Édition du 24 novembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Éditorial

Les élections fédérales et après

Le bilan du gouvernement conservateur n’est plus à faire et nous ne sommes pas ici aujourd’hui à essayer de démontrer pourquoi il faut défaire Harper. La question qui se pose et que nous avons tenté de démontrer dans nos pages est que si chasser Harper est important cela ne sera pas suffisant en soi pour apporter des gains durables au mouvement ouvrier et populaire du Canada et du Québec

Conservateurs et Libéraux

Les Conservateurs ont réussi à gagner le pouvoir suite à la crise politique du Parti libéral causée par le scandale des commandites, mais également par la crise provoquée dans ce parti par son rôle face aux aspirations nationales du Québec (référendum volé, loi sur la clarté). Cette crise l’a conduit à la perte de son hégémonie sur le Québec. La trahison des promesses de Pierre Elliott Trudeau lors du référendum de 1980 et la diminution en 1982 des pouvoirs linguistiques du seul gouvernement contrôlé par une majorité francophone au pays ont marqué ce parti qui n’a jamais depuis été capable d’obtenir à nouveau le suffrage d’une majorité de francophones québécois. Ce parti avait aussi dressé la table à plusieurs égards pour Harper avec les législations qui ont permis des coupes successives au régime d’assurance-emploi, ainsi qu’avec son appui à la libéralisation des marchés au travers des traités de libre-échange et aux accords commerciaux internationaux. Il avait également pavé la voie à la privatisation du service postal en adoptant des réglementations qui forçaient Postes Canada à suivre les règles administratives d’une entreprise privée, comme le paiement d’impôt et de redevances sans compter le versement du surplus de la caisse de retraite dans les coffres du gouvernement à la fin des années 1990 sous le gouvernement de Paul Martin. Il avait également commencé à entraîner le Canada dans les interventions militaires du gouvernement américain (guerre en Afghanistan)

Quelle alternative pour la classe ouvrière et populaire

S’il y a un consensus qui semble se dégager depuis 2011 au Québec, c’est qu’il faut se débarrasser d’Harper et de ses politiques antisociales. Même si ce constat demeure limité, il fait tout de même état d’un changement de perspective de la population québécoise. Si la question de la souveraineté se pose toujours, il semble bien que la majorité de la population qui adhère à ce projet comprenne avec raison que c’est au Québec que cette question sera traitée. Pour le moment l’impact des politiques fédérales nous concerne toujours directement.

Harper s’est en effet attaqué aux droits des femmes au moyen de coupures dans les subventions aux groupes de femmes, et du projet de criminaliser l’avortement, il a refusé de nommer une commission d’enquête au sujet de la disparition des femmes autochtones.

Au début de la campagne, le Bloc québécois n’a pas compris cette aspiration à chasser Harper. Duceppe a alors soulevé l’hypothèse de soutenir un gouvernement Harper, s’il pouvait en tirer profit pour le Québec. En fin de campagne, il a rajusté le tir, mais il a mené essentiellement une campagne contre le NPD, n’hésitant à soutenir l’intervention militaire du gouvernement canadien en Irak et en Syrie. Il a moussé l’affaire du niqab impulsé par le gouvernement conservateur et utilisé une rhétorique chauvine qui a aidé à la remontée des Conservateurs au Québec. Son approche étroitement nationaliste refusait de reconnaître l’existence de forces progressistes sur le plan social et environnementale au Canada avec lesquelles, il n’a pas souligné l’importance de conclure des alliances. Toute sa démagogie de bas étage risque d’être bientôt sanctionnée.

Pourtant la construction d’alliances avec les mouvements progressistes du reste du Canada est une tâche fondamentale. Le Forum social des peuples à l’été 2014 avait permis de jeter les bases d’une perspective unitaire, mais incomplète. Rien n’était prévu pour consolider ces liens ni quelle attitude claire adopter durant les élections fédérales, particulièrement face à la consigne de vote ? Quel que soit le résultat des élections, cette campagne électorale a démontré la nécessité d’une alternative politique progressiste pan-canadienne, basée sur la reconnaissance de l’autodétermination du Québec.

Pour l’instant la seule alternative pouvant accéder au pouvoir qui ne représente pas les intérêts de la grande bourgeoisie canadienne (PLC) ou de la bourgeoisie conservatrice de l’ouest (PCC) est représentée par le NPD. Mais ce NPD n’est pas très inspirant pour eux et celles qui comprennent l’importance de la lutte aux changements climatiques avec ses positions mitigées concernant le projet Trans-Canada, ni pour ceux et celles qui luttent contre les projets néolibéraux. En prétendant pouvoir adopter un budget équilibré, il a sans doute rappelé le mauvais souvenir du gouvernement Bob Rae à de nombreux et nombreuses militantEs de l’Ontario. Il a probablement envoyé un message contradictoire à ceux et celles qui croient à l’importance des services publics et des emplois décents, puisqu’il défend en même temps depuis le début l’importance du service postal public. Néanmoins les syndicats, les groupes sociaux, environnementaux et la vaste majorité de la gauche du Reste du Canada voient dans le NPD le seul espoir de changer la situation.

Au Québec la situation est similaire. Les syndicats, surtout ceux affiliés à la FTQ, ont fait activement campagne pour défaire Harper et dans plusieurs cas, ils ont appuyé des candidatEs NPD. De façon générale, il est cependant prévisible que le vote stratégique favorise les Libéraux qui sont en hausse depuis le recul du NPD dans les sondages.

Construire une alternative politique progressiste et pour l’instant voter NPD

Ceux et celles qui croient que les libéraux peuvent représenter une alternative aux Conservateurs de Harper se trompent. Il est possible que l’hémorragie soit ralentie pour un moment, mais le malade mourra quand même, plus lentement peut-être. Il va enlever le côté sulfureux des politiques conservatrices et possiblement jeter un peu de lest, mais le Parti libéral du Canada demeure néanmoins le parti du 1%. Il n’hésitera pas à appliquer les politiques d’austérité contre la population au bénéfice des grandes entreprises.

Le Parti libéral a toujours eu une attitude anti Québec et Justin Trudeau s’est bien illustré comme digne défenseur de la loi sur la clarté référendaire en refusant de reconnaître la légitimité d’un référendum pour la souveraineté à 50% plus 1.

Nous ne nous faisons aucune illusion sur le NPD… car l’écart entre le programme et son actualisation pratique dans la campagne électorale s’est constamment creusé. Le NPD ne se voit pas comme un parti des travailleurs et des travailleuses sauf pour des effets rhétoriques. Nous n’appelons pas à voter pour le NPD pour son programme, mais pour soutenir tous ceux et toutes celles qui veulent en finir avec le Parti conservateur et le PLC.

Nous appelons à voter NPD pour soutenir ceux et celles qui aspirent à ce qu’on mette fin aux politiques d’austérité, de restrictions des droits démocratiques et au mépris de l’environnement. Toutes ces politiques qui répondent aux demandes de l’oligarchie. Un gouvernement NPD nourrirait des attentes en ce sens dans de larges secteurs de la population prêts à augmenter la pression pour des politiques plus progressistes.

L’élection d’un gouvernement NPD permettrait de démontrer à l’échelle du Canada et du Québec qu’il est nécessaire de construire une alternative politique à un parti qui révélera ses limites. Nous souhaitons la formation d’un gouvernement NPD afin de nous débarrasser des partis du grand capital, mais nous voulons pouvoir confronter un tel gouvernement et ses politiques aux aspirations (et aux revendications) auxquelles il a prétendu s’associer.

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