Édition du 19 octobre 2021

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Syndicalisme

Les jeunes et la pandémie de COVID-19

Presse-toi à gauche ! publiera dans les prochaines semaines les différents chapitres d’un livre préparé par le Conseil central du Montréal métropolitain intitulé POUR UNE SORTIE DE CRISE VERTE, SOCIALE ET DÉMOCRATIQUE, Cette semaine, nous publions le septième chapitre, Les jeunes et la pandémie de COVID-19.

Comme celle de l’ensemble de la population, la vie des jeunes a été grandement perturbée par la pandémie de COVID-19 et le confinement qui l’a accompagnée.1 Les jeunes travailleurs, travailleuses et la population étudiante n’en ont pas moins rencontré des problématiques particulières, que nous souhaitons exposer dans ce texte.

Si les problèmes de santé mentale et physique, de dépendance, financiers ou sociaux ont atteint une bonne partie de l’ensemble de la population, ils ont eu un impact bien souvent disproportionné sur les jeunes. Dans les pages qui suivent, nous porterons une attention particulière aux problèmes vécus par les jeunes au travail, dans leur vie personnelle, dans leurs études et au niveau de leur santé mentale et physique. S’en suivront quelques recommandations qui paraissent porteuses aux yeux des membres du comité.

Impact sur les jeunes au travail

Le premier constat à faire quant à l’impact de la pandémie sur la vie professionnelle des jeunes est le fait qu’ils sont surreprésentés dans des emplois de première ligne dans l’industrie des services (comme commis dans les épiceries, serveurs dans les bars et restaurants ainsi que dans les commerces, etc.), ce qui a eu pour effet de les exposer de manière plus intensive au virus. Statistique Canada estime en effet que « 56,4 % des jeunes Québécois [de 15 à 24 ans] étaient employés dans l’hébergement et la restauration, le commerce et le secteur manufacturier en 2019. »2 Le fait que le virus semblait se manifester de manière moins brutale chez cette tranche de la population a fait en sorte qu’elles et ils soient revenus au travail sur le terrain dès la première vague de déconfinement, contrairement à leurs consœurs et confrères âgés ou malades qui ont eu l’autorisation de retourner au travail plus tard.

Paradoxalement, dans l’ensemble, les jeunes de 15 à 24 ans, qui occupent comme on l’a vu une bonne proportion des emplois dans l’industrie des services, ont subi des mises à pied de manière disproportionnée durant la pandémie. Ces effets se perpétuent à ce jour, comme en fait foi la revue bimestrielle des effets de la pandémie du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec (MESS) du 3 août 2020 : « Alors que l’emploi à temps plein des jeunes se situe toujours 28,8 % sous le niveau du mois de février, les individus âgés de 55 ans et plus affichent une baisse de 2,2 % seulement. »3

Le fait que les jeunes soient atteints de manière moins brutale par la COVID-19 a aussi fait en sorte qu’ils ont été spécifiquement sollicités pour aller prêter main-forte dans les milieux touchés par la pandémie (par exemple les CPE et les CHSLD), souvent de manière bénévole. Le gouvernement les a d’ailleurs directement interpellés par l’entremise des établissements où ils et elles menaient leurs études. Alors que plusieurs ont manifesté la volonté de s’impliquer dans la lutte contre la maladie, beaucoup ont vu leur offre de service refusée parce qu’elle était à in temps partiel plutôt qu’à temps plein, ce qui a entraîné des frustrations. On peut comprendre qu’une personne aux études ne puisse s’engager à travailler à temps plein, ce que le gouvernement québécois ne semblait pas comprendre.

Impact sur les jeunes dans leur vie personnelle

Ces effets économiques de la pandémie ont eu des impacts directs sur la vie personnelle de plusieurs jeunes. Les pertes d’emploi consécutives au confinement ont notamment atteint leur autonomie et leur capacité à mener leur vie de manière indépendante. Quand on considère que les jeunes de 19-35 ans et les femmes sont les deux groupes qui ont été les plus touchés financièrement par la COVID-19, ces effets sont loin d’être négligeables.4

En termes de perte d’autonomie, on doit souligner particulièrement les nombreux cas de jeunes ayant perdu leur emploi qui ont dû retourner vivre chez leurs parents face à l’impossibilité de subvenir à leurs besoins. Humiliante en soi, cette situation pouvait devenir insoutenable, voire dangereuse, dans les cas où les jeunes n’étaient pas en bons termes avec leur famille. Pensons notamment aux jeunes de la communauté LGBT+ dont les parents n’acceptent pas l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.5 Pour celles et ceux qui ne pouvaient pas compter sur l’appui de leur famille, la vie s’en est parfois retrouvée beaucoup plus difficile.

