Édition du 11 mai 2021

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Politique canadienne

La réponse fédérale à Fukushima n’est pas satisfaisante, affirment les environnementalistes

Trois-Rivières, le 8 mai 2012

Selon les membres du Mouvement Vert Mauricie et du Mouvement Sortons le Québec du nucléaire, au moment de prendre sa décision sur le déclassement ou la réfection de la centrale nucléaire de Gentilly 2 le Premier ministre Jean Charest devra prioriser la sécurité des québécois et des québécoises sur toutes autres considérations.

Cela exigera du Premier ministre qu’il n’accorde pas au rapport post-Fukushima de la Commission canadienne de Sûreté nucléaire le crédit que certains promoteurs de la filière nucléaire au Québec aimeraient lui attribuer. Parmi les intéressés, on peut entre autres citer la firme d’ingénierie SNC
Lavalin qui s’est récemment portée acquéreur de l’agence fédérale Énergie Atomique Canada Limitée.

Pour Shawn-Patrick Stensil, analyste nucléaire chez Greenpeace ayant participé à l’audience publique de la CCSN tenue le 3 mai dernier : « Si le Premier ministre Charest a comme priorité d’assurer la sécurité de ses citoyens et citoyennes il devra reconnaître le fait que l’expérience
démontre qu’une fois tous les dix ans un accident nucléaire survient quelque part dans le monde. »

Monsieur Stensil est d’avis qu’une analyse objective indépendante des institutions faisant la promotion du nucléaire permettrait au Premier ministre québécois de réaliser que la cause première de ces accidents aura été l’échec des institutions réglementaires à assurer la sécurité sans failles des réacteurs nucléaires. Ajoutons à cela l’influence politique indue des promoteurs de l’industrie nucléaire sur les agences gouvernementales et les politiciens et la catastrophe nucléaire devient possible. « Voilà les grandes conclusions à retenir des expériences de Fukushima, Tchernobyl et d’autres accidents » de préciser Monsieur Stensil.

Selon les représentants des organismes, il est possible, à la lumière des faits, de porter un jugement similaire en ce qui concerne les faiblesses observées dans l’administration du secteur nucléaire canadien. Pour illustrer cette affirmation les environnementalistes rappellent les affirmations de l’ex-présidente de la CCSN Linda Keen qui cible la firme d’ingénierie SNC Lavalin
comme ayant été le principal facteur ayant causé sa démotion par le gouvernement Harper lorsqu’elle a exprimé sa volonté de faire respecter les normes convenues de sûreté nucléaire modernes.

Ce fait est important à noter pour les québécois surtout depuis que l’on sait que SNC Lavalin est la compagnie qui souhaite procéder à la réfection de Gentilly 2. Selon Michel Fugère du Mouvement Vert Mauricie, la démotion de Madame Keen et la vente d’ÉACL à SNC Lavalin sont révélatrices de ce que le gouvernement Harper accorde plus d’importance à la santé financière de SNC Lavalin qu’à la sûreté nucléaire. « À Fukushima également la compagnie privée TEPCO exerçait un pouvoir indu sur les agences de sûreté nucléaire et sur le gouvernement et cela à été une cause majeure de la catastrophe nucléaire ainsi que de la gestion de crise inappropriée qui s’en suivit. » de dire Monsieur Fugère. Il recommande également au Premier ministre Charest de ne pas faire confiance à la CCSN et d’annoncer rapidement la fermeture et le déclassement de Gentilly 2.

Il est publiquement reconnu que le Premier ministre du Québec attend les recommandations d’Hydro-Québec sur le rapport coût-efficacité qu’entraînerait la réfection de leur réacteur nucléaire ainsi qu’un rapport de la CCSN sur la sécurité des réacteurs canadiens dans l’ère post-Fukushima,
avant de décider de l’avenir de Gentilly-2. La CCSN a tenu cette audience publique sur Fukushima le 3 mai dernier à Ottawa.

Selon Michel Duguay porte parole du MSQN ayant également participé à cette audience « Quoique la CCSN commence à reconnaître que des accidents graves sont possibles aux installations nucléaires canadiennes, nous sommes d’avis que les mesures physiques et administratives qu’elle préconise dans son rapport post-Fukushima ne pourront pas atténuer suffisamment les conséquences d’un accident nucléaire grave sur la population et l’environnement. »

« Ultimement c’est à Jean Charest qu’incombera la responsabilité de protéger les québécois et québécoises contre les risques démesurés du nucléaire, » a déclaré Monsieur Duguay. Mais il tient à rappeler cette recommandation du BAPE qui en mars 2005 affirmait :

« La commission est d’avis que le sort de la centrale de Gentilly-2, au-delà du strict choix énergétique, constitue un choix de société et devrait reposer sur des valeurs prioritaires en matière de développement durable, dont le but ultime est l’amélioration de la qualité de vie de chacun. » BAPE Rapport d’enquête et d’audience publique. Projet de modification des installations de stockage des déchets radioactifs et réfection de Gentilly-2 Mars 2005, p. 89.

D’une seule voix, les environnementalistes affirment que si le Premier ministre Jean Charest a vraiment l’intention d’assurer la sécurité des québécois et québécoises contre les risques inhérents au nucléaire il doit n’accorder aucune crédibilité au rapport post-Fukushima de la CCSN.

Greenpeace était de passage à Trois-Rivières du 7 au 9 mai pour présenter : De Tchernobyl à Fukushima : L’exposition photo. Il poursuivra sa route à Sherbrooke du 11 au 13 mai.

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