Édition du 16 décembre 2025

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

Les libéraux sauront-ils défendre les intérêts des femmes et l’égalité des genres ?

Ça y est, les élections fédérales sont derrière nous et le nouveau gouvernement est en place. Malgré l’impression d’avoir évité le pire en matière de recul des droits des femmes, cette campagne a mis en lumière une fragilisation préoccupante des engagements étatiques pour l’égalité de genre et les droits des femmes.

Dans ce contexte, il est donc essentiel de revenir sur les dynamiques de cette élection ainsi que sur la nouvelle composition ministérielle. Cela nous permettra de mieux cerner les perspectives politiques qui se dessinent au sujet des droits des femmes et des minorités de genre.

Une campagne électorale qui invisibilise les femmes

Sans grande surprise, les enjeux économiques ont occupé le devant de la scène tout au long de la campagne électorale : coût de la vie, guerre commerciale avec les États-Unis, crise du logement, entre autres. Si ces sujets sont indéniablement importants, leur prédominance a relégué d’autres enjeux essentiels au second plan.

Ainsi, les droits des femmes et l’égalité de genre ont été largement absents des échanges, en particulier lors du débat francophone, où ces questions n’ont été évoquées que de manière marginale. Aucun parti n’a pris d’engagement clair sur ces enjeux fondamentaux, et les candidats n’y ont consacré que quelques minutes – à peine – de leur temps de parole. Il aura fallu la question posée par l’une des journalistes dans les cinq dernières minutes du débat pour que les quatre chefs des principaux partis politiques finissent par y accorder de l’attention. Une invisibilisation préoccupante, alors que ces droits concernent plus de la moitié de la population mondiale.

Cette tendance à l’invisibilisation des femmes se confirme lorsqu’on analyse la représentation des femmes parmi les candidatures : un net recul a été observé, tous partis confondus. En 2021, les femmes représentaient 38 % des candidat·e·s. En 2025, ce chiffre est tombé à 32 %. Nous sommes donc loin de la parité.

Seul le NPD fait figure d’exception, avec une proportion de 51 % de femmes parmi ses candidat·e·s, dépassant ainsi légèrement la barre symbolique de l’équilibre.

Face à ce recul préoccupant, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) réitère sa position : rendre obligatoire la parité au sein des partis politiques afin d’assurer une représentation politique équitable et inclusive.

Un nouveau Parlement, mais toujours aucune réelle parité

Avec 18 femmes sur 38 parlementaires, le gouvernement Carney, assermenté le 13 mai dernier, s’approche de la parité statistique (47,4%). Si la parité est atteinte pour le conseil des ministres (14 femmes et 14 hommes), notons toutefois que seules 4 femmes sur 10 ont été nommées secrétaires d’État.

​​À la différence d’un secrétaire d’État, un ou une ministre siège à toutes les réunions du Cabinet et peut diriger un ministère à part entière. Le ou la secrétaire d’État, elle, n’intervient que sur les dossiers qui relèvent de son champ d’action. Son rôle est plus ciblé, avec des ressources et des moyens plus restreints.

Autre point important à souligner, le cabinet de Mark Carney tend vers la diversité. Pas moins de trois ministres autochtones sont entrés en poste : Mandy Gull-Masty, la nouvelle ministre des Services aux Autochtones – première femme autochtone à diriger un ministère chargé de fournir des services aux Premières Nations, aux Inuits et aux Métis au Canada – , Rebecca Chartrand qui s’occupera du ministère des Affaires du Nord et de l’Arctique, et Buckley Belanger qui devient secrétaire d’État pour le Développement rural. De plus, toutes les provinces et territoires sont représentés par au moins un ministre dans ce nouveau gouvernement et le quart de ces élus et élues sont Québécoises (Le Devoir, 2025).

Autre bon point : le gouvernement Carney s’appuie sur des femmes d’expérience. L’honorable Chrystia Freeland conserve son poste au ministère des Transports et du Commerce intérieur, tandis que l’honorable Mélanie Joly passe à l’Industrie. De nouveaux visages font par ailleurs leur apparition, tels que Nathalie Provost, survivante de la tuerie de Polytechnique, élue sous la bannière libérale dans Châteauguay–Les Jardins-de-Napierville.

Enfin, notons la nomination de l’honorable Rechie Valdez à la tête du ministère des Femmes et de l’Égalité des genres, lequel avait été dissous en mars dernier. Première femme d’origine philippine élue à la Chambre des communes, Valdez apporte une double expérience : celle du monde des affaires et de la sphère politique. Entrepreneure de formation, députée depuis 2021, elle est perçue comme une figure montante de la scène fédérale. Sa nomination pourrait marquer un engagement du gouvernement en faveur de la relance de ce ministère. La jeunesse de la nouvelle ministre, son parcours et ses origines multiculturelles en font une actrice attendue sur les enjeux d’équité, de représentation et de défense des droits des femmes.

Malgré ces signes encourageants, il n’en reste pas moins que la composition de la Chambre des communes laisse, quant à elle, à désirer. Seuls 30% des sièges, soit 104 sur 343, sont occupés par des femmes. Ce qui fait dégringoler le Parlement Canadien au 70ᵉ rang du classement mondial de l’Union interparlementaire en matière de parité. Ce recul s’observe également au Québec où 26 femmes sont élues (30%), comparativement à 28 à la précédente élection (La presse, 2025).

Le nouveau gouvernement prendra-t-il en compte les enjeux concrets des femmes ?

Dans le contexte actuel de guerre commerciale avec les États-Unis, le gouvernement se préoccupera-t-il des droits des femmes, plus que jamais menacés ? Rien n’est moins sûr lorsqu’on le voit se concentrer sur l’économie, la sécurité et la défense nationale.

Nous le savons, les femmes subissent plus durement les effets des crises économiques. Surreprésentées dans les emplois précaires, elles sont plus exposées à l’appauvrissement causé par la hausse du coût de la vie. Si les mesures nécessaires ne sont pas mises en place, les inégalités sociales et économiques risquent de s’intensifier. L’instauration de politiques d’austérité mènerait alors à des coupures de services publics, touchant particulièrement les femmes, principales utilisatrices et prestataires de ces services. Sans parler de la montée des droites qui menace chaque jour un peu plus les droits reproductifs et aggrave les violences faites aux femmes.

C’est pour toutes ces raisons que les droits des femmes et l’égalité des genres doivent être reconnus comme des priorités transversales, intégrées à l’ensemble des politiques publiques — qu’il s’agisse d’économie, de santé, de sécurité ou d’immigration.

L’approche intersectionnelle, qui tient compte des réalités croisées vécues par les femmes selon leur origine, leur statut social, leur orientation ou leur situation de handicap, ne peut être reléguée au second plan. Elle doit guider les choix stratégiques, les investissements et les évaluations d’impact du gouvernement.

Reste à voir comment les libéraux réagiront. La FFQ suivra de près l’évolution de ces différents enjeux qui pourraient défavoriser les femmes et les minorités. Nous appelons le gouvernement Carney à réaffirmer son engagement politique envers les femmes de façon claire et à l’inclure à tous les niveaux de décision.

Aujourd’hui, comme hier, nous restons mobilisées pour défendre les droits de toutes les femmes.

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