Dans un autre ordre d’idée, l’isolement imposé par les directives de confinement a eu un effet psychologique accru chez les jeunes, pour qui la vie sociale a une importance exacerbée. Le fait de ne pouvoir fréquenter ses ami-es a été vécu de manière très difficile par plusieurs, et cette perte de repères Pour une sortie de crise verte, sociale et démocratique sociaux a contribué à l’émergence de problématiques de santé mentale dans bien des cas.6

Impact sur les étudiant-es

Les jeunes qui poursuivaient des études, autant aux niveaux secondaire que collégial ou universitaire, ont, en plus des conséquences économiques de la pandémie, fait les frais de l’improvisation du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur quant à la poursuite des programmes et de la forme qu’allaient prendre les cours dans le contexte de la pandémie.

Nous n’insisterons pas sur la valse#hésitation du MEES en début de confinement, bien connue de toutes et tous. Ce qu’il importe de constater, c’est que même dans la mesure où les consignes gouvernementales ont fini par atteindre une certaine stabilité, le bouleversement de la session d’hiver a soulevé d’importants problèmes pour les étudiantes et les étudiants.7

Le recours dans l’urgence à l’enseignement à distance a posé des défis qui n’ont pas toujours été relevés de manière satisfaisante : accès aux ressources informatiques, connaissance des logiciels et des plateformes utilisés pour le télé-enseignement, difficulté de la conciliation vie familiale-études#travail dans le contexte de la pandémie, etc. Le fait que les institutions d’enseignement n’aient pas mis en place les mêmes mesures d’un établissement à l’autre n’a fait que contribuer à la difficulté de poursuivre ses études et a généré chaos et frustrations.

Les élèves et les étudiants en fin de parcours sont sans doute ceux pour qui la pandémie a eu les effets les plus importants. On peut penser entre autres à l’annulation des bals de graduation et des cérémonies de remise de diplômes. Mais cet inconvénient semble bien anecdotique quand on le compare à la situation des étudiantes et des étudiants dans le domaine de la santé qui ont vu leur stage final annulé pour être envoyés directement en renfort sur le terrain. Leur entrée sur le marché du travail s’est ainsi faite d’une manière assez brutale, dans un contexte stressant et anxiogène.

Impacts sur la santé des jeunes

De ce qui précède, on peut donc comprendre pourquoi une étude chinoise a conclu que le facteur « être étudiant » était clairement associé à un plus haut niveau de stress, d’anxiété et de symptômes dépressifs.8

Ce ne sont pas que les étudiantes et les étudiants qui ont subi les conséquences psychologiques du confinement. De manière générale, on a pu constater une augmentation des problématiques de santé mentale, des troubles affectifs, des niveaux de stress et d’anxiété chez les jeunes adultes.9 Selon une étude espagnole, « être plus jeune », parmi les adultes, était un facteur augmentant sensiblement le niveau de détresse psychologique et le sentiment de solitude durant la pandémie.10

Comme ce qui a pu être constaté dans d’autres tranches de la population, cette augmentation des problématiques de santé mentale a eu un effet quant à la recrudescence de différentes dépendances que vivent les jeunes, notamment à l’alcool, au tabac et à la malbouffe, mais aussi aux jeux vidéo.11 Les risques liés à la consommation de drogues dures ont également augmenté en raison du fait que la qualité des drogues disponibles s’est grandement Pour une sortie de crise verte, sociale et démocratique détériorée à la suite de la fermeture des frontières.12 L’annulation de nombreuses rencontres de soutien en santé mentale, ou leur transformation ng3084 en séances par visioconférence a contribué à dramatiser la situation pour de nombreux jeunes.

Au chapitre des conséquences sur la santé physique, on a pu constater que les cas d’infection transmise sexuellement et par le sang ont dramatiquement augmenté à la suite du déconfinement.13 Considérant que les jeunes ont moins tendance à utiliser des moyens de protection et de contraception que l’ensemble de la population, on peut présumer qu’ils et elles ont été particulièrement touchés par cette augmentation.

La sédentarité liée au confinement a par ailleurs entraîné une diminution de l’activité physique, ce que les jeunes adultes ont souligné de manière plus forte que l’ensemble de la population.14 Bien que ses effets n’aient pas été clairement documentés pour le moment, cette baisse de l’activité physique pourrait avoir des effets à plus long terme sur une partie de la population et des jeunes.

