôt à elleux, en posant la question suivante : pourquoi y a-t-il tant d’argent pour les joujoux militaires fabriqués et contrôlés aux États-Unis comme le F-35 ou le grotesque Golden Dome de Trump, mais si peu pour la santé et l’éducation ?
Le président Trump, flairant la désespérance, a multiplié ses exigences envers le Canada. Les espoirs de suppression totale des tarifs s’amenuisent, tandis que les responsables de l’administration Trump réclament des concessions allant de la gestion de l’offre laitière à la relance de l’oléoduc Keystone XL en passant par l’abolition des lois linguistiques du Québec.
Mais si Carney doit s’inquiéter des contrecoups politiques, ce n’est pas le problème du Conseil canadien des affaires.
Un « gouvernement parallèle »
À bien des égards, il s’agit d’un retour aux sources pour ce puissant groupe de pression. Durant les années 1980 et 1990, les premiers ministres sollicitaient régulièrement les avis et l’approbation du Conseil canadien des affaires sur les budgets, et les innombrables groupes de travail et comités sectoriels de ce lobby d’affaires œuvraient en coulisses pour transformer les rêves politiques du 1 % en réalité législative — souvent avec grand succès. Sans surprise, l’hystérie autour des déficits, les baisses d’impôt aux entreprises et une austérité écrasante étaient alors à l’ordre du jour.
À son apogée, le Conseil ne se contentait pas d’influencer la législation : il la rédigeait souvent. Ce fut notamment le cas de la Loi sur la concurrence, profondément défaillante, qui a permis aux monopoles corporatifs de prospérer sans grand contrôle. Durant cette période, le Conseil fonctionnait comme un véritable « gouvernement parallèle », son PDG de l’époque, Thomas d’Aquino, faisant office de « premier ministre de facto », comme le constatait le regretté Murray Dobbin dans un portrait publié en 2007.
Sous Stephen Harper, toutefois, l’influence du Conseil à Ottawa a commencé à décliner. Le chroniqueur conservateur Terrence Corcoran le décrivait alors comme « un leader beaucoup plus timide en matière de politique qu’il ne l’avait été sous d’Aquino ». Mais ce relatif effacement traduisait moins un recul qu’un reflet de ses succès antérieurs : les premiers ministres Jean Chrétien et Paul Martin avaient déjà livré l’essentiel du programme économique de Bay Street, ne laissant que peu de choses à ajouter pour Harper.
De plus, John Manley, avocat d’affaires de Bay Street et ministre de l’Industrie sous Paul Martin, incarnait précisément ces « élites laurentiennes » que les néoconservateurs de l’Ouest comme Harper adoraient détester. Harper était davantage à l’écoute d’un cercle restreint — et idéologiquement plus rigide — d’élites économiques et de think tanks, dont plusieurs issus du secteur pétrolier albertain.
Les frustrations du Conseil ont persisté sous Justin Trudeau, surtout dans ses gouvernements minoritaires après 2019. Si Trudeau s’est montré remarquablement conciliant durant la pandémie — offrant au Canada corporatif des renflouements massifs sans conditions réelles —, l’accord de mars 2022 avec le NPD a été jugé inacceptable par le Conseil.
Le vice-président principal du Conseil, Robert Asselin, a dénoncé l’entente comme preuve que Trudeau se concentrait « de plus en plus sur sa survie plutôt que sur une gouvernance de principe ». En mettant de l’avant l’assurance-médicaments, les soins dentaires et une loi anti-briseurs de grève malgré l’opposition des milieux d’affaires, le gouvernement Trudeau avait « signalé un virage marqué à gauche » et « outrepassé son rôle ». Des priorités clés des entreprises — comme le financement de l’armée, la baisse des impôts et l’expansion des infrastructures fossiles — étaient négligées.
Lorsque Trudeau a démissionné, Hyder a déploré que « la relation entre le gouvernement fédéral et le secteur privé ait souvent été conflictuelle ». Mais le Conseil n’était pas pour autant impuissant durant ces années. Comme l’a documenté Gutstein, le lobby des PDG a exercé une influence décisive sur le « grand compromis » climatique de Trudeau, qui associait tarification carbone et construction de pipelines.
La pression du Conseil et d’autres groupes de lobbying patronal poussait déjà les libéraux vers la droite, même avant la démission de Justin Trudeau. Mais avec l’arrivée providentielle à la tête du gouvernement d’un ancien banquier central et ex-Goldman Sachs, la réconciliation avec le Canada corporatif a atteint un nouveau sommet.
Nikolas Barry-Shaw est responsable de campagne sur le commerce et la privatisation au sein du Conseil des Canadiens.
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