Édition du 12 novembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Les États-Unis de Donald Trump

Lawrence Davidson, CounterPunch.org,
17 août 2015,
Traduction, Alexandra Cyr

Se faire une idée de Donald Trump n’a rien de difficile. Il s’amuse ! Ce que nous avons pu voir jusqu’à maintenant, c’est un multimillionnaire mégalomaniaque et narcissique qui s’amuse. La démonstration est faite. Il s’est taillé une place sur la scène nationale et se promène en disant tout ce qui lui plait même les propos les plus évidemment détestables ou odieux. Si les réactions sont positives il parle encore plus fort. Si elles sont négatives il se met à intimider ce qu’il trouve aussi amusant. Si son association avec Fox « News » ne va pas comme il le veut, peut-être bien qu’il créera son propre réseau. Si le Parti républicain le rejette avec mépris il créera surement son propre parti politique. Il peut assumer cela financièrement et encore une fois, tout ça est très amusant pour lui. En passant, pendant qu’il trouve tout cela bien amusant, plusieurs d’entre nous n’en pensent pas autant. Est-ce que sa capacité à continuer de s’amuser de la sorte d’ici la fin de la campagne le changera en un dangereux démagogue ?

S’il est plutôt facile d’expliquer le personnage Trump c’est une toute autre histoire quand vient le temps de comprendre les millions de gens qui l’applaudissent. Car ils sont des millions. Environ 219 millions de personnes ont le droit de vote mais seules 146 millions sont effectivement enregistrées et 29% d’entre elles sont inscrites en tant que Républicains-es. Cela donne finalement environ 42 millions de personnes. Selon un sondage de CBS le 4 août dernier, M. Trump reçoit l’approbation de 24% de ces gens, c’est-à-dire environ 10 millions d’entre elles. On peut penser que c’est le nombre le plus faible compte tenu que seules les personnes inscrites à titre de Républicain-e ont été comptées ; on n’a pas tenu compte des indépendants-es.

Bien des idées circulent sur les raisons qui expliquent ces ralliements. Voici une série de raisons typiques qu’on entend :

« Ces électeurs-trices républicains-es veulent un homme d’affaire croyant qu’à cause de cela, il pourra déclencher une vigoureuse renaissance économique ». À cela s’ajoute l’idée qu’un riche homme d’affaire doit savoir comment créer des emplois. Bien sûr tout cela n’est qu’illusion. La plupart des gens d’affaire agissent dans des univers économiques bien limités et en savent peu à propos de l’économie générale. Plusieurs d’entre eux ne sont pas devenus riches en créant des emplois mais plutôt en en éliminant grâce aux fusions et en rationalisant les opérations.

« Trump ne fait parti du cercle gouvernemental de Washington ; il n’a jamais travaillé là, il n’est pas marqué par la vie politique ». Déclaration sujette à questionnement. Le gouvernement est un système bureaucratique avec des règles bien établies. L’idée que M. Trump pourrait s’introduire dans un tel système et y faire la révolution sans créer le chaos, est une simple fantaisie.

« C’est un batailleur et les gens aiment les batailleurs. Il dit les choses telles qu’elles sont, il n’est pas politiquement correct ». La plupart des gens disent en avoir assez du « politiquement correct ». Autrement dit, on parle ici des franges de la population qui n’aiment pas les minorités qui demandent à être respectées, qui n’aiment pas les féministes qui militent pour les droits des femmes, qui n’aiment pas les immigrants-es et l’idée que les gouvernements devraient les traiter comme des êtres humains. D. Trump est devenu leur héro ; il exprime leurs conceptions qu.ils et elles tiennent pour la pure vérité. Pour ces gens tous les discours « politiquement corrects » sont des attaques contre les États-Unis et leurs valeurs traditionnelles.

On pourrait presque rire de ces commentaires. Tous ces partisans-es de D. Trump oublient que leurs ancêtres étaient des immigrants-es, pas tous et toutes en règle avec la loi et que des femmes ont été leurs mères. Toute cette population a dû, dans le passé, faire face aux préjugés des gens de leur époque avant d’être acceptés-es comme citoyens-nes. Ces supporters ne sont pas tous et toutes à l’aise avec ces opinions.

Jamais contents-es…

Ces opinions et réactions ne sont que les émanations d’un phénomène de foule qui a des racines significatives et profondes dans l’histoire. Les éternels-es mécontents-es, frustrés-es qui trainent du ressentiment, existent dans toutes les sociétés. Leur nombre fluctue selon les conditions économiques et sociales mais ne tombe jamais à zéro.

  • Aux États-Unis, les statistiques montrent que ces personnes semblent se sentir plus à l’aise dans la droite ultra conservatrice. Elles y partagent la haine du « gros » gouvernement et les ressentiments envers toutes les taxes et impôts. Tout cela baigne dans le chauvinisme et la conviction que le pays a une vocation particulière dans le monde, soit l’exceptionnalisme. Récemment, cette minorité a presque réussi à s’organiser dans le mouvement appelé Tea Party.

En octobre 2014, un sondage Gallup avançait que 11% de la population en âge de voter étaient d’ardents-es partisans-es du Tea Party. Si nous utilisons les chiffres déjà mentionnés ici, nous arrivons au compte de 24 millions d’Américains-es. Ce nombre recoupe surement les 10 millions de supporters de Donald Trump. Cela signifie que dans sa poursuite narcissique de reconnaissance, D. Trump s’est rallié une partie de la population qui inclut les éternels-les mécontents-es. Il peut les regrouper dans un mouvement plus important peut-être jusqu’à 20 à 25% de la population. Mais il ne pourra jamais satisfaire la partie la plus négative. Autrement dit, il joue avec le feu. À un moment donné, il va se réveiller avec un monstre qu’il va devoir encadrer. Alors, il devra décider entre continuer pour le seul plaisir ou s’il veut poursuivre sérieusement dans la démagogie.

La population américaine n’est pas immunisée contre la démagogie. Ainsi, Fox « News » qui diffuse 24 heures par jour et 7 jours par semaine a fait une partie de sa fortune en ouvrant ses ondes à des démagogues. Bill O’Reilly est sans doute le plus connu. Et ils ont eu des prédécesseurs particulièrement durant la Grande dépression des années trente. Le Père C. Coughlin, un prêtre catholique de Détroit a fini par endosser les idées fascistes. Il avait des dizaines de millions d’auditeurs-trices sur les ondes de sa radio. Et il y en a eut d’autres (…).

Donald Trump est surement équipé pour joindre cette longue liste de démagogues. Il tient un discours qui suppose des capacités, il n’a aucun problème à s’éloigner des faits ou à les déformer, il est à l’aise dans les foules et, de les fréquenter lui donne de l’énergie. Il semble bien qu’il trouve tout ça amusant. Pour nous tous et toutes, ce n’est qu’un aspect de plus de la vie en ces temps intéressants.

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