Enfin, les jeunes infectés par la COVID-19 ont subi des conséquences spécifiques de la maladie que les personnes plus âgées n’ont pas connues. La recherche tend par exemple à démontrer qu’un nombre anormalement élevé de jeunes du début de la trentaine ayant contracté la COVID-19 ont subi des accidents vasculaires cérébraux ainsi que des embolies pulmonaires en lien avec leur infection par le virus. Cette corrélation ne se retrouve pas au sein des populations plus âgées et inquiète la communauté médicale.15

Conclusion et recommandations

Il apparaît donc clairement de ce qui précède que la pandémie de COVID-19 a eu des effets particuliers sur les jeunes aux plans scolaire, professionnel, personnel, ainsi que sur leur santé mentale et physique. Bien que la situation que nous vivons depuis l’éclosion de la pandémie soit exceptionnelle, elle n’en souligne pas moins certains besoins spécifiques des jeunes en ce qui concerne le filet social de manière générale, qui nous amènent à formuler les recommandations suivantes :

• Augmenter les ressources en matière de santé mentale et de lutte à la dépendance à l’attention des jeunes, les lignes d’écoute.
• S’assurer que les services à l’intention des jeunes soient accessibles universellement et gratuitement.
• Mettre sur pieds des ressources spécifiques pour les jeunes adultes entre 20 et 35 ans.
• Améliorer les mécanismes de protection sociale. Offrir plus de protection pour les jeunes travailleurs, autant dans la Loi sur les normes du travail que dans les conventions collectives.
• Favoriser la syndicalisation dans tous les milieux de travail.
• Augmenter le salaire minimum de manière significative, au moins à 15 $ l’heure.
• Relancer la lutte contre les ITSS, notamment par des campagnes ciblées et l’inclusion de contenus à cet égard dans les cours qui traitent de sexualité dans les programmes scolaires.
• Créer massivement des logements sociaux et mettre sur pieds des mécanismes d’aide au logement pour les jeunes

Notes

1. Pour le Conseil central du Montréal métropolitain–CSN, le terme « jeunes » désigne les personnes âgées de 16 à 35 ans.
2. Cité dans ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec, « COVID-19 : Économie et marché du travail : revue de la semaine du 29 juin 2020 ».
3. Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec, « COVID-19 : Économie et marché du travail : revue de la semaine du 3 août 2020 ».
4. Journal de Montréal du 28 mai 2020, « COVID-19 : Les 35 ans et moins et les femmes sont les plus touchés financièrement », consulté au : https://www.journaldemontreal.com/2020/05/28/ covid-19-les-35-ans-et-moins-et-les-femmes-sont#les-plus-touches-financierement
5. Voir le texte du comité LGBT+ à ce sujet.
6. Voir plus bas la section consacrée aux impacts de la pandémie sur la santé des jeunes.
7. Voir le texte du comité éducation pour un complément d’information à cet effet.
8. UQAM, Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie, « Pandémie et santé mentale : quels sont les impacts de la COVID-19 sur la santé psychologique des adultes ? », 29 juillet 2020, consulté au : https:// crise.ca/nouvelles/pandemie-et-sante-mentale#quels-sont-les-impacts-de-la-covid-19-sur-la-sante#psychologique-des-adultes/.
9. UQAM, Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie, « Pandémie de COVID-19 : quels impacts sur la santé mentale des jeunes ? », 27 juillet 2020, consulté au : https://crise.ca/nouvelles/pandemie-de-covid#19-quels-impacts-sur-la-sante-mentale-des-jeunes/.
10. UQAM, 29 juillet 2020. Notes:Octobre 2020, Chapitre 7 Pour une sortie de crise verte, sociale et démocratique Notes :
11. Voir Radio-Canada, 7 juin 2020, « Inquiétudes sur la consommation d’alcool et de malbouffe pendant la pandémie », consulté au https://ici. radio-canada.ca/amp/1710037/pandemie-covid#coronavirus-sante-publique-alcool-malbouffe, ainsi que Journal de Québec, 26 juillet 2020, « Cyberdépendance : il a rechuté à cause de la pandémie », consulté au https://www. journaldequebec.com/2020/07/26/cyberdependance#il-a-rechute-a-cause-de-la-pandemie
12. Voir Radio-Canada, 17 juin 2020, « La COVID-19 chamboule le marché de la drogue », consulté au https://ici.radio-canada.ca/ nouvelle/1712660/coronavirus-drogue-marche#changements-impacts.
13. Radio-Canada, 9 juillet 2020, « Les ITSS en hausse à Montréal depuis le début du déconfinement », consulté au : https://ici.radio#canada.ca/premiere/emissions/le-15-18/segments/ entrevue/188208/itss-maladies-transmissibles#sexuellement-condom-prevention-pandemie.
14. Institut national de santé publique du Québec, « Pandémie et pratique d’activité physique, sommeil et préoccupation à l’égard du poids », consulté au : https://www.inspq. qc.ca/publications/3038-sondage-habitudes-vie#covid19.
15. Journal de Québec, 25 avril 2020, « COVID-19 et AVC chez les jeunes adultes : un lien inquiétant et de plus en plus clair », consulté au : https:// www.journaldequebec.com/2020/04/25/covid#19-et-avc-chez-les-jeunes-adultes-un-lien#inquietant-et-de-plus-en-plus-clair-1

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