Édition du 27 janvier 2026

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Féminisme

6 décembre : voici pourquoi le Canada doit reconnaître le crime de féminicide

Cela fait 36 ans que le massacre de 14 jeunes femmes a eu lieu à l’École Polytechnique de Montréal. Un homme les a abattues parce qu’elles étaient des femmes. Qualifié d’acte « violent de misogynie » par le gouvernement fédéral, ce massacre n’a pourtant jamais été officiellement qualifié de féminicide au Canada, malgré sa reconnaissance mondiale. Des femmes et des filles continuent d’être tuées tous les deux jours au pays, très majoritairement par des hommes. Et les chiffres continuent d’augmenter.

Tiré de The conversation.

La majorité de ces meurtres sont des féminicides, selon le cadre statistique des Nations unies pour mesurer les meurtres de femmes et de filles liés au genre. Le féminicide est défini de manière générale comme le meurtre d’une femme ou d’une fille en raison de son sexe ou de son genre.

Un balado qui pour dénoncer

Pour ces raisons, l’Observatoire canadien sur les féminicides pour la justice et la responsabilité (CFOJA) a lancé son balado « Too True Crime » le 25 novembre 2025, soit la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Le balado met en lumière les histoires de 580 femmes et filles tuées par des hommes dans des cas de féminicide depuis 2020.

Il ne tient compte que des cas où les informations disponibles indiquaient qu’il s’agissait d’un féminicide. Certains cas ont pu échapper à l’attention des autorités et rester sous le radar. Mais depuis le lancement de l’Observatoire en 2018, on a recencé plus de 1 100 femmes et filles tuées par des hommes.

Une partie des appels à l’action du balado comprends une pétition demandant au Canada de reconnaître officiellement le crime de féminicide et de l’inclure dans le Code criminel.

Les lois contribuent à apporter des changements

L’Italie est le dernier pays sur une trentaine dans le monde à avoir créé une infraction distincte de féminicide dans sa législation nationale.

Cette approche a ses détracteurs. Ils affirment :

 Elle ne met pas l’accent sur la prévention ;

 Elle ne s’attaque pas à la culture qui favorise le féminicide ;

 Elle peut avoir des conséquences imprévues ;

 Il est difficile de parvenir à un consensus sur la définition du féminicide ;

 Elle n’a pas réduit le nombre de féminicides.

Mais la criminalisation par opposition à la prévention n’est pas une question de choix entre l’un ou l’autre.

Les lois constituent un élément clé d’une approche de santé publique en matière de prévention de la violence. Les lois nationales sur les féminicides s’accompagnent généralement de programmes de prévention, de formations destinées aux forces de l’ordre et de campagnes de sensibilisation du public. La loi italienne, par exemple, prévoit des mesures plus sévères contre les crimes sexistes tels que le harcèlement obsessionnel et la pornographie vengeresse.

Les lois ne constituent pas des réponses isolées. Elles ne sont qu’une partie des réponses multisectorielles à un problème social qui doit inclure le suivi des processus de mise en œuvre et des résultats.

Changer les lois peut changer les cultures

En Italie, certaines militantes féministes se sont plaintes que la loi n’allait pas assez loin, notamment en matière de changement culturel. Au Canada, une avocate féministe suggère qu’il faudrait peut-être « repenser radicalement » toute la question plutôt que de créer une nouvelle infraction dans le Code criminel.

Mais qualifier ce crime de « féminicide » — un terme spécifique au sexe ou au genre — constitue en fait une remise en question radicale dans un climat de neutralité qui masque trop souvent le fardeau disproportionné que supportent les femmes et les filles dans certaines formes de violence masculine.

Les réponses apportées par les États à travers leurs lois reflètent les valeurs culturelles. À l’heure actuelle, ces valeurs considèrent le féminicide comme un problème individuel plutôt que comme le résultat de structures et de processus sociaux fondés sur des inégalités profondément enracinées.

Une loi sur le féminicide reconnaîtrait que la violence masculine envers les femmes et les filles est systémique et nécessite un changement d’attitude dans les valeurs culturelles du Canada.

Aider les femmes et les populations marginalisées

Les lois visant à protéger les femmes peuvent avoir des conséquences imprévues, comme le montre le cas de l’obligation de poursuites judiciaires en cas de violence conjugale. Elle impose à la police de porter plainte si elle a des motifs raisonnables de croire qu’une agression a eu lieu. Et les lois non sexistes peuvent nuire aux femmes, en particulier lorsqu’elles sont appliquées dans un environnement sexiste et raciste.

C’est pourquoi le Canada doit inclure le féminicide dans son Code criminel. Le féminicide n’est pas neutre du point de vue du genre, et le reconnaître officiellement permettra de définir comment et pourquoi les femmes sont tuées par des hommes, ce qui est essentiel pour une prévention efficace.

Une loi sur le féminicide ne vise pas à alourdir les peines, mais à garantir que les accusations, les condamnations et les peines soient appropriées et que les auteurs soient tenus responsables dans les meurtres de femmes et de filles de tous horizons.

Il est possible de parvenir à un consensus

Le Canada doit parvenir à un consensus sur la définition du féminicide et en identifier clairement les éléments constitutifs.

Tous les pays dotés de lois sur le féminicide sont parvenus à un consensus, même si tous ne l’ont pas défini de la même manière. Cependant, les protocoles types et des lois types sont disponibles pour les pays qui envisagent d’inclure le féminicide dans leur législation nationale et leur code pénal.

Certaines recherches suggèrent que les lois sur le féminicide sont inefficaces. Elles n’ont pas permis de réduire le nombre de cas. Mais d’autres soulignent que les lois sur le féminicide ont renforcé la responsabilité et amélioré le signalement, la protection des survivantes et la sensibilisation à toutes les formes de violence sexiste.

Les effets variables d’une loi dépendent du contexte, notamment de qui la connaît, de sa clarté et de sa concision, et de la réactivité des personnes responsables de l’appliquer.

Les lois sur le féminicide ne suffiront pas à elles seules à réduire immédiatement le nombre de femmes tuées par des hommes ou victimes d’autres formes de violence sexiste. Peu de lois ont ce pouvoir. Le principal défi consiste à déterminer si et comment une loi sur le féminicide sera mise en œuvre.

Une réponse de l’ensemble de la société

Les lois sur le féminicide visent la prévention et peuvent changer notre culture. Elles pourraient venir en aide aux femmes et aux filles, en particulier celles dont la vie et la mort sont aujourd’hui marginalisées et ignorées.

Comme beaucoup d’autres pays, le Canada peut parvenir à un consensus sur la définition du féminicide et élaborer une loi qui conduira à des changements significatifs. Mais cela nécessite des consultations proactives, une volonté politique et des dirigeants à l’écoute.

Les 580 récits présentés dans Too True Crime démontrent clairement et sans ambiguïté que la vie des femmes et des filles en dépend.

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Myrna Dawson

Enseignante su département de sociologie de l’University de Guelph

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