Édition du 16 juin 2020

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Amérique latine

Les étudiantEs montrent à nouveau leur force : 150 000 personnes manifestent à Santiago le 28 août dernier

Moins d’une semaine après que le ministre l’éducation ait dénié la force du mouvement étudiant, 150 000 personnes à Santiago et des milliers d’autres en régions sont descendus dans les rues durant une journée de protestation haute en couleurs.

(tiré de El Ciudadano - publié dans Rebelion- traduction d’un extrait)

Des parents, des enfants, des économistes, des aînés, des pêcheurs et des historiens, et beaucoup d’autres, sont quelques-uns de ceux qui ont accompagné les élèves pour appuyer leur revendication d’une éducation publique gratuite et de qualité. La mobilisation s’est étendue d’Arica à Punta Arenas.

Les étudiants chiliens sont descendus de nouveau dans les rues. Et, comme ils l’avaient déjà fait en 2011, cette journée du 28 août est devenue le rassemblement le plus massif de l’année du mouvement étudiant. Presque une semaine après le ministre de l’Education, Harald Beyer, ait déclaré que "les manifestations ne sont pas massives et les étudiants ne suivent pas leurs dirigeants", 150 000 personnes sont descendues dans les rues de Santiago.

La manifestation étudiante s’allongeait et réunissait des lycéens, des étudiants, des enseignants, des parents et des organisations sociales et environnementales. Parmi les rues débordantes, on retrouvait des étudiant-e-s de toutes les universités, des enfants et des jeunes qui ont rejoint la manifestation à l’appel lancé par la Confédération des étudiants du Chili (Confech), l’Assemblée de coordination des élèves du secondaire (ACES), la Coordination nationale des étudiants du secondaire (Cones), l’Association des enseignants et l’Association métropolitaine de parents et tuteurs (Amdepa).

Le président de la Fédération étudiante de l’Université du Chili (FECH), Gabriel Boric a déclaré : « le gouvernement dit que nous sommes une minorité : aujourd’hui, nous avons vu un signal du caractère massif de réponse à notre appel. Le gouvernement dit que nous sommes divisés, aujourd’hui nous montrons que nous sommes unis. Le gouvernement dit que nous n’avons pas de propositions et que nous sommes intransigeants ; nous démontrons que nous avons des propositions et nous sommes prêts à en discuter ».

La manifestation se tient après un mois de reprise du mouvement étudiant qui a commencé en 2011 et qui a renversé deux ministres de l’éducation et qui a laissé le gouvernement de Sebastián Piñera sans soutien dans l’opinion publique. Ces dernières semaines, plusieurs écoles à travers le pays ont été prises et il y a eu d’importantes journées de protestation.

Cette journée a été précédée par l’occupation d’une école. Rocio Herrera, le porte-parole des manifestants a dit que l’action visait à démontrer « que les élèves du secondaire ne sont pas seuls dans leur combat. »

Le rassemblement a débuté à l’intersection des rues la Alameda et la Ecuador, à l’avant de l’Université de Santiago, et s’est terminé par un autre rassemblement à Blanco Encalada. Du début à la fin de la manifestation, toutes les rues étaient bondées.

Les raisons de manifester ne manquaient pas.

Parmi les manifestants, il y avait Marco Kremerman, économiste à Sun Foundation, qui a dit qu’il participait à la manifestation parce que le Chili « a laissé mourir l’enseignement public comme aucun autre pays ne l’a fait, à l’exception d’Haïti, après le tremblement de terre. »
Selon l’économiste, « les conditions de travail au Chili deviendront encore plus précaires. Chili grandit et grandit et se développe, mais nous avons plus d’inégalités, de pauvreté et d’insécurité. Le fait le plus surprenant, c’est que si vous observez les deux derniers gouvernements, le PIB entre 2006 et 2011 a augmenté de 21 pour cent. Lorsque l’économie est de plus en plus forte, on s’attend à ce que la situation s’améliore, mais la pauvreté est passée de 13,7 à 14,4 pour cent et l’inégalité a augmenté et le décile le plus riche gagne 36 fois ce que gagnent le décile le plus pauvre alors qu’il ne gagnait que 31 fois auparavant. »

Il y avait aussi l’historien Sergio Grez, qui participe à des manifestations étudiantes depuis 2011, et qui nous a dit : « Je suis ici comme tout le monde parce que je suis pour une éducation publique gratuite et de qualité, égalitaire, laïque et démocratique. »

Greg asouligné que « rien n’a été obtenu malgré les déclarations du gouvernement qui parle de concessions faites au mouvement étudiant, mais qui, en pratique, n’a fait que de petites réformes visant à renforcer le modèle basé sur le profit et l’inégalité. »

Si on se place dans une perspective historique, avec ces mobilisations, nous sommes face à quelque chose de très important nous a dit Greg : « Elles indiquent une rupture majeure depuis l’an passé avec les années de stagnation des mouvements et des organisations sociales, stagnation produite comme conséquence d’une terreur dictatoriale diversifiée, et effet du modèle néolibéral qui tend à atomiser la population, de l’empire des grands médias qui désinforment et abrutissent, et de la cooptation des leaders du mouvement social. Cette rupture a commencé à la fin de 2011. »

« Comme tout ce mouvement. Il va avoir des hauts et des bas. Il ne se déplace pas en ligne droite, mais je trouve qu’il est très difficile de revenir à une situation similaire à celle des années ’90 et 2000 - a ajouté Grez- mais l’histoire est un livre ouvert et c’est à nous a en écrire les pages ».

(…)

Mauricio Becerra R.

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