Édition du 25 février 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Éducation

Les 18 et 19 mars à Québec, on manifeste contre la hausse et pour le droit à l'Éducation.

Dimanche le 18 mars, près de mille personnes sont descendus dans les rues de Québec pour dénoncer la hausse des frais de scolarité. La manifestation véritablement familiale, qui regroupait parents et enfants autour des étudiantes et étudiants du Québec. La manifestation portait le souffle d’une dénonciation bien sentie d’un projet de hausse qui s’attaque à l’éducation au Québec au nom d’une conception néolibérale de cette dernière.

Le lendemain, le 19 mars, près de deux cents personnes à Québec se réunissaient dans une marche funèbre symbolique pour dénoncer le coup mortel que veut porter le gouvernement Charest à l’accessibilité aux études supérieures. Une autre initiative des Profs contre la hausse.

Nous publions ci-dessous le texte distribué aux participantes et participants lors de ce dernier événement.

Nous sommes en deuil et déplorons la mort de l’accessibilité à l’éducation supérieure !

Nous accusons le gouvernement québécois de vouloir endetter inutilement les étudiant-e-s des universités : 1625 $ de hausse d’ici 2017 (près de 75 % d’augmentation) ne réglera pas le problème de mauvaise répartition des ressources dans les universités.

Cette augmentation fournira 265 millions de dollars de plus aux universités, qui recevront, 850 millions de dollars d’ici 2016-2017

850 MS données
aux universités
d'ici 2016-2017
Droits de scolarité Universités
(recherches et
activités auxiliaires
Entreprises et
particuliers
265 M$ 101 M$ 54M$
31.18% 11,88% 6,35%

À quoi ces sommes servirons-elles ?
Seulement 50 à 60% de ces sommes seront dédiées à l’enseignement et aux services étudiants

Répartition
de ces
850 M$
Enseignement et services
aux étudiants
Recherche
(surtout
celles
valorisées
par le
privé)
Publicité et recrutement de
professeur-e-s vedettes
(positionnement sur les scènes
nationales et internationales)
Dépenses de gestion et
'gouvernance'
(salaires des
administrateurs et
membres de conseils
d'administration
50 à 60% 15 à 25% 10 à 20% 5 à 15%

Équité et ambitions ?

Considérant que seulement 50 à 60 % de la somme de la hausse imposée aux étudiants sera réinvestie dans l’enseignement et que 40 à 50 % de cette même somme servira aux universités elles-mêmes en tant qu’industries (relations publiques, liens avec le privé, salaires plus que généreux aux administrateurs) et non à l’amélioration de l’enseignement, qui est un des rôles premiers de ces institutions, nous sommes en droit de nous demander à qui profitera le plus ce « plan de financement des universités équitable et équilibré. Pour donner au Québec le moyen de ses ambitions » ? Équitable et équilibré pour qui ? Les industries, les administrateurs, sans oublier les institutions bancaires qui consentent les prêts étudiants ? Et quelles sont nos ambitions comme société ? Une élite instruite qui domine une majorité ? Un accès très limité à l’éducation supérieure’ ?

La hausse des droits de scolarité n’est pas une fatalité mais un choix de société. S’il fallait à un-e étudiant-e, en 1978, 4 semaines de travail à temps plein (40 h) au salaire minimum (3.37 $Ih). pour payer ses droits de scolarité : en 2012, il en faut 6.7 semaines (40 h) au salaire minimum (9.65 $Ih) et en 2015, il faudra 8.8 semaines (40 h), en postulant un salaire minimum de 12 $/h. Les étudiants doivent faire leur juste part ... C’est ce qu’ils font en revendiquant pour obtenir une société plus juste et équitable, en refusant cette hausse qui n’arrêtera pas la dérive des universités vers la marchandisation et la commercialisation du savoir. En tant que professeur-e-s, nous faisons nous aussi notre juste part en soutenant le mouvement étudiant. [1]

L’éducation supérieure n’est pas un bien de consommation ou un service ... C’est un DROIT ! (Article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme)

Une hausse des droits de 1000 $ entraîne une baisse de 19 % de la proportion des étudiantes et des étudiants moins nantis susceptibles de terminer leurs études, (Journal of Higher Education). [2]

Au Québec, la proportion d’étudiantes et d’étudiants en provenance de régions éloignées ou de quartiers pauvres, ou moyennement pauvres, est de 22 % plus élevée qu’ailleurs au Canada.

La hausse des droits de scolarité (1625 $ de plus par année d’ici 2017, soit une augmentation de 325 $ par année pendant 5 ans, près de 75% d’augmentation) réduira cette accessibilité.

Le gouvernement québécois ne tient pas compte des études de son propre Ministère

Abolition des droits de scolarité Hausse rapide et importante des droits
hausse de 8% des inscriptions Baisse de 10% des inscriptions

La hausse des droits de scolarité n’est pas une fatalité mais un choix de société !
Pensons autrement : impôts progressifs (à 10 paliers) et, pourquoi pas, gratuité scolaire pour une société équitable et équilibrée où tous font leur juste part !


[1Sources : Éric Martin et Maxime Ouellet, Université lnc .. Lux Éditeur, 2011. Éric Martin et Simon Tremblay-Pépin, Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité ?, IRIS, 2011. Gouvernement du Québec, « Un plan de financement des universités équitable et équilibré. Pour donner au Québec le moyen de ses ambitions » ; Budget 2011-20/2, mars 2011.

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