Carney a invité les dirigeants occidentaux à se rendre à l’évidence. L’ordre mondial tel qu’on l’a connu n’existe plus. Les puissances moyennes doivent agir de concert car « Si vous n’êtes pas à la table vous êtes au menu ». Une phrase efficace sans doute. Une belle trouvaille pour un conseiller en communication.
Tant qu’à donner une ampleur historique à son propos, Carney aurait pu citer Castro. Il aurait même pu convoquer Che Guevara et la lutte contre l’impérialisme américain. Cela aurait ajouté du lustre à la scène. Un vernis révolutionnaire posé sur un discours rédigé dans un contexte précis. Cette ironie n’est pas gratuite. Elle révèle le vide. Un discours qui emprunte les codes des luttes tout en évitant soigneusement d’en assumer les portées universelles.
L’homme aux cheveux roux menace d’envahir des territoires dont celui du Canada, il était presque inévitable de parler de souveraineté territoriale. De la nécessité de la défendre. De renforcer les capacités militaires. D’investir dans l’armement pour faire face aux invasions. Qui peut contredire l’importance de défendre une souveraineté ? Le piège est précisément là. Cette souveraineté n’est jamais définie de manière universelle. Elle est invoquée pour certains peuples, les bons, et niée à d’autres, inexistants.
Carney a su parler longuement de l’Ukraine. De l’urgence de l’unité face à la Russie. Mais pas un mot sur la Palestine. Pas un mot sur Gaza. Pas un mot sur les appétits impérialistes et sionistes au Moyen Orient. Pas un mot sur un génocide. Ce silence n’est pas un oubli. C’est un choix politique.
C’est ici que Gaza devient le baromètre moral de l’occident. Un test que nos dirigeants échouent systématiquement. Nous proclamons des valeurs universelles mais nous les appliquons à géométrie variable. Nous dénonçons la force brute chez l’adversaire et nous la justifions chez l’allié. Nous pleurons certaines victimes et nous en invisibilisons des milliers d’autres.
Le discours de Davos n’est qu’une opération de communication. Rien de plus. Une manière d’habiller la continuité stratégique d’un langage de responsabilité. On parle de paix en parlant d’armes. On parle de droit international en fermant les yeux sur sa violation permanente à Gaza, en Palestine, dans les territoires occupés. On parle d’histoire sans jamais la regarder en face.
Avec Trump, il nous a été montré sans détour que seule la valeur de la force comptait. Aujourd’hui cette logique s’étend. Elle se pare d’un langage plus policé mais elle reste la même. Nos valeurs se redéfinissent autour de la puissance militaire et de la capacité à imposer un ordre. Le danger est que beaucoup mordent à l’hameçon. Qu’ils applaudissent sans lire entre les lignes.
Je refuse qu’un discours belliqueux déguisé en vision historique nous serve de boussole morale. L’histoire ne se construit pas dans les forums feutrés. Elle se construit dans les luttes. Dans les résistances. Dans les peuples qui réclament une souveraineté réelle et non conditionnelle.
Ne demandez pas à un parvenu de la finance d’entrer dans l’histoire. Il ne sait ce que c’est.
Mohamed Lotfi
21 Janvier 2026
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